Sénégal : Vers une Protection Sociale Réelle pour les Travailleurs Agricoles
29 juillet 2025 - Saly, Sénégal. Un dialogue national s’est tenu du 29 au 31 juillet 2025 à l’hôtel Palm Beach, réunissant les principaux acteurs du secteur agricole et des institutions publiques pour discuter de l’extension de la protection sociale aux travailleurs agricoles. Organisé par le ministère du Travail et le Bureau international du Travail (BIT), cet atelier a permis de poser les bases d’une réforme ambitieuse visant à inclure les travailleurs du monde agro-sylvo-pastoral et halieutique dans un système de sécurité sociale adapté à leurs réalités.
4 août 2025
Durant trois jours, les représentants des ministères, des organisations professionnelles agricoles, des partenaires techniques et financiers, ainsi que des experts en protection sociale ont échangé sur les enjeux, les défis et les perspectives liés à l’extension de la couverture sociale aux travailleurs du secteur agricole. L’objectif principal de cette rencontre était de poser les bases d’un système de protection sociale adapté aux réalités du monde agricole, en particulier aux travailleurs informels. Les discussions ont été structurées autour de présentations techniques, d’échanges participatifs et de propositions concrètes.
Ce dialogue national, piloté par le ministère du Travail et le BIT, s’inscrit dans une dynamique de justice sociale et de reconnaissance des droits fondamentaux des travailleurs ruraux. La première journée a été marquée par des présentations structurantes sur les fondements de la protection sociale, ses modèles (bismarckien et beveridgien), et les disparités de couverture entre zones urbaines et rurales. L’expert du BIT, Moussa Dieng, a souligné l’importance de garantir un socle de protection sociale universel, tout en relevant les défis liés à la structuration de l’économie informelle et à la précarité des revenus.
À ce propos, Abass FALL, Ministre du Travail, de l’Emploi et des Relations avec les Institutions, a rappelé que : « Au Sénégal, l’économie informelle occupe presque plus de 80% de l’économie avec une forte prédominance du secteur agricole mais ses travailleurs ne bénéficient pas d’une protection sociale adéquate pour eux-mêmes et leurs familles, cela peut changer avec l’adoption de la Stratégie nationale de Protection sociale. »
Les discussions ont mis en lumière des exemples internationaux inspirants, comme le Brésil et le Costa Rica, où des mécanismes d’adhésion systématique ont permis une couverture efficace des travailleurs agricoles. Ces modèles ont suscité un vif intérêt chez les participants, qui ont débattu des modalités d’application au contexte sénégalais. La deuxième journée a été consacrée aux concertations sur les besoins prioritaires des travailleurs agricoles informels. Les participants ont insisté sur la nécessité de couvrir tous les risques sociaux, en particulier la maladie et la vieillesse, et de prendre en compte les spécificités des sous-secteurs agricoles, notamment les femmes, les jeunes, les pêcheurs et les éleveurs transhumants. La gouvernance participative, l’éducation et la sensibilisation ont été identifiées comme des leviers essentiels pour assurer l’adhésion et la pérennité du système.
C’est dans ce cadre que El Hadji Thierno Cissé, Coordonnateur de la cellule d’appui technique du CNCR, a souligné : « Ce dialogue nous permet de pouvoir échanger avec le Ministère du Travail et l’ensemble des acteurs concernés sur comment rendre opérationnel le système de protection sociale des travailleurs agricoles. À la suite de ce dialogue, nous nous retrouverons en comité de pilotage pour garder une cohérence d’ensemble entre les initiateurs du régime de protection sociale et les partenaires en vue d’avancer sur des études de faisabilité grâce à l’accompagnement du Bureau International du Travail. Nous devons maintenant faire en sorte que l’ensemble des acteurs restent mobilisés pour sensibiliser leurs membres et que tous les acteurs soient au même niveau d’information pour que l’opérationnalisation soit facile. »
Un point de débat important a concerné la création d’une nouvelle mutuelle dédiée au secteur agricole, plutôt que l’élargissement de la MSNAS existante. Les intervenants ont souligné les risques de gouvernance et la diversité des organisations faitières, plaidant pour une approche sur mesure.
Des échanges constructifs et des recommandations fortes
Les participants ont souligné l’existence de mutuelles paysannes et ont insisté sur la nécessité d’articuler les projets en cours avec les réformes de la LOASPH et de son décret d’application. L’adhésion systématique a été largement discutée, certains plaidant pour des mécanismes automatiques de prélèvement afin d’éviter le volontariat, souvent inefficace.
La question de la gouvernance, de la sensibilisation des organisations professionnelles, de l’implication des collectivités territoriales et de la prise en compte des spécificités des revenus agricoles a été au cœur des débats. Les intervenants ont également insisté sur l’importance de l’interopérabilité, du contrôle et de la coordination entre les régimes existants.
Un exercice centré sur les besoins des travailleurs agricoles
La rencontre a permis d’identifier les besoins prioritaires des travailleurs agricoles informels. Les participants ont rappelé les initiatives passées, notamment le décret de 2003 qui prévoyait une cotisation de 3 500 FCFA par producteur et une subvention étatique de 9 500 FCFA. Ils ont plaidé pour une couverture des risques sociaux, en particulier la maladie et la vieillesse, et pour une gouvernance participative.
Les spécificités des sous-secteurs (agriculture, élevage, pêche, foresterie) ont été mises en avant, avec des préoccupations particulières pour les femmes, les jeunes et les éleveurs transhumants. La création d’une nouvelle mutuelle dédiée au secteur agricole a été proposée, en lieu et place de l’élargissement de la MSNAS, afin d’éviter les problèmes de gouvernance.
Ismaila SOW, Président du Conseil National des éleveurs du Sénégal, a également salué l’initiative : « Je suis très heureux de cette démarche de dialogue car il tient compte des préoccupations des acteurs du secteur agricole. Aujourd’hui plus que jamais, les travailleurs agricoles ont besoin de réfléchir à leur protection sociale car nous devons nous protéger nous-mêmes ainsi que nos familles. Il faudra privilégier l’information et la sensibilisation pour permettre à tous les acteurs de venir adhérer adhérer à cette belle dynamique et, à cet effet, de mon côté, je partagerai toutes les informations avec les membres du conseil. »
Un engagement collectif pour une transformation durable
La clôture de l’atelier a été marquée par des engagements forts des représentants des ministères, du BIT et des organisations professionnelles. Tous ont salué l’initiative et exprimé leur volonté de contribuer à la réussite du projet, qui représente une opportunité historique de concrétiser les droits sociaux des travailleurs agricoles.
Ce dialogue national aura permis de jeter les bases d’un système de protection sociale inclusif, adapté aux réalités du monde rural, et porteur d’équité sociale et de développement durable.