Agarwal Diya, intern in INWORK, WORKQUALITY Department

Rapport de l'OIT

La numérisation et l’intelligence artificielle devraient stimuler l’emploi dans les États arabes – à condition d’une transition inclusive

Le rapport souligne la nécessité de politiques tenant compte des femmes, des jeunes et des groupes vulnérables, afin d’assurer une transition numérique juste.

22 septembre 2025

AI at work in ILO, Geneva, Switzerland. 9 May 2025. © Alioune Ndiaye/ILO
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BEYROUTH (OIT Infos) – Un nouveau rapport de l’Organisation internationale du Travail (OIT) prévoit que la numérisation et l’intelligence artificielle (IA) auront un impact globalement positif sur l’emploi et la croissance dans la région arabe, si elles s’accompagnent d’investissements et de politiques efficaces. L’étude insiste sur la nécessité d’adopter des mesures inclusives, afin de ne laisser personne à l’écart dans la transition vers l’économie numérique.

Le rapport, Naviguer dans la révolution numérique et de lintelligence artificielle sur les marchés du travail arabes: tendances, défis et opportunités estime que 14,6 % des emplois (près de 8 millions) pourraient être enrichis grâce à l’IA, qui viendrait compléter plutôt que remplacer le travail humain. En revanche, 2,2 % des postes (1,2 million) risquent d’être automatisés.

Selon l’étude, l’intégration de l’IA pourrait, d’ici 2035, générer 14,1 milliards de dollars supplémentaires de PIB et créer un solde net de 118 000 emplois. Mais l’impact variera selon les secteurs: la construction, les transports, l’enseignement, les services personnels et l’ingénierie devraient enregistrer des gains, tandis que les services publics, la manufacture de base, le commerce de détail et les tâches administratives routinières pourraient décliner.

«La numérisation et l’adoption de l’IA ne signifient pas nécessairement destruction d’emplois dans la région», souligne Ruba Jaradat, Directrice régionale de l’OIT. «Des postes disparaîtront, d’autres seront transformés ou créés. Mais les bénéfices ne seront réels que si gouvernements, employeurs et travailleurs veillent à une transition inclusive et équitable. Ce rapport fournit données, preuves et recommandations pour préparer l’avenir du travail numérique et transformer le progrès technologique en emplois et opportunités de qualité pour tous.»

L’étude met en lumière de fortes disparités. Les femmes occupent plus de trois fois la part des emplois menacés d’automatisation (5,3 %) que les hommes (1,6 %), en raison de leur forte présence dans les tâches administratives. Mais elles sont aussi celles qui pourraient le plus bénéficier de l’IA: 22,7 % de leurs emplois pourraient être renforcés, contre 13 % des emplois masculins. Faute de politiques correctrices, elles risquent toutefois de disposer de moins d’opportunités d’ici 2035.

Les jeunes (15–24 ans) devraient profiter davantage de l’IA, surtout dans les nouveaux métiers technologiques. Les travailleurs de plus de 55 ans, eux, font face à un risque accru d’exclusion faute de reconversion. Les personnes peu qualifiées, migrantes, réfugiées ou handicapées sont également exposées sans soutien spécifique.

Le rapport insiste sur l’importance des choix politiques. Les gouvernements doivent investir dans les infrastructures numériques et réduire la fracture numérique, notamment dans les zones rurales ou touchées par les conflits. Ils doivent aussi développer les compétences numériques et scientifiques en intégrant l’apprentissage tout au long de la vie et les matières STEM dans les systèmes éducatifs.

La protection sociale et les services d’emploi doivent être renforcés pour aider les travailleurs à s’adapter. Les micro, petites et moyennes entreprises doivent être accompagnées dans l’adoption d’outils numériques. Les lois du travail doivent évoluer pour protéger les travailleurs de l’économie numérique, y compris ceux des plateformes. Enfin, le rapport appelle à une coopération régionale et internationale accrue afin de réduire les écarts de préparation numérique et d’aligner les stratégies nationales sur les normes mondiales.

Les conclusions du rapport orienteront l’appui de l’OIT aux gouvernements et aux partenaires sociaux dans la transformation numérique du travail. Elles serviront de base à des stratégies régionales, nationales et sectorielles, afin de générer des résultats concrets sur le marché de l’emploi.

Le rapport couvre les États arabes du Golfe et du Levant: Bahreïn, Irak, Jordanie, Koweït, Liban, Oman, Qatar, Arabie saoudite, État de Palestine, Syrie, Émirats arabes unis et Yémen. Il offre une analyse régionale qui alimente le travail mondial de l’OIT sur l’avenir du travail et l’économie numérique, à travers son Observatoire sur l’IA et le travail dans l’économie numérique.