Atelier final du Projet WAFIRA
Un engagement renouvelé pour une migration circulaire centrée sur l’humain et bénéfique aux pays partenaires
Le projet WAFIRA s’est clôturé, ce vendredi 24 janvier 2025 à Rabat, sur un événement riche en échanges et en émotions, mettant à l’honneur les femmes migrantes saisonnières et leur résilience. S’appuyant sur les excellents résultats du projet, la Ministre espagnole de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, Elma Saiz Delgado a assuré la volonté politique d’étendre le modèle à d’autres bénéficiaires voire d’autres pays.
29 janvier 2025
RABAT (OIT Infos) – Karine JOHANNES, Consultante en Communication sur le projet WAFIRA, nous livre sa synthèse de cet événement.
Elles sont 16 femmes, fières, souriantes, rayonnantes, acclamées sous les projecteurs par une salle comble. Provenant de communautés rurales des régions de Rabat-Salé-Kenitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceima et migrantes saisonnières sans revenu fixe, il y a encore quelques mois, elles s’adressent maintenant sans hésitation aux officiels présents tels que le Ministre marocain de l’Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l’Emploi et des Compétences (MIEPEEC), Younes Sekkouri, parlant avec fierté de leurs entreprises dans les secteurs de l’élevage, du commerce, ou encore de l’agriculture.
Ces femmes incarnent l’impact positif du projet WAFIRA. Elles représentent les 250 femmes rurales qui se sont engagées dans le projet, ont suivi une formation et un accompagnement par l’ANAPEC, conduisant 209 d’entre elles à créer et faire fructifier leurs entreprises. L’agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences s’est également enrichie d’un pool de 31 experts en entrepreneuriat sensible au genre et en éducation financière, afin d’accompagner d’autres migrants.
Le modèle de mobilité circulaire mis en place depuis octobre 2021 entre le Maroc et l’Espagne à travers le projet WAFIRA et mis en œuvre par l’OIT, a ainsi pleinement montré son efficacité et sa pertinence.
Un modèle de partenariat en mobilité professionnelle internationale
Le modèle mis en place par le projet WAFIRA est axé sur l’autonomisation économique des migrantes saisonnières et leur réintégration durable, et repose sur trois piliers : une offre de services spécifiques pour la création d’entreprises ; une adaptation au cycle de la migration et aux besoins des bénéficiaires ; une approche par les Droits.
Cette approche systémique permet ainsi une gestion de la migration circulaire régulière, respectueuse des droits des migrants, tout en étant profitable au développement socio-économique des pays partenaires.
Le Ministre Sekkouri a ainsi souligné « la cohérence du projet WAFIRA avec le partenariat maroco-espagnol et l’appui de l’Union européenne, visant à donner du sens à la migration et à la mobilité professionnelle et mettant l’être humain au centre des préoccupations en étant à l’écoute des besoins immédiats des acteurs et des populations ». Il a également rappelé l’alignement de ce partenariat avec la Stratégie nationale de mobilité professionnelle internationale (SNMPI).
Pour Mme Elma Saiz Delgado, Ministre espagnole de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, le projet WAFIRA « est une illustration qu’une gestion migratoire ordonnée, inclusive et durable est nécessaire et réalisable. »
L’Ambassadrice de l’Union européenne (UE) au Maroc, Mme Patricia Llombart Cussac est également revenue sur cette expérience entre le Maroc et l’Espagne avec le soutien de l’UE, qui peut être un exemple pour d’autres pays membres et d’autres pays africains car elle montre qu’ « une migration régulière est triplement gagnante, pour les personnes au centre de l’initiative, pour les entreprises européennes qui trouvent une main d’œuvre qualifiée, qui deviendra ensuite un facteur de prospérité et de développement économique pour les pays d’origine ».
Perspectives pour un « Wafira II »
Les leçons apprises de la mise en œuvre du projet WAFIRA entre octobre 2021 et février 2025, et discutées lors du panel d’experts, ont mis en lumière plusieurs points à prendre en compte pour une extension de l’initiative.
- Une institutionnalisation nécessaire
Outre un cadre réglementaire et législatif rigoureux, rappelé par le Ministre Younes Sekkouri et par Ainara Dorremochea Fernandez, Sous-Directrice Générale des Affaires juridiques au SEM, l’approche du projet doit s’inscrire durablement dans les institutions locales et régionales, qui accompagnent la réintégration des migrants.
Jeanne Schmitt, Conseillère technique principale et Cheffe de projet WAFIRA a ainsi réitéré « L’OIT apporte un accompagnement technique, notamment à l’ANAPEC quand il y a un besoin (…) Mais la réintégration dans les communautés est du fait des acteurs locaux et régionaux. Nous avons mis en place les bases pour nos partenaires continuent à travailler de manière indépendante ».
Pour Rajae El Harrane, Directrice régionale de l’ANAPEC pour la région Rabat-Salé-Kenitra, cette institutionnalisation est déjà effective : « L’ANAPEC procèdera à la mise à l’échelle, la pérennisation et l’opérationnalisation. Nous avons maintenant un capital humain avec des formateurs formés et certifiés. Nous nous préparons stratégiquement, en capitalisant sur cette expérience et en intégrant les apprentissages. Nous sommes en train d’intégrer des outils dans tout le dispositif d’accompagnement et pas seulement pour les migrants. »
- Un renforcement du partenariat entre les acteurs publics, privés et associatifs
L’engagement multipartite autour du projet WAFIRA a constitué un élément fondamental de son succès. Valentina Verze, Spécialiste du développement des entreprises et de la création d’emplois à l’OIT est revenue sur cette cocréation entre partenaires, notamment pour l’élaboration du parcours de formation et d’accompagnement des migrants, citant le Maroc comme étant pionnier dans cette démarche.
Comme l’a attesté Douae Lachkam, Cheffe de service encouragement à l’entrepreneuriat au MIEPPEC, « Nous sommes sortis de ce que nous savions faire en migration circulaire pour aller vers l’accompagnement vers une stabilité économique. Nous avons ainsi développé une nouvelle dynamique de partenariat que nous allons déployer à un niveau plus général ».
Le Directeur général de Cooperativas Agro-Alimentarias d’Espagne, Gabriel Trenzado Falcon, a également appuyé que le projet avait pu organiser les responsabilités de chacun : institutions, associations, travailleurs, syndicats et employeurs.
- Un accent mis sur l’humain
Les experts se sont accordés sur l’importance centrale des personnes dans un projet du type de WAFIRA. Valentina Verze a appuyé la nécessité d’une solution centrée sur une compréhension des besoins réels des femmes migrantes saisonnières en se basant sur des expertises de partenaires territoriaux, afin d’apporter des réponses concrètes à des situations complexes. Le point de vue de Douae Lachkam, Cheffe de Service encouragement à l’auto emploi du MIEPECC selon laquelle « L’ingénierie développée [par le MIEPECC] est très délicate, car les femmes migrantes saisonnières sont un public avec des besoins très précis » est venu corroborer cet état de fait.
Par ailleurs, la primauté de la dimension genre dans le projet est un élément fort : le projet a des indicateurs « très importants en termes d’autonomisation des femmes et d’engagement envers l’égalité des genres », comme l’a souligné la Ministre Elma Saiz Delgado.
- Une promotion et une communication autour de l’approche
Un travail de promotion est indispensable pour favoriser sa compréhension, assurer l’adhésion de tous les acteurs et transcender les idées reçues et les résistances éventuelles.
Gabriel Trenzado Falcon préconise ainsi « Nous perdons beaucoup de temps à affronter les préjugés. Notre objectif est de promouvoir le projet même s’il y a des intérêts concurrentiels. Il faut expliquer, communiquer et faire un travail rigoureux. On parle d’emploi et cela est fondamental pour tous les pays. »
Pour Jeanne Schmitt, il faut « continuer à promouvoir le projet et accompagner d’autres pays qui ont une volonté de réintégration et développement des opportunités économiques et sociales. ». « C’est la clé du succès et la réponse aux problématiques migratoires dans les pays européens » a-t-elle ajouté.
Tandis que pour Mme Ainara Dorremochea Fernandez, Sous-Directrice Générale des Affaires juridiques au SEM, « Les femmes de WAFIRA seront les meilleures ambassadrices du projet ».
La volonté politique ayant été affirmée, le modèle de réplicabilité du projet WAFIRA étant avéré, les contours de la nouvelle phase seront ainsi à définir, que ce soit vers un élargissement à d’autres migrants circulaires, d’autres secteurs tels que l’hôtellerie et le tourisme, ou encore d’autres pays du Nord et du Sud de la Méditerranée.
A propos du Projet WAFIRA
Issu d’une coopération transversale et multi-acteurs entre les autorités marocaines et espagnoles, le secteur privé espagnol et l’OIT, et co-financé par l’Union européenne, le projet WAFIRA est un projet pilote lancé en octobre 2021 et allant jusqu’en février 2025. Il a accompagné et formé 250 travailleuses rurales marocaines pour la concrétisation de leurs projets d’entreprises tout en renforçant les institutions marocaines pour une prestation adaptée de services et de soutien à l’activité entrepreneuriale des femmes migrantes saisonnières.
Projets pertinents
WAFIRA – Women As Financially Independent Rural Actors