Créer des chemins vers un travail décent pour les plus vulnérables au Liban
Avec le soutien de l'Union européenne, l'OIT a collaboré avec le ministère libanais des Affaires sociales afin de contribuer à faire de l'aide sociale une passerelle vers l'emploi, les moyens de subsistance et l'inclusion économique.
28 juillet 2026
BEYROUTH (OIT Infos) – Pour des centaines de milliers de familles au Liban, l’aide sociale est devenue une bouée de sauvetage indispensable. Mais si les aides financières permettent aux populations de surmonter les crises successives, elles ne suffisent pas à elles seules à créer des emplois, à rétablir les moyens de subsistance ou à ouvrir la voie à une sécurité économique à long terme.
C'est ce défi que le ministère des Affaires sociales s'est attaché à relever en élaborant la nouvelle stratégie d'inclusion économique du Liban, un projet que l'Organisation internationale du travail (OIT), grâce à un financement de l'Union européenne (UE), a soutenu dès le début.
Cette stratégie marque un tournant important dans la manière dont la protection sociale est mise en œuvre. Plutôt que de considérer l’aide sociale comme le point d’aboutissement de l’accompagnement, elle vise à mettre les femmes et les hommes en situation de vulnérabilité en relation avec des opportunités d’emploi, des formations professionnelles, un accompagnement à la création d’entreprise et d’autres services susceptibles de les aider à se construire des moyens de subsistance durables et à évoluer vers un régime d’assurance sociale.
Ce besoin n’a jamais été aussi grand.
Le Liban continue de faire face à l’une des crises du marché du travail les plus graves de son histoire, aggravée par les événements de ces derniers mois. Une évaluation de l’OIT, fondée sur une enquête menée en début d’année, a révélé qu’un tiers des salariés du secteur privé avaient perdu leur emploi depuis l’escalade des hostilités entre le Hezbollah et l’armée israélienne en mars, que les déplacements de population avaient touché plus d’un tiers de la population active et que le revenu global du travail avait chuté de plus de 40 %. L'impact a touché de manière disproportionnée les personnes qui se heurtaient déjà à des obstacles à l'emploi : selon cette enquête, menée en collaboration avec la Confédération générale des travailleurs libanais (CGTL) et la Fédération nationale des syndicats des travailleurs et des employés du Liban (FENASOL), 44 % des femmes, 42 % des jeunes et 71 % des personnes en situation de handicap interrogées avaient perdu leur emploi.
Dans ce contexte, l’inclusion économique n’est plus simplement un objectif de politique sociale. Elle est devenue une priorité pour la relance économique.
À la demande du ministère des Affaires sociales, l’OIT a fourni une assistance technique tout au long de l’élaboration de la stratégie, en s’appuyant sur son expertise en matière de marchés du travail, de protection sociale et de normes internationales du travail. Dans le cadre du programme ENABLE financé par l’UE, l’OIT a travaillé en étroite collaboration avec le ministère pour concevoir des parcours concrets permettant de passer de l’aide sociale à un emploi salarié, à une activité indépendante ou à la création d’entreprise, tout en contribuant à renforcer les systèmes institutionnels nécessaires à la mise en œuvre efficace de ces parcours.
Il est important de noter que la stratégie ne vise pas à faire sortir les personnes de l’aide sociale. Elle vise à élargir leurs choix.
Elle propose un ensemble intégré de mesures d’accompagnement adaptées aux besoins individuels, allant de l’orientation professionnelle et du coaching au développement des compétences, en passant par le placement, l’aide aux entreprises, l’aide au transport et la garde d’enfants. Elle reconnaît que chaque personne est confrontée à des obstacles différents pour entrer ou réintégrer le marché du travail.
Parallèlement, elle introduit une nouvelle approche de la prestation de services axée sur les résultats, avec des prestataires spécialisés soutenus par des contrats basés sur la performance, tandis que le ministère des Affaires sociales assure la gouvernance, la coordination et la supervision du système.
« Alors que de nombreuses personnes ont perdu leur emploi, que les revenus du travail ont fortement chuté et que les femmes, les jeunes et les personnes en situation de handicap supportent le fardeau le plus lourd, le statu quo n’est tout simplement pas une option », a déclaré Ruba Jaradat, directrice régionale de l’OIT pour les États arabes. « L’OIT s’est associée au ministère des Affaires sociales pour élaborer une stratégie qui relie l’aide sociale au travail décent et à des moyens de subsistance durables. Le succès ne se mesurera pas à la stratégie elle-même, mais aux opportunités qu’elle crée, aux emplois qu’elle contribue à générer et aux vies qu’elle améliore. »
Au-delà de la stratégie elle-même, l'Union européenne et l'OIT ont collaboré pour renforcer les capacités institutionnelles du ministère des Affaires sociales en vue de mettre en œuvre l'inclusion économique et d'intégrer les chômeurs sur le marché du travail. Cela comprend un soutien aux dispositifs de gouvernance et de coordination, aux systèmes de suivi et d'évaluation, aux mécanismes d'enregistrement et d'orientation ainsi qu'à la prestation de services, sans oublier les partenariats avec les organisations patronales et syndicales et le ministère du Travail.
Cette initiative s'inscrit également dans le cadre du soutien global apporté par l'Union européenne et l'OIT visant à renforcer les capacités du ministère à mettre en œuvre la stratégie nationale de protection sociale du Liban, dont l'inclusion économique et l'activation de la main-d'œuvre constituent l'un des cinq piliers.
« L'Union européenne est fière d'avoir soutenu l'élaboration de cette stratégie et reste déterminée à accompagner sa mise en œuvre », a déclaré Sandra De Waele, ambassadrice de l'UE au Liban. « Pour concrétiser cette vision, il faudra une coordination étroite entre les institutions gouvernementales, des réformes durables et une collaboration étroite avec le secteur privé afin de créer davantage d'opportunités pour une croissance économique inclusive et durable. »
La stratégie d’inclusion économique a été officiellement lancée à Beyrouth lors d’un événement national. Organisé sous le patronage de la ministre libanaise des Affaires sociales, S.E. Mme Haneen Sayed, et accueilli par le Conseil économique, social et environnemental (ECOSOC), cet événement a réuni la ministre Mme Haneen Sayed, le Dr Mohamad Haidar, ministre du Travail, le Dr Amer Bisat, ministre de l’Économie et du Commerce, Mme Jaradat, Directrice régionale de l’OIT, Mme De Waele, ambassadrice de l’Union européenne, Charles Arbid, président de l’ECOSOC, des députés, des ambassadeurs et des représentants des Nations unies, des partenaires au développement, des organisations d’employeurs et d’entreprises, des institutions financières et des organisations de la société civile. Cet événement a également été l’occasion de signer la Charte de partenariat pour l’inclusion économique, marquant ainsi l’engagement commun du gouvernement, de la communauté internationale et des acteurs des secteurs privé et solidaire libanais à traduire cette stratégie en résultats concrets pour l’ensemble de la population libanaise.