A teenage girl sits on a small bench inside a neighbourhood library, reading a book. Shelves filled with books line the wall behind her.

Voices of Action - Travail des enfants

Au Pérou, le travail décent d'une mère devient la voie de sortie du travail des enfants de sa fille

Guadalupe, une adolescente de 15 ans vivant à Lima, est parvenue à sortir du travail des enfants, une réalité qui touche encore plus de 600 000 enfants au Pérou. Son histoire montre comment les stratégies de l'OIT, allant de la promotion du travail décent pour les adultes au renforcement de solutions communautaires, peuvent contribuer à rompre le cycle du travail des enfants.

5 février 2026

Guadalupe reads at the neighbourhood library, where she now spends more time after leaving early-morning work behind. © Elizabeth Salazar
Contenu également disponible en: English español

LIMA (OIT Infos) – Guadalupe, 15 ans, se réveillait dans l'obscurité glaciale vers 3h00 du matin pour aider sa mère à préparer des pommes de terre farcies et des sandwichs qu’elles vendaient ensuite dans le jirón Contumazá, dans le centre de Lima, la capitale du Pérou.

Emmitouflée pour se protéger du froid et encore à moitié endormie, elle prenait les sacs et commençait à éplucher les pommes de terre jusqu'à ce que le sommeil la rattrape à nouveau. Une fois le travail terminée, elle se rendait dans les rues où la consommation abusive d'alcool et le sans-abrisme étaient courants, craignant en permanence que quelqu'un ne lui vole son argent ou sa marchandise.

Sa vie se partageait entre la vente matinale de sandwichs au poulet, de hamburgers, de café et de chocolat chaud jusqu'à 12 h 30, puis l'école jusqu'à 19 h 00. De retour à la maison, elle faisait ses devoirs scolaires. Elle avait à peine le temps de se reposer.

L’histoire de Guadalupe est racontée dans La transition de Guadalupe du travail de rue à la bibliothèque, un court métrage commandé par l’Organisation internationale du Travail (OIT) dans le cadre de sa série mondiale Voices of Action. La série met en lumière le travail de journalistes qui produisent des récits percutants sur le travail des enfants à travers le monde, et a été publiée en amont de la 6e Conférence mondiale sur l’élimination du travail des enfants, qui se tiendra du 11 au 13 février 2026 à Marrakech, au Maroc.

Le film, réalisé par la journaliste Elizabeth Salazar, explore les facteurs pouvant ouvrir des voies de sortie du travail des enfants dans une ville confrontée à des défis sociaux complexes.

Un refuge à la bibliothèque

Même durant ces journées épuisantes, Guadalupe trouvait de brefs moments de répit à la bibliothèque de son quartier. Disposant de peu de temps libre entre le travail, l'école et les tâches ménagères, elle s'y rendait dès qu'elle le pouvait. Elle s’est rapidement mise à lire, à peindre et à apprendre, découvrant peu à peu un espace qui lui permettait d'imaginer une autre trajectoire de vie, dans laquelle les études pouvaient devenir sa priorité.

Ce qui avait commencé comme une initiative simple visant à offrir des livres aux enfants du quartier est rapidement devenu un espace où ils apprenaient également à lire et à écrire: un refuge communautaire dans un quartier confronté à de nombreux défis sociaux, tels que le commerce sexuel, la consommation d'alcool sur la voie publique, les violences et la consommation de drogues.

A teenage girl points at words on a computer screen while sitting next to a younger child inside a neighbourhood library, with bookshelves in the background.
© Elizabeth Salazar
© Elizabeth Salazar
Guadalupe aide un jeune enfant à lire dans une bibliothèque de quartier à Lima, Pérou.

Le point de bascule

Le véritable point de bascule dans la vie de Guadalupe est survenu lorsque sa mère, Liliana, a trouvé un emploi en tant qu’employée de maison, avec un salaire fixe et des horaires réguliers. Pour la première fois, la famille n’a plus dépendu de la vente de nourriture à l’aube pour générer des revenus, et Guadalupe n'a plus eu besoin d'accompagner sa mère avant le lever du jour.

Les journées de travail avant l'aube et la tension constante liée à la conciliation entre l'école, travail et repos appartiennent désormais au passé. Guadalupe peut aujourd’hui fréquenter l'école selon un horaire régulier, dormir correctement et disposer de plus de temps pour les études et le repos.

La bibliothèque a également pris une nouvelle signification dans sa vie. Ce qui n'était auparavant qu'une visite occasionnelle est devenu un élément central de sa routine quotidienne. Elle peut désormais se consacrer pleinement à ce qu'elle a découvert aimer le plus: lire, écrire et passer du temps avec d’autres personnes.

Avec plus de temps pour elle, Guadalupe se rend aujourd’hui régulièrement à la bibliothèque de son quartier pour lire et prendre plaisir à apprendre, une possibilité qui n’est devenue réalité que lorsque le travail à l’aube a cessé de faire partie de son quotidien.

A teenage girl sits on a low bench inside a neighbourhood library, reading a book, with shelves filled with books behind her.
© Elizabeth Salazar
© Elizabeth Salazar
Guadalupe assise dans la bibliothèque de son quartier à Lima, Pérou, plongée dans un livre, une fleur violette dans les cheveux, vêtue de son uniforme scolaire.

De nouveaux horizons

Aujourd'hui, entourée des livres qui ont contribué à façonner ses aspirations, Guadalupe affirme que la bibliothèque l'a amenée à réfléchir très différemment et souligne que les études doivent passer avant tout. Elle rêve de devenir journaliste, car elle aime discuter avec les gens, poser des questions et écrire.

A teenage girl sits among other children and adults inside a neighbourhood library, listening during a group activity, with bookshelves around the room.
© Elizabeth Salazar
© Elizabeth Salazar
À la bibliothèque, Guadalupe (au centre) est assise parmi d'autres jeunes du quartier dans un espace devenu son refuge sûr. Cet environnement communautaire permet à des enfants comme elle d'imaginer une autre trajectoire de vie, où les études sont la priorité.

À la bibliothèque de son quartier, Guadalupe passe du temps avec d'autres enfants et avec les personnes qui gèrent l’espace, envisageant de nouvelles opportunités maintenant que sa mère dispose d’un travail aux conditions plus stables et qu'elle n'a plus à travailler dans la rue.

Si Guadalupe a pu sortir du travail des enfants, 671 987 enfants sont encore astreints au travail des enfants au Pérou. Ils représentent 8,8 pour cent de tous les enfants âgés de 5 à 17 ans, avec des taux atteignant 24,5 pour cent dans les zones rurales, contre 4,3 pour cent dans les zones urbaines, selon les données de l'Enquête nationale auprès des ménages (ENAHO 2024).

Le pays poursuit néanmoins ses efforts pour mettre fin au travail des enfants. Au cours de la dernière décennie, le Pérou a contribué aux efforts régionaux et mondiaux à travers des interventions territoriales, une coordination interinstitutionnelle, un engagement politique, la participation du secteur privé et l’implication de la société civile.

Cette réalité revêt une importance particulière à l'approche de la 6e Conférence mondiale sur l’élimination du travail des enfants, qui mettra en évidence que l'accès à un travail décent pour les adultes est un facteur déterminant pour lutter contre le travail des enfants, tandis que les espaces communautaires, tels que les bibliothèques, contribuent à créer des environnements protecteurs et à élargir les possibilités éducatives pour les enfants.