ILO Voices | Inclusion des réfugiés
Je recommence à zéro, une réparation à la fois
Après avoir cherché refuge en Égypte, le demandeur d’asile soudanais Alhassan Ali a participé à une formation de l’OIT en gestion d’entreprise. Cette formation a renforcé ses compétences entrepreneuriales et l’a aidé à construire un avenir plus stable pour sa famille.
17 septembre 2026
Avant le conflit, ma famille et moi menions une vie normale au Soudan. Je réparais et entretenais des téléphones portables, ce qui nous procurait une source de revenus stable.
Puis, pendant le conflit qui a éclaté en 2023, ma fille est tombée malade. Nous savions que son état était grave, mais nous n’avons pas pu obtenir de diagnostic précis, car les hôpitaux ne fonctionnaient plus et il était extrêmement difficile d’avoir accès aux médecins et aux services de santé.
J’ai compris que nous devions quitter le Soudan lorsque l’état de ma fille s’est aggravé. Sa vie était en danger. En tant que père, rien n’était plus important pour moi que de m’assurer qu’elle puisse recevoir les soins dont elle avait besoin.
J’ai choisi l’Égypte parce que je pensais que c’était la destination la plus sûre pour ma famille. Elle offrait également un accès aux soins de santé pour ma fille, à qui on a diagnostiqué une leucémie. La langue et la culture communes nous ont aussi permis de nous adapter plus facilement et de prendre un nouveau départ.
La tante de ma femme vivait déjà à Alexandrie. Elle nous a encouragés à venir en Égypte et nous a apporté un soutien précieux pendant nos premiers jours après notre arrivée.
La première chose dont je me souviens, c’est le sentiment de sécurité. Après tout ce que nous avions vécu, notre arrivée en Égypte nous a redonné espoir. Les gens nous ont chaleureusement accueillis, ce qui a grandement facilité l’adaptation de ma famille à notre nouvelle vie.
La première chose dont je me souviens, c’est le sentiment de sécurité. Après tout ce que nous avions vécu, notre arrivée en Égypte m’a redonné espoir.
Alhassan Ali, propriétaire d’un atelier de réparation de téléphones portables
Au Soudan, j’étais financièrement stable, mais en Égypte, j’ai dû tout recommencer à zéro. Au début, mes revenus étaient très limités et je craignais de ne pas gagner suffisamment pour subvenir aux besoins de ma famille et couvrir les frais de traitement médical de ma fille.
J’ai commencé à chercher du travail immédiatement après mon arrivée en Égypte. Je me suis rendu dans tous les ateliers de réparation de téléphones portables du quartier pour demander s’il y avait des postes disponibles.
Finalement, un employeur a reconnu mon expérience et mes compétences techniques et m’a proposé un emploi. Cela m’a permis de commencer à subvenir aux besoins de ma famille.
Après avoir travaillé pendant environ un an dans différents ateliers de réparation de téléphones portables, je me suis familiarisé avec le marché égyptien, j’ai établi des relations avec des fournisseurs et j’ai acquis une meilleure compréhension des besoins des clients.
J’ai économisé suffisamment d’argent pour acheter l’équipement dont j’avais besoin et je me suis associé à un partenaire commercial, ce qui m’a permis de créer ma propre entreprise.
Ouvrir mon entreprise a été un moment de fierté. Mais gérer une entreprise s’est avéré très différent de réparer des téléphones.
Le plus grand défi était de gérer les aspects financiers de mon entreprise. Je savais que je faisais des erreurs, mais je ne savais pas comment les identifier ni les corriger.
Je travaillais de longues heures, mais entre les dépenses liées à l’entreprise et les responsabilités familiales, j’ai commencé à accumuler des dettes.
Puis, par l’intermédiaire de membres de la communauté soudanaise, j’ai appris l’existence d’un programme de formation à la gestion d’entreprise.
Lorsque je me suis rendu dans les bureaux de Caritas Égypte, le personnel m’a expliqué l’objectif de la formation « Start and Improve Your Business » (SIYB) de l’Organisation internationale du Travail (OIT) et comment elle pouvait aider les propriétaires d’entreprise à améliorer la gestion et le développement de leur activité.
Leurs explications m’ont convaincu que cette formation serait utile, alors j’ai décidé d’y participer.
La formation m’a aidé à découvrir des erreurs que je ne savais même pas que je commettais. Aujourd’hui, je comprends beaucoup mieux mon entreprise.
La plus grande leçon pour moi a été de comprendre l’importance de tenir correctement les comptes de l’entreprise. J’ai appris à enregistrer tous mes revenus et toutes mes dépenses afin de bien comprendre les résultats de mon activité.
J’ai commencé à gérer mon entreprise d’une manière complètement différente. J’ai séparé mes finances personnelles de celles de mon entreprise et j’ai pris l’habitude d’épargner une partie de mes revenus pour investir dans le développement de mon activité, tout en répondant aux besoins de ma famille.
Même si j’ai étudié l’administration des entreprises, la formation SIYB m’a offert une expérience très différente. Honnêtement, j’ai le sentiment d’avoir acquis davantage de compétences pratiques en gestion d’entreprise pendant cette formation que durant mes études universitaires.
La formation m’a aidé à découvrir des erreurs que je ne savais même pas que je commettais. Aujourd’hui, je comprends beaucoup mieux mon entreprise.
Alhassan Ali, propriétaire d’un atelier de réparation de téléphones portables
Après avoir mis en pratique ce que j’ai appris, mes revenus ont augmenté de près de 35 %.
J’ai également développé mon activité en proposant des accessoires pour téléphones portables, ce qui m’a permis de créer une source de revenus supplémentaire et de diversifier mon entreprise.
Aujourd’hui, chaque livre égyptienne que je gagne a une utilité, et je peux épargner plus régulièrement pour contribuer aux frais de traitement de ma fille tout en offrant davantage de stabilité à ma famille.
Ma fille poursuit son traitement. Même s’il y a encore des jours difficiles, elle a bien réagi au traitement jusqu’à présent. Nous continuons à prier pour son rétablissement complet.
Elle continue de recevoir régulièrement une chimiothérapie. La prochaine étape est une greffe de moelle osseuse. Nous avons reçu une aide couvrant une partie du coût de l’intervention – 250 000 livres égyptiennes (environ 4 900 dollars des États-Unis) – et je travaille dur pour réunir les 150 000 livres égyptiennes restantes (environ 2 950 dollars des États-Unis), afin qu’elle puisse subir la greffe dès que possible.
Malgré tout ce qu’elle a traversé, elle était déterminée à retourner à l’école et à passer ses examens. Elle a fréquenté l’école chaque fois que son état de santé le lui permettait, généralement deux ou trois jours par semaine, et a réussi ses examens de sixième année.
Mon plus grand espoir est de voir mes enfants en bonne santé, en sécurité et pouvoir profiter d’un avenir meilleur. Tout ce que je fais, je le fais pour eux. J’espère continuer à développer mon entreprise afin de pouvoir leur offrir les soins, l’éducation et les possibilités qu’ils méritent.
En bref
- PROSPECTS est un partenariat mondial financé par le Gouvernement des Pays-Bas qui vise à améliorer l’accès à l’emploi, à l’éducation, à la protection sociale et aux opportunités économiques pour les réfugiés et les communautés d’accueil.
- Le partenariat réunit l’Organisation internationale du Travail (OIT), la Société financière internationale (IFC), le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et la Banque mondiale.
- Il est mis en œuvre dans huit pays de la Corne de l’Afrique (Éthiopie, Kenya, Soudan et Ouganda) et de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (Égypte, Iraq, Jordanie et Liban).
- En Égypte, le partenariat PROSPECTS de l’OIT travaille avec des partenaires nationaux et des partenaires de mise en œuvre, notamment Caritas Égypte, afin de soutenir les réfugiés et les communautés d’accueil.
- Le programme Gérez mieux votre entreprise (GERME) de l’OIT propose une formation pratique à l’entrepreneuriat dans des domaines tels que la planification d’entreprise, la gestion financière, le calcul des coûts, la fixation des prix et le marketing.
- Au total, 254 557 personnes déplacées de force et membres des communautés d’accueil dans huit pays ont acquis des compétences en entrepreneuriat et en développement des entreprises grâce aux efforts conjoints des partenaires de PROSPECTS.
Interview avec Peter Mollema, Ambassadeur du Royaume des Pays-Bas en Égypte
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