Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté
La jeunesse, moteur du changement: développer les compétences et promouvoir le travail décent pour rompre le cycle de la pauvreté
À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, l’OIT partage les histoires de Patricia (Pérou) et de Fátima (Mexique), deux jeunes femmes qui démontrent comment le développement des compétences et le travail décent peuvent briser le cycle de la pauvreté.
17 octobre 2025
LIMA (OIT Infos) – Pour l’Organisation internationale du Travail (OIT), éradiquer la pauvreté signifie garantir un travail décent pour toutes et tous, en particulier pour les jeunes, qui se heurtent souvent à des obstacles plus importants. En collaboration avec ses mandants tripartites – gouvernements, employeurs et travailleurs – l’OIT promeut le développement des compétences, l’employabilité, la formalisation et l’inclusion sur le marché du travail comme moteurs essentiels du développement durable.
À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, célébrée chaque année le 17 octobre, le Bureau régional de l’OIT pour l’Amérique latine et les Caraïbes partage les histoires de deux jeunes femmes qui montrent comment la formation, la coopération, les opportunités d’emploi et le travail décent peuvent transformer des vies et briser le cycle de la pauvreté.
Patricia (Pérou), technicienne en bureautique et graphiste
À 17 ans, Patricia – survivante de la traite des êtres humains – a été accueillie dans un centre d’accueil résidentiel géré par le Programme national intégré pour le bien-être familial (INABIF) à Lima, au Pérou. Là, elle a participé à un projet pilote d’intégration économique dans le cadre de l’initiative «Partenariats en action pour mettre fin à la traite des enfants et des adolescents». Ce projet a été mis en œuvre par le ministère de la Femme et des Populations vulnérables et le ministère du Travail du Pérou, avec l’assistance technique de l’OIT (2017–2024) et le soutien du gouvernement des États-Unis.
Aujourd’hui, plus de deux ans après avoir quitté le centre, Patricia revient sur son parcours:
Quand je suis arrivée au centre et que j’ai ressenti l’attention et la protection des personnes qui y travaillaient, j’ai enfin pu faire une pause et réfléchir à tout ce que j’avais vécu.
« Pendant longtemps, j’ai cru que je méritais la violence que je subissais, que je n’avais ni les capacités ni les ressources pour m’en sortir. Mais là, j’ai appris que j’étais une victime, que j’avais été exploitée, que j’avais des droits et que je pouvais recommencer ma vie. »
On nous a enseigné l’éducation financière, et j’ai compris que j’avais aussi été exploitée économiquement, même à travers des soi-disant “prêts”. Dans les ateliers d’entrepreneuriat, j’ai élaboré mon premier plan d’affaires. Je me souviens de l’excitation que j’ai ressentie quand on nous a dit qu’une entreprise soutiendrait les projets sélectionnés.
J’ai pensé à ma mère, qui avait toujours travaillé comme vendeuse ambulante de légumes à Huánuco, une ville du centre du Pérou. Je rêvais qu’elle puisse avoir sa propre boutique. J’ai inclus un réfrigérateur dans le plan d’affaires, en expliquant qu’il l’aiderait à conserver les produits et à éviter les pertes de revenus. Grâce au soutien de l’INABIF, de l’OIT et de BELCORP, ce rêve est devenu réalité. Quand j’ai quitté le centre, nous avons ouvert notre boutique ensemble. Elle s’est développée, et maintenant ma mère la gère à plein temps, ayant quitté la vente de rue.
Avec l’appui d’American Airlines, d’ALTERNATIVA et de l’OIT, j’ai suivi une formation en bureautique et en conception graphique et j’ai reçu un ordinateur portable. Aujourd’hui, je travaille dans la vente de téléphones portables. Je me sens capable et motivée. Mon objectif est d’ouvrir un nouveau magasin avec ma sœur ; nous économisons pour cela. Je veux aussi étudier la comptabilité et le marketing numérique.
Avant, je n’avais pas accès à des opportunités d’emploi. La formation technique m’a ouvert la porte de mon premier commerce, puis de l’emploi formel. Je suis fière de moi. Ma famille et moi ne nous sentons plus pauvres – et je sais que ce n’est que le début.»
— Patricia, 21 ans, Pérou.
Fátima Gaytán (Mexique), directrice générale de CONCORA
« Ma mère m’a dit qu’elle avait dû travailler dès son plus jeune âge pour subvenir à ses besoins. Quand mon frère et moi sommes nés, elle a toujours fait de grands efforts pour nous offrir les opportunités qu’elle n’avait jamais eues. La voir réaliser son rêve d’obtenir une maîtrise à 40 ans m’a profondément inspirée. Cela m’a montré qu’elle était quelqu’un qui brise les barrières – et que je devais faire de même, non seulement pour moi, mais aussi pour les autres.
Je termine actuellement un double diplôme en droit et en relations internationales à l’Institut de technologie de Monterrey, au Mexique. »
Pendant la pandémie de COVID-19, Fátima a rejoint un réseau virtuel de jeunes d’Amérique latine qui animaient des ateliers entre pairs sur la santé mentale, l’éducation et les moyens de subsistance.
« C’est à ce moment-là que j’ai découvert le pouvoir qu’ont les jeunes de co-créer, de se soutenir mutuellement et de générer de réelles opportunités.
J’ai compris que lorsque les jeunes s’unissent, nous pouvons changer le destin de nos communautés et contribuer à éradiquer la pauvreté.
Cette expérience a conduit à la création de CONCORA, une initiative dirigée par des jeunes, lancée pendant la pandémie pour amplifier la voix des jeunes, comprendre leurs besoins et placer l’être humain au centre du développement.
« Notre vision est que le talent latino-américain cesse d’être l’exception pour devenir la norme. »
Aujourd’hui, CONCORA est une plateforme virtuelle de formation et d’employabilité qui aide les jeunes à identifier leurs compétences, leurs intérêts et leurs aspirations. À partir de cette évaluation, chaque participant reçoit une « boussole de parcours » personnalisée pour renforcer ses compétences et se connecter à des opportunités de travail décent.
«Nous collaborons aussi avec des entreprises qui offrent des stages et des capitaux d’amorçage. Jusqu’à présent, nous avons attribué plus de 70 bourses à des jeunes pour des programmes à l’étranger. Beaucoup ont désormais un emploi décent et un nouveau projet de vie. »
Fátima reconnaît que l’entrepreneuriat social comporte des défis.
«Le financement est un obstacle constant, et être une jeune femme le rend encore plus difficile. Mais chaque histoire de transformation que nous soutenons prouve que cela en vaut la peine.»
En 2024, Fátima a remporté l’Idéathon pour la justice sociale, organisé par le Bureau régional de l’OIT pour l’Amérique latine et les Caraïbes. Le prix comprenait une bourse pour participer à l’Académie des emplois décents pour les jeunes de l’OIT, à Turin, en juillet 2025.
«Cette expérience m’a permis de rencontrer d’autres jeunes du monde entier qui créent aussi des opportunités d’emplois décents. J’ai appris que le parcours de l’entrepreneuriat social et du plaidoyer ne se fait pas seul – il se construit ensemble, en s’écoutant et en écrivant une histoire collective, où les jeunes sont à la fois les auteurs et les protagonistes du changement.»
— Fátima Gaytán, 23 ans, Méxique.