ILO Voices | Leadership des femmes et égalité salariale
Notre coopérative de transformation du poisson a renforcé l’autonomie des femmes, leur offrant reconnaissance et sécurité
Je suis issue d’une famille de pêcheurs au Sénégal. Ma mère était transformatrice de poisson, et j’ai découvert ce métier à travers elle dès mon jeune âge. La vie était difficile et je n'ai pas pu terminer l’école immédiatement, mais j’ai commencé à développer un leadership depuis ma jeunesse. Aujourd’hui, je suis fière de diriger une coopérative qui améliore les moyens de subsistance, renforce notre communauté et donne aux femmes le pouvoir de se lever contre toutes les formes de harcèlement.
25 novembre 2025
Je m’appelle Yaye Coumba Seck. J’ai 56 ans, je suis mariée et mère de trois garçons et trois filles. J’ai découvert la transformation du poisson quand j’étais enfant, en aidant ma mère.
Mes camarades de classe se moquaient de moi, disant que je finirais comme elle – et voilà, l’histoire leur a donné raison.
Mon père a payé mes études en informatique pour que je devienne informaticienne. Cependant, après avoir subi du harcèlement en cherchant un emploi, j’ai été contrainte de choisir une autre voie, et j'ai décidé d'être autonome et de me consacrer à la transformation du poisson.
Beaucoup de femmes vivent des situations similaires mais ne peuvent pas en parler. Dans notre pays, il existe des normes socio-culturelles qui interdisent aux femmes de parler de certaines situations. Elles endurent en silence, continuent de souffrir et ne dénoncent rien.
J’ai travaillé dur pour aller de l’avant. À cette époque, les femmes transformatrices n’étaient pas organisées. Elles étaient les épouses des pêcheurs et travaillaient à la transformation des produits restants que les hommes ramenaient de la mer.
Les produits de la pêche n’étaient pas destinés à la vente, mais à la consommation et aux voisins et parents en guise de cadeau. Ce n’était pas une activité rentable.
Nous avons formé un Groupement d’intérêt économique sous la tutelle de la Fédération nationale de la pêche du Sénégal pour développer notre activité et augmenter nos revenus.
Nous transformons des poissons séchés, fumés, braisés et fermentés. Mais avec autant de femmes, les ressources étaient limitées et les méthodes traditionnelles restaient nécessaires.
C’est par la suite que le projet mis en œuvre avec l’OIT est intervenu avec un fort soutien à la formalisation. Au début, nous étions une union composée de 150 femmes, et de cette organisation est née la coopérative, initialement avec seulement 30 membres.
Le projet nous a aidées à évaluer nos activités. Au début, nous avions du poisson et nous travaillions 7 jours sur 7, durant toute l’année, mais le poisson s’est par la suite raréfié.
La mer n’a plus de poisson. Le changement climatique, la surexploitation et d’autres facteurs affectent les matières premières, ce qui signifie que les femmes transformatrices ne disposent plus des matières dont elles ont besoin.
Le projet a offert des activités alternatives génératrices de revenus comme la fabrication de savon et liquide et d’eau de Javel. Nous avons aussi bénéficié d’une formation en compost pour la valorisation des déchets issus de la transformation.
Nous avons également reçu une formation sur la prévention de la violence et du harcèlement à l’égard des femmes, ainsi que sur la promotion de l’égalité salariale entre les hommes et les femmes. Nous avons participé à des activités de sensibilisation et de plaidoyer pour la ratification de la Convention 190 de l’OIT. Nous sommes devenues des ambassadrices.
J'encourage les femmes à dénoncer ceux qui commettent des actes de harcèlement et de violence à l'encontre des femmes et des filles.
Sur l'égalité de rémunération, on dit que les femmes sont toujours des victimes, que les hommes perçoivent plus. Ici, dans notre activité de la coopérative, les hommes sont plutôt nos employés.
J'encourage les femmes à dénoncer ceux qui commettent des actes de harcèlement et de violence à l'encontre des femmes et des filles.
Yaye Coumba Seck, cofondatrice d’une coopérative féminine de transformation du poisson
La coopérative a beaucoup aidé les femmes pour une meilleure reconnaissance sociale. Je cite comme exemple leur changement positif de comportement, leur développement personnel et les augmentations significatives de leurs revenus. Les femmes transformatrices sont aujourd’hui perçues autrement dans la société.
La coopérative contribue également dans les activités sociales de la communauté du village – en participant à la construction de salles de classe dans les écoles, d'une salle de vaccination au poste de santé, de la mosquée.
Le chef du village m’associe parfois dans ses activités en sollicitant mes avis et mon expérience.
Globalement, ce projet nous a ouvert les yeux et permis d'approfondir nos réflexions par rapport à des activités que nous devons exécuter.
La coopérative est vraiment un bon modèle avec de nombreux avantages. Nous avons commencé avec 30 femmes, et cela constituait un véritable défi. Aujourd’hui, tout le monde veut devenir membre.
Nous avons organisé une assemblée générale, et les membres ont élu leur comité exécutif dans un esprit démocratique.
J’ai commencé à développer un leadership depuis ma jeunesse et cela au temps où j’étais élève.
Le projet de l’OIT a forgé des femmes leaders et a réveillé un sentiment en elles.
Aujourd’hui, j’ai représenté le Sénégal à une conférence internationale sur la pêche en Islande, accompagnée de jeunes chercheurs, et contribué à la création d’emplois pour les hommes, les femmes et les jeunes de notre communauté.
En termes de perspectives, je veux agir sur les jeunes – pour les aider à devenir de futurs leaders. Nous devons développer l’entrepreneuriat.
Aux jeunes, mon message est le suivant: croyez en vous, ayez confiance en vos compétences, entourez-vous de ceux qui vous encouragent et ne renoncez jamais vos rêves.
Yaye Coumba Seck, cofondatrice d’une coopérative féminine de transformation du poisson
J’envisage formaliser davantage nos activités en signant des conventions avec des usines de poisson et accéder à une ligne de financement.
Nous avons besoin d’infrastructures pour faire de la transformation de haute qualité et développer notre marché aux niveaux national et international.
Aux jeunes, mon message est le suivant: croyez en vous, ayez confiance en vos compétences, entourez-vous de ceux qui vous encouragent et ne renoncez jamais vos rêves.
En bref
- Yaye Coumba Seck est bénéficiaire du projet de l’OIT «Lutter contre la violence et le harcèlement dans le monde du travail et promouvoir l’égalité salariale et les perspectives de carrière entre les hommes et les femmes», financé par le ministère français du Travail, de la Santé et de la Solidarité.
- Ce projet a permis à Yaye et aux membres de sa coopérative de suivre des formations sur le leadership féminin, l’équité salariale et la prévention de la violence et du harcèlement dans le monde du travail. Elles ont également reçu des conseils sur la formalisation et la diversification de leurs activités.
- Les inégalités de genre et les discriminations constituent encore des obstacles majeurs à la participation pleine et égale des femmes au monde du travail. Les recherches de l’OIT montrent que la violence et le harcèlement demeurent répandus dans plusieurs secteurs, freinant l’accès des femmes à un emploi décent et à des postes de responsabilité.
- Face à ces défis, le projet de l’OIT «Lutter contre la violence et le harcèlement dans le monde du travail et promouvoir l’égalité salariale et les perspectives de carrière entre les hommes et les femmes» a renforcé les efforts pour combattre la violence et le harcèlement au travail et a promu le principe d’égalité salariale pour un travail de valeur égale.
- Au Sénégal, le projet France–OIT, en collaboration avec l’Union nationale des syndicats autonomes du Sénégal (UNSAS) et l’Institut Belleville, a soutenu la création de trois coopératives féminines regroupant 71 transformatrices de produits halieutiques à Mbao et Yenne, ainsi que de céréales à Louga.
- Le projet a contribué au renforcement des compétences des femmes à travers un programme d’alphabétisation fonctionnelle, de leadership féminin, d’équité salariale et de sensibilisation à la lutte contre la violence et le harcèlement, tout en soutenant la diversification économique face aux impacts du changement climatique et à l’épuisement des ressources halieutiques.
- Grâce à la diversification des activités économiques et au renforcement des compétences, les revenus des membres des coopératives ont augmenté, contribuant à réduire les écarts de rémunération entre les hommes et les femmes. Le projet a accru la visibilité et la reconnaissance des coopératives dans la communauté, renforçant leur leadership et leur participation à la prise de décision aux niveaux local, national et international.
- À l’occasion des 16 jours d’activisme contre la violence basée sur le genre, l’expérience de Mbao met en évidence l’importance et l’urgence de ratifier la Convention n° 190 de l’OIT, afin de garantir un monde du travail sûr, équitable et respectueux pour toutes et tous. Elle démontre également comment les coopératives de femmes peuvent devenir de véritables leviers de justice sociale et d’égalité de genre.
Entretien avec Nicolas Dumas, Ministère français du Travail, de la Santé et des Affaires sociales
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Projet France-OIT
Lutte contre la violence et le harcèlement dans le monde du travail & Égalité de rémunération et de carrière entre les hommes et les femmes