Azerbaïdjan

Sortir de l'informalité pour réussir: un soutien à la formalisation des entreprises dirigées par de jeunes Azerbaïdjanais

Découvrez un programme pilote qui aide les jeunes entrepreneurs azerbaïdjanais à créer des entreprises formelles prospères dans tous les domaines.

8 juin 2015

Contenu également disponible en: English español русский
Geokchay, AZERBAÏDJAN (OIT Info) – Yafa Gurbanova n’a pas du tout l’air d’une mère de cinq enfants. A 29 ans, elle a déjà trois filles et deux garçons. L’aîné a douze ans et le plus jeune quatre.

La famille s’agrandissant, Mme Gurbanova et son mari ont vite réalisé qu’un seul salaire ne suffirait pas à subvenir aux besoins de leur famille. Ils se sont réunis et ont décidé que Mme Gurbanova commencerait à donner des cours d’informatique dans un appartement que ses parents acceptaient de libérer à cet effet. «Lancer un cours d’informatique, c’était mon idée», a déclaré Mme Gurbanova. «J’avais suivi une formation informatique et obtenu d’excellentes notes et les gens me disaient que j’étais un bon professeur.»

Quatre années ont passé, mais sa classe d’informatique ne lui apportait pas les gains escomptés et l’affaire ne se développait pas. L’une des raisons était qu’en tant qu’entrepreneur informel, Mme Gurbanova ne pouvait pas délivrer de certificats officiels aux diplômés. Pour cette raison, elle perdait de nombreux clients potentiels.

Tout a changé quand son district a été sélectionné comme région rurale pilote pour accueillir un programme d’entreprenariat innovant dans le cadre du projet «Partenariats pour l’emploi des jeunes dans la Communauté des Etats indépendants», mis en œuvre par l’Organisation internationale du Travail (OIT) et soutenu financièrement par la compagnie pétrolière russe LUKOIL. Cela a permis à Mme Gurbanova de poser sa candidature pour une subvention du Service public de l’emploi (SPE).

«Le projet a pour but d’améliorer l’efficacité des politiques et programmes pour l’emploi des jeunes afin de soutenir la création de davantage d’emplois de meilleure qualité pour les jeunes dans l’économie formelle», a expliqué Olga Koulaeva, spécialiste principale de l’emploi de l’Equipe d’appui technique au travail décent et bureau de pays de l’OIT pour l’Europe orientale et l’Asie centrale. «Il prend en considération la diversité des pays et favorise une croissance riche en emplois et la création d’emplois décents. Le projet soutient la réforme des politiques macroéconomiques et du marché du travail, pilote des programmes intégrés pour l’emploi des jeunes qui associent la formation en matière de compétences et de marché du travail, le soutien à l’emploi indépendant et à la création d’entreprise, et les droits des jeunes».

En Azerbaïdjan, qui est l’un des pays concernés par le projet, on dénombre trois millions de jeunes. Même s’ils représentent 30 pour cent de l’ensemble de la population, ils constituent l’un des groupes les plus vulnérables. En 2013, le taux de chômage chez les jeunes âgés de 15 à 29 ans était de 10,3 pour cent contre un taux général de 5,2 pour cent1 . La situation des jeunes travailleurs et entrepreneurs dans l’économie informelle est particulièrement difficile.

Le programme de subvention pour les jeunes entrepreneurs a été mis en œuvre en coopération avec le SPE d’Azerbaïdjan sous les auspices du ministère du Travail et de la Protection sociale. Le SPE dispose d’un réseau de bureaux dans les différentes régions du pays.

«Les candidats étaient nombreux et nous avons dû nous montrer très stricts pour choisir les initiatives qui bénéficieraient de l’appui du projet pilote. Seules les propositions reposant sur des idées viables et un plan d’affaires solide ont obtenu notre soutien, y compris l’accès à un financement», déclare Musa Musayev, spécialiste principal du bureau local pour l’emploi.

«Il s’est avéré que la plupart des postulants n’avait aucune idée de la façon dont on prépare un plan d’affaires; c’est là que le Programme de l’OIT «Gérer mieux votre entreprise (GERME)»2 s’est révélé un outil précieux et utile . En tant que formateur certifié GERME, j’ai moi-même dispensé cette formation. Je ne me souviens pas avoir jamais vu un groupe plus motivé que ces jeunes entrepreneurs. Nos spécialistes leur rendent régulièrement visite pour voir comment se porte leur entreprise et leur apporter l’assistance et les conseils dont ils ont besoin», déclare-t-il.

Pour Margur Ahmadov, un jeune éleveur de moutons, tout ce qu’il a appris pendant la formation était nouveau. «J’ai maintenant une vision totalement différente de ce qu’il faut faire pour améliorer et développer mon entreprise familiale», dit-il.

M. Ahmadov a soigneusement planifié comment investir les fonds qu’il a reçus pour améliorer et étendre son activité et pour la faire entrer dans l’économie formelle. Dans le même temps, Mme Gurbanova a acheté cinq ordinateurs et de nouveaux meubles pour son cours d’informatique. Elle prévoit aussi d’enregistrer son entreprise et se tourne vers l’avenir avec confiance: «Un cours d’informatique officiel peut délivrer des diplômes. Cela va certainement attirer de nouveaux clients et me permettre d’étendre mon activité», confie-t-elle.

Selon Mikhail Pouchkin, Conseiller technique en chef du projet de l’OIT, ces programmes pilotes peuvent avoir un fort potentiel d’emploi et orienter les mandants pour affiner leurs stratégies et activités nationales en faveur de l’emploi des jeunes.

«L’appui aux jeunes entrepreneurs vivant en zone rurale sous forme d’un ensemble intégré de programmes de marché du travail – y compris la formation qualifiante et entrepreneuriale, le conseil juridique, le mentorat et l’accès aux réseaux, les services financiers et d’aide au développement des entreprises – peut offrir une deuxième chance à de jeunes hommes et femmes qui souhaitent créer et consolider leur propre entreprise dans l’économie formelle», explique-t-il.

C’est pourquoi la 104e session de la Conférence internationale du Travail discute d’une recommandation qui fournira des orientations complètes aux Etats Membres de l’OIT pour favoriser la transition de l’économie informelle vers l’économie formelle.

1Comité d’Etat de la statistique de la République d’Azerbaïdjan

2Le programme GERME de l’OIT est un programme de formation à la gestion qui met l’accent sur le lancement et le développement des petites entreprises comme stratégie pour créer davantage d’emplois de meilleure qualité dans les économies en développement et les économies en transition.