Travailleurs, employeurs et gouvernements s’accordent sur la nécessité de mieux articuler les politiques commerciales et de l’emploi en Afrique
Une nouvelle étude de l’OIT révèle un large consensus parmi les travailleurs, les employeurs et les gouvernements en Afrique sur le rôle essentiel des politiques de l’emploi et du dialogue social pour faire en sorte que le commerce et l’investissement se traduisent par de meilleurs résultats en matière d’emploi.
14 septembre 2026
GENÈVE (OIT Infos) – Travailleurs, employeurs et gouvernements en Afrique s’accordent largement sur le fait que le commerce et l’investissement doivent s’accompagner de politiques de l’emploi et de dialogue social pour se traduire par de meilleurs résultats en matière d’emploi. C’est ce qui ressort d’une nouvelle étude de l’Organisation internationale du Travail (OIT) menée dans cinq pays africains.
Cette convergence est particulièrement significative, car ces trois groupes ont des perspectives et des priorités différentes en matière de politiques commerciales et du travail. Ce large consensus plaide en faveur d’une meilleure prise en compte des questions d’emploi et du dialogue social dans les décisions relatives au commerce et à l’investissement, alors que les économies africaines renforcent leur intégration économique régionale et mondiale.
Le rapport, Commerce, investissement et travail décent en Afrique (en anglais), s’appuie sur des enquêtes et des consultations menées auprès de représentants des gouvernements, d’organisations d’employeurs et de travailleurs et de la société civile en Afrique du Sud, au Ghana, au Kenya, au Mozambique et en Ouganda.
Les politiques de l’emploi apparaissent comme un domaine où le consensus est particulièrement fort. Elles figurent parmi les politiques jugées les plus efficaces pour garantir que les bénéfices du commerce soient inclusifs, selon 95 pour cent des représentants gouvernementaux interrogés, 93 pour cent des organisations de travailleurs et 91 pour cent des organisations d’employeurs. Parmi les autres mesures proposées, la protection sociale ainsi que l’éducation et la formation bénéficient également d’un large soutien, même si les priorités varient entre les trois groupes.
« L’Afrique a une occasion majeure de faire de l’essor du commerce et de l’intégration régionale un moteur de création d’emplois plus nombreux et de meilleure qualité. Ce qui est particulièrement significatif, c’est le large consensus entre les gouvernements, les employeurs et les travailleurs sur le fait que la politique commerciale ne peut fonctionner de manière isolée. Les politiques de l’emploi et un dialogue social constructif peuvent contribuer à faire en sorte que la croissance du commerce et de l’investissement crée des opportunités qui profitent à la fois aux travailleurs et aux entreprises », a déclaré Fanfan Rwanyindo Kayirangwa, Directrice régionale de l’OIT pour l’Afrique.
Le commerce offre des opportunités, mais présente aussi des défis
Ces conclusions interviennent alors que les échanges commerciaux devraient continuer à progresser en Afrique, notamment avec la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Le commerce international représente déjà en moyenne 60 pour cent du PIB et contribue à environ 12 pour cent de l’emploi sur le continent.
Le rapport constate que les parties prenantes voient dans le commerce un potentiel considérable pour favoriser l’emploi et le développement des entreprises. Environ trois quarts des personnes interrogées considèrent la création d’emplois comme l’un de ses principaux avantages. Elles mettent également en avant un meilleur accès aux marchés, le développement des compétences, les progrès technologiques et les gains de productivité.
Dans le même temps, les personnes interrogées identifient des risques concernant à la fois le nombre et la qualité des emplois. L’emploi figure parmi leurs principales préoccupations, compte tenu du fait que le commerce peut à la fois créer et supprimer des emplois. Elles soulèvent également des inquiétudes concernant l’informalité, les bas salaires et les mauvaises conditions de travail.
Ces préoccupations sont particulièrement importantes sur les marchés du travail africains, où l’emploi informel représente en moyenne plus de 85 pour cent de l’emploi total et reste très répandu dans les chaînes d’approvisionnement agricoles tournées vers l’exportation.
Le rapport examine également le rôle des dispositions relatives au travail dans les accords commerciaux et d’investissement. Sur les 50 accords commerciaux impliquant des pays africains actuellement en vigueur et notifiés à l’Organisation mondiale du commerce, 15 font référence à de telles dispositions. Plus de 80 pour cent des parties prenantes interrogées considèrent l’amélioration des normes du travail et le renforcement du dialogue social comme faisant partie de leurs principaux avantages.
Les conclusions soulignent également l’importance d’associer les organisations d’employeurs et de travailleurs à l’élaboration des politiques commerciales et d’investissement. Leur connaissance concrète des besoins en compétences, des conditions de travail, des obstacles à l’accès aux marchés internationaux et des difficultés liées au respect des normes peut contribuer à mieux cibler les politiques et à renforcer leur mise en œuvre ainsi que la redevabilité.
Le rapport conclut qu’un dialogue social structuré, prévisible et éclairé, associé à des politiques de l’emploi, de développement des compétences et de protection sociale, peut aider les pays à faire en sorte que l’essor du commerce et de l’intégration régionale se traduise par des opportunités d’emploi et de développement des entreprises plus largement partagées.
Plus d’informations
Ce rapport a été élaboré dans le cadre du projet IMPLEMENT de l’OIT, intitulé « Accords commerciaux et d’investissement : mise en œuvre et mobilisation des parties prenantes en faveur du travail décent », financé par le Gouvernement flamand (Belgique). Le projet renforce les capacités des gouvernements ainsi que des organisations d’employeurs et de travailleurs afin de promouvoir le travail décent dans le contexte du commerce et de l’investissement, et d’accroître la participation des parties prenantes aux initiatives liées au commerce.