Appropriation institutionnelle et durabilité : une stratégie de transfert de compétences à plusieurs niveaux au cœur du projet WAFIRA
Miser sur le transfert de compétences pour garantir la pérennité et l’impact de ses actions, telle a été la stratégie innovante du projet WAFIRA, coordonné au Maroc par l’OIT.
17 janvier 2025
À travers une approche en cascade, les savoirs et savoir-faire sont transmis depuis l’OIT aux formateurs de formateurs, puis de ces derniers à leurs pairs, et enfin des formateurs aux bénéficiaires finaux du projet, en l’occurrence des groupes de femmes migrantes circulaires issues de milieux ruraux et faiblement alphabétisées.
De l’OIT aux formateurs : une expertise de pointe
31 experts marocains, majoritairement de l’ANAPEC, ont bénéficié d’une formation approfondie sur la méthodologie GET Ahead, un programme d’entrepreneuriat sensible au genre développé par l’OIT. Cette formation certifiante vise à doter ces experts des outils et méthodologies nécessaires pour transmettre leurs compétences de manière efficace.
De plus, des formations complémentaires ont été apportées en Education financière, sur la base d’une méthodologie de l’OIT adaptée au Maroc avec la FMEF (Fondation marocaine pour l’éducation financière).
Certains experts (10) ont décidé d’aller plus loin et de suivre une formation certifiante pour devenir « formateur national » en Education financière.
Le pool d’experts ainsi constitué joue un rôle essentiel dans la diffusion des savoirs au sein de l’écosystème entrepreneurial marocain. Il regroupe majoritairement des conseillers en accompagnement entrepreneurial de l’ANAPEC (Rabat-Salé-Kénitra et Tanger-Tétouan-Al Hoceima) et des membres d’organisations telles que l’AMDEF (Association Méditerranéenne pour le développement et la formation), l’AFEM (Association des Femmes cheffes d’entreprise du Maroc) ou encore la FCE (Fondation Création d’Entreprises).
Cette dynamique de partage contribue aussi à l’appropriation institutionnelle du projet. En témoigne l’engagement de l’ANAPEC, qui a co-construit un parcours de formation et d’accompagnement sur deux ans, spécifiquement adapté aux besoins des femmes migrantes circulaires pendant les phases de pré-création, création et post-création d’entreprise, afin d’intégrer ce parcours dans son offre de services.
Des formateurs aux bénéficiaires : un impact concret sur le terrain
Grâce à l’expertise acquise et aux outils adaptés aux réalités locales, les formateurs accompagnent directement les femmes migrantes dans leur autonomisation économique. En effet, le projet WAFIRA vise à optimiser les bénéfices de la migration circulaire pour ces femmes, mais également pour leurs communautés, à travers le développement de projets d’entreprises durables au Maroc.
Yassir SAFI, Conseiller Spécialisé en Accompagnement entrepreneurial à l’ANAPEC de Salé, souligne l’importance de cette adaptation :
« Il est crucial d’adapter les outils et méthodes aux réalités locales des entrepreneures pour garantir que la formation ait un véritable impact sur le terrain. Une approche générique basée sur des concepts standardisés risque de passer à côté des spécificités locales et des particularités culturelles des participants, notamment lorsqu’ils sont analphabètes ou peu alphabétisés. »
Cette attention portée aux spécificités des bénéficiaires permet d’assurer la pertinence des formations, de renforcer l’acquisition de compétences et d’augmenter les chances de succès des nouvelles entrepreneures.
Des formateurs de formateurs aux pairs : multiplier les compétences
Certains de ces experts ont également suivi un parcours spécifique pour devenir formateurs de formateurs ou formateurs « LEAD », renforçant ainsi leur capacité à former d’autres intervenants. Ce processus orchestré par le Centre international de formation de l’OIT à Turin constitue une étape clé pour institutionnaliser les apprentissages et assurer leur pérennité à travers un ancrage dans les structures locales.
Au cours d’ateliers de formation de démultiplication, ces formateurs de formateurs transmettent leurs savoirs, savoir-faire et savoir-être à leurs pairs, renforçant ainsi les capacités institutionnelles des acteurs locaux. Le pool d’experts et de formateurs en entrepreneuriat sensible au genre et en éducation financière est donc destiné à se développer, permettant à davantage d’acteurs d’accompagner des femmes migrantes, ainsi que d’autres migrants circulaires dans les différentes étapes de leur autonomisation économique, de façon adaptée.
Un modèle durable pour l’autonomisation économique
En s’appuyant sur ce modèle de transfert de compétences, le projet WAFIRA contribue à élargir le réseau d’experts capables d’accompagner les femmes migrantes et les autres groupes cibles dans leur autonomisation économique. Les formations de formateurs constituent une véritable passerelle pour multiplier l’impact du projet, en permettant à un nombre croissant d’acteurs d’intervenir à différentes étapes du parcours entrepreneurial.
Ainsi, la démarche mise en œuvre ne se limite pas à la phase pilote du projet : elle vise une intégration durable dans les institutions marocaines, tout en développant un écosystème entrepreneurial inclusif et adapté aux besoins des populations locales.
A propos du projet WAFIRA
Issu d’une coopération transversale et multi-acteurs entre les autorités marocaines et espagnoles, le secteur privé espagnol et l’OIT, et co-financé par l’Union européenne, le projet WAFIRA est un projet pilote lancé en octobre 2021 et allant jusqu’en février 2025. Il a accompagné et formé 250 travailleuses rurales marocaines pour la concrétisation de leurs projets d’entreprises tout en renforçant les institutions marocaines pour une prestation adaptée de services et de soutien à l’activité entrepreneuriale des femmes migrantes saisonnières.
Projets pertinents
WAFIRA – Women As Financially Independent Rural Actors