Influence des normes de masculinité sur la sécurité et la santé des travailleurs de la construction à Madagascar
Les normes culturelles peuvent sembler immuables, mais sur les chantiers, elles peuvent faire la différence entre la vie et la mort. Un nouveau rapport du Service de la sécurité, de la santé et de l'environnement au travail de l'Organisation internationale du Travail explore la manière dont les idées de masculinité façonnent silencieusement, et souvent mettent en danger, la santé et la sécurité des travailleurs de la construction à Madagascar.
8 octobre 2025
GENÈVE (OIT Infos) - La recherche a mené des entretiens à base de commentaires d’images sur des situations de travail ainsi que des sessions individuelles et collectives pour révéler comment la dynamique des pairs et la pensée de groupe influencent les attitudes et les comportements liés à la sécurité sur le lieu de travail.
Si l'on s'est beaucoup intéressé à la façon dont les normes de genre limitent les femmes dans des domaines dominés par les hommes, comme la construction et l'exploitation minière, ce rapport s'intéresse aux hommes eux-mêmes et au coût personnel élevé qu'ils doivent supporter pour prouver leur robustesse au travail.
La construction étant l'une des professions les plus dangereuses, ces réflexions ont une portée mondiale. L'OIT estime que les accidents et les maladies liés au travail coûtent la vie à quelque 60 000 travailleurs de la construction chaque année.
Principales conclusions: La masculinité comme facteur de risque
Le rapport dresse un tableau sombre de la façon dont les idées profondément ancrées sur la masculinité mettent les travailleurs en danger:
- Les chantiers sont un monde d'hommes: Les chantiers sont considérés par les travailleurs comme intrinsèquement dangereux et la volonté de prendre des risques est considérée comme une qualité intrinsèquement masculine.
- La diversité des genres comme source de problèmes: Le fait que des femmes travaillent sur des chantiers de construction est considéré comme une source de désorganisation du travail et de baisse de la productivité.
- Un travail pour les durs: Le danger est perçu non seulement comme inévitable, mais aussi comme un symbole de bravoure, renforcé par la pression des pairs et l'identité du groupe.
- Faire face aux risques: Les hommes développent consciemment des «stratégies» pour limiter leur exposition aux risques en l'absence de mesures de protection, ce qui est souvent déclenché par des injonctions à respecter les délais.
- L'expérience comme garde-fou: Les travailleurs considèrent que l'expertise technique est la meilleure protection contre les blessures, et les accidents sont considérés comme faisant partie du processus d'apprentissage.
- Le rejet des EPI: Lorsqu'ils sont disponibles, les équipements de protection individuelle (EPI) ne sont pas utilisés de manière adéquate. Dans le secteur informel, ils sont souvent considérés comme un concept étranger, non conforme au «mode de vie malgache», voire comme un signe de faiblesse ou d'inexpérience.
- La douleur et le déni: Les maladies chroniques telles que les douleurs dorsales ou les problèmes respiratoires sont ignorés. Le fait de ne pas utiliser ou de ne pas avoir besoin d'équipement de protection devient un signe de jeunesse et de force.
- Des croyances dangereuses dans les «remèdes» sont encore répandues, comme la cendre de cigarette qui guérit les blessures ou le yaourt et l'alcool qui protègent contre les fumées et les poussières toxiques.
- La peur de la fatigue: Prendre un congé de maladie ou montrer des signes de fatigue peut donner lieu à des moqueries, voire à des punitions physiques telles que les «coups de pied ludiques», qui poussent les travailleurs à résister à la maladie ou à l'épuisement.
- Un double fardeau pour les femmes: Les femmes ne représentant que 2 % de la main-d'œuvre du secteur de la construction à Madagascar, celles qui entrent dans ce secteur sont victimes de discrimination, se voient confier des tâches «plus faciles» et doivent prouver leur solidité en prenant des risques pour être acceptées.
Ces pressions culturelles exacerbent des problèmes systémiques déjà nombreux, notamment l'absence de protection sociale, l'informalité élevée et les bas salaires, obligeant ainsi les travailleurs blessés ou malades à rester au travail pour subvenir aux besoins de leur famille.
Le rapport présente une série de recommandations pratiques et culturellement adaptées, élaborées en collaboration avec les travailleurs, les employeurs et d'autres parties prenantes:
- Commencer dès le plus jeune âge: Les gouvernements devraient promouvoir une culture de la sécurité et de la prévention dès l'enfance, avant que les comportements à risque ne soient liés à l'identité masculine.
- Briser le silence: Les employeurs devraient mettre en place des canaux permettant de dénoncer le harcèlement, la pression des pairs et la discrimination sans crainte de représailles.
- Repenser les messages: Les campagnes de sensibilisation devraient:
- Souligner le lien entre la prospérité à long terme de l'emploi et les pratiques de travail sûres.
- Faire appel à la fierté et à la réputation en présentant les EPI comme essentiels pour garantir une carrière longue et stable dans le secteur de la construction, et donc indispensables pour subvenir aux besoins de la famille.
- S'appuyer sur les aînés pour qu'ils servent de modèles en matière de pratiques de sécurité et de santé.
- Refléter les valeurs locales et le contexte culturel.
Alors que le secteur de la construction continue de se développer dans le monde entier, la remise en question des comportements dangereuses liées à la masculinité pourrait être essentielle pour réduire les accidents du travail et les décès, non seulement à Madagascar, mais aussi dans le monde entier.
Related content
Sécurité et santé au travail
Rôles et impacts de la masculinité sur la securité et la santé des travailleurs de la construction à Madagascar