Développement des compétences
L’Afrique trace une feuille de route commune pour intégrer l’intelligence artificielle dans la formation professionnelle
Réunis à Abidjan, les membres du Réseau Africain des Institutions et Fonds de Formation Professionnelle (RAFPRO) et leurs partenaires ont adopté la Déclaration d’Abidjan sur l’Intelligence Artificielle, un engagement commun pour intégrer l’IA dans les systèmes de formation professionnelle en Afrique.
11 décembre 2025
ABIDJAN (OIT-Infos) – Responsables publics, partenaires sociaux, institutions de formation et partenaires techniques et financiers se sont réunis les 9 et 10 décembre au Sofitel Hôtel Ivoire pour réfléchir ensemble à l’avenir de la formation professionnelle à l’ère de l’intelligence artificielle.
Organisé par le Réseau africain des institutions et fonds de formation professionnelle (RAFPRO), avec l’appui de l’Organisation international du Travail (OIT) et de la GIZ, l’atelier régional a débouché sur un engagement fort : l’adoption de la « Déclaration d’Abidjan sur l’Intelligence Artificielle, l’Employabilité et la Compétitivité des Entreprises Africaines » qui pose les bases d’une transformation numérique inclusive, équitable et souveraine du continent.
Une volonté politique affirmée
L’ouverture officielle a réuni des personnalités de haut niveau, dont le Président du Fonds de développement de la formation professionnelle (FDFP), M. Siama Bamba, le Président d’honneur du RAFPRO, M. Pierre Henri Coffi, le Président du RAFPRO, Dr Philippe N’Dri, ainsi que le Directeur de cabinet de M. Koffi N’Guessan, Ministre de l’Enseignement Technique, de la Formation Professionnelle et de l’Apprentissage de Côte d’Ivoire.
Dans son allocution, Mme Fanfan Rwanyindo, Directrice régionale de l’OIT pour l’Afrique, a rappelé que l’IA « transforme les tâches plutôt qu’elle ne supprime les emplois », tout en attirant l’attention sur l’exposition accrue des femmes et des travailleurs faiblement qualifiés aux effets de l’automatisation. Elle a insisté sur la nécessité de préparer l’Afrique à saisir les opportunités de la transition numérique, en soulignant que « la technologie doit servir les personnes » et que l’IA doit s’intégrer dans un cadre respectant les droits, la protection sociale et le dialogue social.
Au cours des deux jours de travaux, les participants ont alterné panels ministériels, discussions avec les partenaires techniques et financiers, travaux de commissions et démonstrations technologiques. Les échanges ont mis en lumière la rapidité des mutations du marché du travail, l’obsolescence accélérée des compétences et les besoins croissants en infrastructures numériques souveraines.
Les résultats d’une enquête de l’OIT sur l’exposition des travailleurs africains à l’IA ont également été présentés en séance plénière, soulignant les risques d’inégalités mais aussi le potentiel de création d’opportunités économiques.
Dans les commissions thématiques, les institutions membres du RAFPRO ont approfondi deux dimensions clés : l’impact de l’IA sur l’employabilité, animé par le 3FPT du Sénégal, et l’impact de l’IA sur la compétitivité des entreprises, piloté par le FDFP de Côte d’Ivoire. Les discussions ont souligné la nécessité d’intégrer l’IA et la culture numérique avancée dans les curricula, de professionnaliser les formateurs et d’accompagner plus fortement les petites et moyennes entreprises dans leur transition numérique.
Un temps fort de l’atelier a été la démonstration d’une plateforme de formation immersive intégrant réalité virtuelle et augmentée, conçue dans le cadre du projet Agro-Djossi financé par le FDFP, illustrant les nouvelles possibilités pédagogiques qu’offre la digitalisation de l’apprentissage.
Une Déclaration ambitieuse pour une Afrique compétitive, inclusive et souveraine
L’adoption de la Déclaration d’Abidjan constitue l’aboutissement majeur de l’atelier. Ce texte engage les institutions membres du RAFPRO à moderniser profondément les systèmes de formation professionnelle, à développer un cadre africain des compétences en IA, à former au moins 1 000 formateurs an IA par pays d’ici 2027, et à déployer des laboratoires technologiques dans les pays membres.
La déclaration place également l’inclusion au cœur de l’action régionale, en fixant l’objectif d’au moins 40 % de participation féminine dans les programmes liés à l’IA et en garantissant un accès équitable aux populations rurales, aux jeunes vulnérables et aux personnes handicapées. Elle souligne enfin l’importance d’assurer la souveraineté numérique du continent grâce à des mécanismes de gouvernance des données, au renforcement de la cybersécurité et à la promotion de solutions technologiques africaines.
Elle appelle les États africains à intégrer l’IA dans leurs politiques publiques, à développer des infrastructures numériques robustes et à investir dans la recherche et l’innovation. Elle invite aussi les partenaires techniques et financiers, notamment la Banque africaine de développement, l’Union européenne, l’UNESCO, l’OIT et la GIZ, à soutenir durablement cette transformation stratégique.
Un tournant pour les systèmes de compétences en Afrique
En clôturant les travaux, les participants ont salué une rencontre structurante qui ouvre la voie à une nouvelle étape de coopération africaine en matière de compétences. L’atelier d’Abidjan marque en effet un moment décisif : celui d’une Afrique qui choisit d’anticiper les mutations technologiques, de renforcer sa souveraineté numérique et de placer l’innovation au service du travail décent, de l’employabilité des jeunes et de la compétitivité des entreprises.
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