Selon le Directeur général adjoint de l’OIT, Gilbert Houngbo, il existe un lien clair entre travail décent, niveau de vie acceptable et croissance économique. Ensemble ils contribuent à la réalisation de plusieurs autres objectifs de développement durable.
Pour certains, le chiffre 8 porte chance puisque, dans plusieurs cultures, il est signe de richesse et de prospérité. Il est dès lors heureux que le nouvel objectif de développement durable des Nations Unies n° 8 fasse référence à une croissance forte et ininterrompue et à un travail décent pour tous.
Où en sommes-nous en ce qui concerne l’emploi, huit bonnes années après le début de la crise économique et financière mondiale fin 2007? A l’échelle mondiale, le nombre de personnes au chômage s’élève à 201 millions. Le niveau de chômage n’est pas encore revenu à ce qu’il était avant la crise et les jeunes sont durement touchés avec 74 millions de jeunes privés de travail l’an dernier.
Au-delà du nombre insuffisant de postes disponibles, la qualité des emplois existants est encore plus préoccupante. Plus de la moitié de la main-d’œuvre mondiale est prise au piège de l’économie informelle, tandis que 780 millions de femmes et d’hommes sont des travailleurs pauvres et doivent vivre avec moins de 2 dollars par jour. Parallèlement, un travailleur relativement prospère dans une économie développée ne peut aujourd’hui que rêver à un emploi à temps plein avec un contrat de longue durée.
Ces terribles chiffres du chômage et de la pauvreté expliquent la nécessité pour tous les pays de se mobiliser pour la croissance et le travail décent et pourquoi cet objectif est au cœur des priorités mondiales pour les quinze prochaines années.
Comment pouvons-nous rattraper notre retard? On peut renverser la situation et des actions prometteuses voient le jour.
Aux Etats-Unis, un certain nombre de grosses entreprises, comme Mc Donalds, Target et TJ Maxx ont récemment pris l’initiative d’augmenter les salaires à des niveaux supérieurs au salaire minimum légal. D’autres accordent de longues périodes de congé parental rémunéré. Un revenu de subsistance sera progressivement introduit au Royaume-Uni entre 2016 et 2020 avec de grandes enseignes comme IKEA et Burberry qui montrent la voie. En Chine, le nombre de personnes qui touchent une pension de vieillesse a augmenté de manière spectaculaire, passant de 240 à 820 millions en 2013; cette forte progression vers l’universalité s’est faite en quatre ans seulement.
Si les fonctionnaires des Nations Unies et les avocats des droits de l’homme avancent que ces initiatives éthiques sont justifiées pour aider les populations, combattre les inégalités pernicieuses, que c’est «la meilleure chose à faire», ils existent aussi de solides arguments commerciaux et économiques en faveur de l’investissement dans l’être humain, hommes et femmes.
La croissance, le travail décent et un niveau de vie acceptable pour tous vont de pair. Les dividendes de la croissance doivent être redistribués à l’ensemble de la population et ne pas être l’apanage de quelques privilégiés.
Quand les nations les plus pauvres accèdent au statut de pays à revenu intermédiaire, elles doivent garder cela à l’esprit et ne laisser personne de côté. Les sociétés qui ne le font pas risquent de connaître des troubles sociaux, voire pire.
Il existe néanmoins une solution pour faciliter le retour à une économie vigoureuse, notamment grâce à de meilleurs accords pour les employés et au versement de prestations y compris pour les personnes qui ne disposent pas de contrat formel. Plus de 70 pour cent de la population mondiale est insuffisamment couverte en cas de chômage, de maternité/paternité, d’accident du travail, de handicap, de maladie ou de retraite.
A peine plus d’un quart de la population mondiale dispose d’un accès à un régime complet de sécurité sociale. En moyenne, les chômeurs ne sont que 12 pour cent à toucher des allocations chômage à l’échelle mondiale. Seule la moitié des personnes en âge de bénéficier d’une retraite en perçoivent véritablement une. Près de 40 pour cent de la population mondiale n’est affilié à aucun régime d’assurance santé ou de retraite.
En résumé, des millions de personnes se trouvent dans des situations de vulnérabilité, en marge du champ de l’économie et ne peuvent donc pas se fixer ni atteindre les objectifs nécessaires à chacun pour réussir.
Des sociétés inclusives, où les individus ont un travail et un niveau de vie décents, contribueront à réaliser l’intégralité du programme de développement d’ici à 2030 même s’ils ne peuvent pas travailler du fait du manque de débouchés, de problèmes de santé ou de leur âge avancé. L’objectif 8, situé au milieu des 17 objectifs de développement durable, est bien placé pour prendre de l’ampleur et rejaillir sur plusieurs autres objectifs.
En Zambie, l’Organisation internationale du Travail (OIT) et ses partenaires gèrent un projet qui va permettre de lutter contre un taux de pauvreté rurale de 77 pour cent en amenant 3000 jeunes ruraux à travailler dans la culture du soja et la pisciculture en trois ans. Cela contribuera à combler le retard par rapport aux zones urbaines où la pauvreté est beaucoup plus faible (28 pour cent), tout en améliorant la sécurité alimentaire nationale et en luttant contre la carence en protéines très répandue dans les ménages à bas revenus.
Sans travail décent, il ne sera pas possible de mettre fin à la pauvreté et à la faim, ni de garantir la santé et l’égalité pour tous. Mais l’agenda pour le travail décent est un programme global. Il ne s’agit pas seulement de plein emploi et d’emplois de qualité. C’est aussi une question de droits, tels qu’ils sont énumérés par les normes internationales et les traités internationaux, de dialogue entre travailleurs, employeurs et gouvernements, et de protection sociale. Ce n’est que lorsque ce régime complet, en quatre volets, sera intégré et assimilé que les économies seront relancées et redynamisées.
Une version anglaise de ce commentaire est parue dans le Huffington Post le 11 septembre 2015.