On-site assembly: wokers fastening metal tubing to the greenhouse structure, equipped with essential personal protective equipment PPE suitable for installation work.2025

Sécurité et santé au travail

Construire une culture de la sécurité dans le secteur des serres au Liban

De nouvelles lignes directrices en matière de SST et des sessions de sensibilisation sur site aident les fabricants et les installateurs de serres à adopter des pratiques plus sûres dans tout le pays.

9 janvier 2026

On-site assembly: wokers fastening metal tubing to the greenhouse structure, equipped with essential personal protective equipment PPE suitable for installation work.2025 © ILO/Khaled El Omari
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BEYROUTH (OIT Infos) - L’essor rapide de l’agriculture sous serre au Liban a ouvert de nouvelles perspectives pour les fabricants locaux et les équipes d’installation. Mais la majorité des structures sont montées par des travailleurs informels ou sous-traitants, souvent sans consignes de sécurité claires. Résultat: fabricants et installateurs font état d’incidents fréquents liés à des pratiques de manutention dangereuses, à une mauvaise coordination et à l’absence de mesures de sécurité et de santé au travail (SST) adaptées à la construction de serres.

Des consultations de terrain menées par l’Organisation internationale du Travail dans le cadre d’activités d’installation de serres ont mis en évidence de nombreuses blessures causées par des chutes de structures, des levages dangereux, une mauvaise utilisation des outils et un accès limité à des équipements de protection individuelle (EPI) abordables. Beaucoup d’installateurs ont indiqué ne pas avoir reçu de formation formelle, tandis que les superviseurs peinaient à faire respecter les règles de sécurité dans des contextes où le travail est rémunéré à la pièce ou exécuté sous forte pression temporelle.

«Personne ne nous a jamais montré comment éviter de nous blesser», témoigne Mohamad Jaber, installateur de serres.

En réponse, le projet BOUZOUR de l’OIT, financé par l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Sida), a élaboré des lignes directrices spécifiques en matière de SST pour l’installation de serres. Objectif: améliorer la sécurité sur les chantiers, renforcer la sensibilisation des fabricants et des installateurs, et promouvoir le travail décent dans le secteur de l’agriculture sous serre. Ces lignes directrices ont été conçues selon une approche participative associant entreprises agricoles, fabricants de serres, équipes d’installation et spécialistes de la SST, afin d’en garantir la pertinence et l’adéquation aux réalités locales.

Metal tubes prepared for assembling a greenhouse structure on a site in Akkar, northern Lebanon.
© ILO/ Fadel Itani
© ILO/ Fadel Itani
Tubes métalliques préparés pour l’assemblage d’une structure de serre sur un site dans l’Akkar, au nord du Liban. 2025.

Élaborer des orientations pratiques pour des installations plus sûres

Les consultations de terrain et les échanges avec les équipes d’installation ont révélé que nombre d’installateurs considèrent les blessures — coupures, brûlures, chutes — comme des risques inévitables du métier. Les superviseurs manquent souvent de procédures de référence et les équipes ont fréquemment recours à des équipements de fortune ou à des techniques de manutention dangereuses, en particulier dans les régimes de rémunération à la pièce.

Ces constats ont nourri l’élaboration des lignes directrices de sécurité, qui couvrent les principales étapes de l’installation des serres: préparation du site, levage, découpe, assemblage de la structure et pose du film plastique. Elles traduisent les observations de terrain et les enseignements tirés en pratiques concrètes à l’intention des fabricants, des installateurs et des superviseurs.

Apprendre la sécurité là où elle compte: la formation sur site

Pour aider les travailleurs à mettre en œuvre ces lignes directrices, l’équipe du projet BOUZOUR a organisé six sessions de sensibilisation sur site à destination de plus de 75 travailleurs, dont 11 femmes. Ces sessions ont permis d’identifier les risques du quotidien et de proposer des solutions pratiques. Les participants ont reconnu sans détour certaines habitudes -tenir des vis dans la bouche, retirer les protections des meuleuses, grimper sur des échelles instables -qui ont servi de point de départ à des démonstrations concrètes.

OSH in agriculture trainer Khaled El Omari provides on-site guidance to the installation team.
© ILO/ Fadel Itani
© ILO/ Fadel Itani
Khaled El Omari, formateur en SST dans l’agriculture, dispense des conseils sur site à une équipe d’installation. 2025.

Les sessions ont également documenté des incidents très concrets, rendant les risques de SST particulièrement tangibles. Dans un cas, un travailleur a accidentellement entaillé l’abdomen d’un collègue en découpant le plastique; dans un autre, deux travailleurs se sont retrouvés piégés sous le film de la serre avant d’être secourus. Autant d’exemples qui montrent combien une meilleure planification, une coordination renforcée et des mesures de protection élémentaires peuvent prévenir des blessures graves.

«Désormais, je commence le travail en vérifiant que l’échelle est stable et en m’assurant que personne ne se trouve sous la structure», explique Zein Alabidin, installateur.

Pour beaucoup, il s’agissait de leur première formation structurée en matière de SST. Les superviseurs ont demandé que ces formations incluent des étapes claires pour le contrôle des outils, la coordination des équipes et la prise en compte de risques souvent négligés, comme l’exposition à la chaleur ou les dangers électriques.

Des accidents à la prise de conscience

Lors d’une session de sensibilisation sur site, un jeune installateur a raconté avoir avalé par accident une vis qu’il tenait dans la bouche — un incident ayant nécessité une intervention chirurgicale d’urgence et entraîné un mois de perte de revenus. L’histoire a ensuite servi d’étude de cas pour identifier des alternatives plus sûres: utilisation de ceintures à outils, meilleure séquence des tâches, travail en binôme. Une fois les conséquences bien réelles comprises, les travailleurs ont évoqué un changement notable de regard.

«Je pensais que la sécurité était optionnelle et qu’elle ralentissait le travail. Aujourd’hui, on voit qu’elle fait gagner du temps quand personne ne se blesse», confie Haytham, l’un des installateurs.

A greenhouse installer inspects screws before continuing assembly.
© ILO/ Fadel Itani
© ILO/ Fadel Itani
Un installateur de serres inspecte des vis avant de poursuivre l’assemblage.

Premiers effets: la sécurité en pratique

À l’issue des sessions de sensibilisation sur site, des changements visibles ont été observés. Les travailleurs vérifient les échelles avant usage, organisent leurs outils de manière plus systématique et utilisent des gants et des EPI de base dès qu’ils sont disponibles. Les superviseurs se sont engagés à effectuer des contrôles de sécurité quotidiens et à maintenir des trousses de premiers secours sur les chantiers. Plusieurs fabricants ont exprimé leur intérêt pour intégrer les nouvelles lignes directrices SST dans leurs procédures opérationnelles standard.

Installer at work constructing a greenhouse frame.
© ILO/ Fadel Itani
© ILO/ Fadel Itani
Un installateur à l’œuvre lors de la construction de l’ossature d’une serre

Cette intervention marque une étape importante vers l’institutionnalisation de la sécurité dans l’industrie des serres au Liban. Elle contribue à mieux protéger les travailleurs qui construisent les infrastructures agricoles, tout en soutenant une production alimentaire plus durable.

«Nous pensions que la sécurité était un luxe. Aujourd’hui, nous voyons que c’est ce qui nous permet de continuer à travailler», conclut Fatima Abdo, installatrice spécialisée dans la pose de films plastiques.