Des personnes assises au milieu des décombres à Beyrouth après une frappe aérienne. Beyrouth, le 10 avril 2026

Selon un rapport de l’OIT, un salarié du secteur privé sur trois interrogé au Liban a perdu son emploi en raison de la reprise des hostilités

De nouvelles données recueillies auprès des salariés mettent en évidence d’importantes pertes d’emploi, une baisse des revenus et une insécurité croissante, soulignant la nécessité de placer le travail décent au cœur de la réponse à la crise et de la relance.

7 juillet 2026

Des personnes assises au milieu des décombres à Beyrouth après une frappe aérienne. Beyrouth, le 10 avril 2026 © OIT/ Elisa Oddone
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BEYROUTH (OIT Infos) – Un nouveau rapport de l’Organisation internationale du Travail (OIT) révèle que la récente reprise des hostilités au Liban a gravement perturbé les moyens de subsistance des travailleurs du secteur privé. Un travailleur interrogé sur trois n’occupait plus d’emploi au moment de l’enquête, et la baisse moyenne des revenus du travail est estimée à 40,4 % si l’on tient compte à la fois des pertes d’emploi et de la baisse des salaires.

Le rapport, intitulé « Le marché du travail libanais en crise : évaluation des répercussions de la reprise du conflit et de l’instabilité régionale – Une analyse de l’impact sur les travailleurs du secteur privé », s’inscrit dans le cadre de la réponse de l’OIT à la récente reprise des hostilités au Liban. Il fournit des données pertinentes au niveau des travailleurs, qui permettront d’orienter les mesures visant à protéger l’emploi, les revenus, les droits du travail et les moyens de subsistance, dans le cadre d’un effort plus large de réponse à la crise et de soutien à la relance.

Cette enquête, menée en mai 2026 en partenariat avec la Confédération générale des travailleurs libanais (CGTL) et la Fédération des syndicats d’employés et de travailleurs du Liban (FENASOL), a porté sur 2 485 travailleurs du secteur privé qui étaient en poste avant la reprise du conflit en mars 2026. Elle concernait à la fois les salariés et les travailleurs indépendants, tous secteurs et gouvernorats confondus.

Les résultats montrent que 33,0 % des travailleurs interrogés n’exerçaient plus d’activité au moment de l’enquête, dont 28,2 % étaient au chômage et 4,7 % avaient quitté la population active. Les pertes d’emploi ont été particulièrement importantes parmi les travailleurs des districts touchés par les hostilités dans le sud du Liban, atteignant 76,5 % chez les habitants du gouvernorat de Nabatieh et 43,2 % chez ceux du gouvernorat du Sud-Liban.

Toutefois, l’impact ne s’est pas limité aux zones directement touchées par les hostilités, les travailleurs d’autres districts ayant également été touchés par l’affaiblissement de la demande, la baisse de l’activité économique, les pressions inflationnistes et les perturbations plus générales du marché.

Le déplacement s'est révélé être un facteur majeur de perte d'emploi. Plus des deux tiers des travailleurs qui restaient déplacés étaient sans emploi. Parmi les travailleurs interrogés, 37,4 % étaient encore déplacés au moment de l'enquête et 14,2 % supplémentaires avaient été déplacés pendant le conflit mais étaient ensuite rentrés chez eux.

« La crise actuelle au Liban ne se contente pas de détruire des bâtiments et des infrastructures, elle détruit également des emplois, des revenus et les moyens de subsistance déjà fragiles de nombreuses personnes », a déclaré Ruba Jaradat, Directrice régionale de l’OIT pour les États arabes.

« L’OIT collabore avec ses mandants et ses partenaires pour soutenir la reprise du marché du travail au Liban. Cela implique de protéger les travailleurs, de soutenir les revenus et l’emploi, de renforcer la protection sociale, de produire des données et des analyses fiables et actualisées, d’aider les entreprises à conserver leurs salariés et de veiller à ce que les plus vulnérables ne soient pas poussés davantage vers l’économie informelle, la pauvreté ou l’exclusion. L’aide humanitaire sauve des vies, mais le travail décent et la protection sociale aident les personnes à préserver leur dignité, à reconstruire leurs moyens de subsistance et à se relever. »

Le rapport constate que la crise a touché de manière disproportionnée les travailleurs déjà en situation de grande vulnérabilité. Le taux de chômage était particulièrement élevé chez les personnes en situation de handicap (71,4 %), les femmes (44,3 %), les jeunes âgés de 15 à 24 ans (42,4 %), les réfugiés syriens (39,4 %) et les personnes occupant des emplois informels (37,7 %). Les travailleurs sans contrat écrit, ceux ayant un faible niveau d’éducation et ceux employés par de petites entreprises étaient également plus susceptibles de perdre leur emploi.

Les conséquences de la crise se sont étendues bien au-delà des pertes d’emploi. Parmi les travailleurs ayant conservé leur emploi, le revenu moyen du travail a baissé de 14,8 %, tandis que le revenu moyen total du travail de l’ensemble de la population interrogée aurait chuté de 40,4 %, si l’on tient compte de la perte totale de revenus subie par ceux qui ont perdu leur emploi. Les travailleurs qui ont trouvé un nouvel emploi l’ont souvent fait dans des conditions moins favorables, gagnant en moyenne 30,7 % de moins qu’auparavant, la plupart d’entre eux se tournant vers le secteur informel ou le travail indépendant.

Les ménages ont largement compté sur leurs propres ressources pour faire face à la situation. L'épargne a constitué le mécanisme d'adaptation le plus courant, tandis que plus de 40 % des travailleurs libanais, syriens et palestiniens ont déclaré avoir reporté le remboursement de leurs prêts ou le paiement de leurs factures. Beaucoup ont également réduit leurs dépenses alimentaires, ce qui souligne la pression croissante qui pèse sur le bien-être des ménages et leur sécurité alimentaire.

Les besoins en matière de relance restent considérables. Près de la moitié des personnes interrogées, soit 45,5 %, ont indiqué que leur besoin principal était d’obtenir de l’aide pour trouver un emploi stable, tandis que 37,7 % ont déclaré avoir besoin d’un soutien pour obtenir des revenus plus élevés ou plus réguliers. Le rapport préconise une réponse combinant des mesures humanitaires immédiates et des mesures en faveur du marché du travail, ainsi que des investissements à plus long terme dans la création d’emplois, la protection sociale, le développement des compétences, la relance des entreprises et le travail décent.

Le rapport recommande la mise en place de programmes de relance à forte intensité d'emploi, de subventions salariales ciblées, d'aides d'urgence en faveur des femmes, des personnes en situation de handicap, des travailleurs indépendants et des micro, petites et moyennes entreprises, ainsi que le renforcement de la protection sociale, un accompagnement juridique pour les travailleurs domestiques migrants et une gouvernance renforcée du marché du travail.

À moyen et long terme, il préconise le renforcement des systèmes de données sur le marché du travail, la dynamisation du Bureau national de l’emploi, des approches de développement économique local, le développement des compétences et la formation professionnelle, la régularisation progressive, la protection contre le chômage et une politique nationale globale de l’emploi.

Ce rapport a été élaboré par le Bureau régional de l’OIT pour les États arabes, en partenariat avec la CGTL et la FENASOL, grâce à un cofinancement du programme ENABLE de l’OIT, financé par l’Union européenne, et du partenariat PROSPECTS, financé par le gouvernement néerlandais.