Syndicats et travail domestique

Regards croisés de syndicats sur les travailleuses domestiques et leurs conditions de travail

Abidjan (Nouvelles de l’OIT) – Le Comité Intersyndical pour la Transition vers l’Economie Formelle en Côte d’Ivoire (CITEF-CI) mène à Abidjan une campagne de vulgarisation de la Convention (n° 189) de l’Organisation internationale du Travail (OIT) sur les travailleuses et travailleurs domestiques.

17 août 2021

Cette campagne qu’appuie techniquement et financièrement l’OIT à travers le Bureau pour les Activités pour les Travailleurs (ACTRAV), donne l’occasion à la coordonnatrice du CITEF-CI et à la spécialiste des travailleurs domestiques de ce comité, de passer au scanner les problèmes, défis et opportunités pour les travailleuses domestiques et de rappeler les droits que confère la Convention (n° 189) à cette catégorie de travailleurs. Regards croisés !

L’application de la Convention (n°189) : une clé pour le respect des droits des travailleuses et travailleurs domestiques

La Convention (n° 189) étend les droits fondamentaux du travail aux travailleurs domestiques dans le monde entier. Mais à l’épreuve des faits sur le terrain, la réalité est toute autre. Une situation que regrette Marceline Douai Adopo, coordonnatrice du CITEF-CI.

« Les droits des travailleuses domestiques ne sont pas respectés par beaucoup d’employeurs. Ce qui nous a souvent poussé à aller jusqu’au tribunal du travail. Au nombre des abus fréquents, il y a le non-paiement des salaires, des renvois abusifs. Les employeurs créent souvent des situations imaginaires pour ne pas les payer », raconte Mme Adopo.

Selon elle, les exemples sont légion. « Une travailleuse domestique a été renvoyée au motif qu’elle écoutait de la musique religieuse. Une autre a été accusée d’avoir volée des bijoux d’une valeur de plusieurs millions de FCFA. Pour ces deux affaires, le tribunal du travail a rétabli ces femmes dans leurs droits. Il faut donc que leurs droits soient respectés par tous les employeurs » plaide-t-elle.

La coordonnatrice du CITEF-CI s’attaque également à la maltraitance de ces travailleuses domestiques. « Il y a des employeurs qui ne permettent pas à leurs travailleurs domestiques de bien se nourrir. Nous dénonçons cela. Elles doivent être traitées avec dignité. Qu’on ne leur donne pas le balcon ou la cuisine comme couchette. Ce sont des êtres humains comme tout le monde, elles doivent être traitées avec respect et dignité en conséquence », dénonce Mme Adopo qui dit se battre également pour ne pas voir des enfants servir comme travailleuses ou travailleurs domestiques.

La convention (n° 189) de l’OIT, « nous donne assez d’avantages, car elle souligne que la législation, la règlementation et l’élaboration de politiques publiques sur les travailleuses et travailleurs domestiques sont possibles si nos mandants le veulent. J’insiste encore pour dire que tous les travailleurs domestiques doivent avoir les mêmes droits que tous les autres travailleurs. Respectons-les », insiste Marceline Douai Adopo.

« Je n’avais pas droit de manger le même repas que mes patrons. (…) Les travailleuses domestiques ne sont pas des sous-Hommes » (Sandrine Akafou)

Ancienne travailleuse domestique, Sandrine Akafou est spécialiste des travailleuses et travailleurs domestiques au sein du Comité Intersyndical pour la Transition vers l’Economie Formelle en Côte d’Ivoire (CITEF-CI). Un travail qu’elle dit avoir fait par dépit.
« J’ai servi successivement comme cuisinière et garde-enfants pendant un peu plus de cinq ans », raconte Mme Akafou, qui pourtant, rêvait de devenir institutrice.
« J’ai gardé de mauvais souvenirs de ce travail. Par exemple je retiens que les employeurs nous traitent comme des sous-Hommes. Moi, je préparais le repas de mes patrons et je n’avais pas droit d’y goûter. Je n’avais pas droit de manger le même repas que mes patrons. C’est lorsque les restes de repas conservés au congélateur sont sur le point de se décomposer qu’ils m’autorisent à les manger. Cela m’a choqué », se souvient Sandrine Akafou qui lutte aujourd’hui pour que cela change.
Son arme pour le faire, est la Convention (n°189) de l’OIT sur les travailleuses et travailleurs domestiques.

« La Convention (n°189) reconnaît beaucoup de droits aux travailleurs domestiques dans leur ensemble. J’exhorte le gouvernement ivoirien à la ratifier car elle prévoit notamment la protection sociale, les congés maternité et annuels, le respect du salaire minimum en vigueur dans chaque pays, la liberté d'association et la reconnaissance effective du droit de négociation collective, l'élimination de toute forme de travail forcé ou obligatoire, etc ».
Mme Akafou entend relever plusieurs défis au nombre desquels « amener les parlementaires à faire des lois qui protègent les travailleuses et travailleurs domestiques ».