Trade unionists from Africa hold their hands

Les organisations de travailleurs africaines renforcent leur collaboration pour éliminer le travail des enfants dans les chaînes d’approvisionnement

Le Forum régional de l’OIT à Accra a réuni des syndicats de huit pays africains pour échanger des stratégies et renforcer les partenariats visant à éliminer le travail des enfants dans l’agriculture et l’exploitation minière artisanale, à travers une approche axée sur les chaînes d’approvisionnement.

23 mai 2025

Trade unionists from Africa hold their hands © ILO/Khalil
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Accra, Ghana (ILO News) — Des syndicats de huit pays africains se sont réunis à Accra du 20 au 23 mai 2025 à l’occasion d’un forum régional de quatre jours organisé par l’Organisation internationale du Travail (OIT) dans le cadre du projet ACCEL Africa. Avec le soutien du Ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas, le forum a mis l’accent sur le renforcement de partenariats syndicaux solides en vue d’éliminer le travail des enfants dans l’agriculture et l’exploitation minière artisanale, en adoptant une approche fondée sur les chaînes d’approvisionnement.

Participants pose for a picture with messages of child labour eradication
© ILO/Khalil
© ILO/Khalil
Participants pose for a picture with messages of child labour eradication

Organisé sous le thème « Développer des partenariats syndicaux significatifs pour éliminer le travail des enfants grâce à une approche par les chaînes d’approvisionnement », l’événement a réuni plus de 40 représentants d’organisations de travailleurs provenant de la Côte d’Ivoire, d’Égypte, du Ghana, du Kenya, du Malawi, du Mali, du Nigéria et de l’Ouganda. Les participants ont pris part à des sessions techniques, des échanges d’apprentissage entre pairs et des ateliers pratiques visant à clarifier le rôle des syndicats dans la lutte contre le travail des enfants et à identifier des opportunités de collaboration transfrontalière.

Lors de l’ouverture du forum, le Secrétaire général du Syndicat général des travailleurs agricoles du Ghana (GAWU), Andrews Tagoe, s’exprimant au nom de Joshua Ansah, Secrétaire général du Congrès des syndicats du Ghana (TUC), a souhaité la bienvenue aux délégués à Accra et a souligné que le travail des enfants reste un problème répandu et urgent à travers l’Afrique. Il a évoqué le silence qui entoure la souffrance des enfants dans les communautés reculées et a insisté sur le rôle unique que jouent les syndicats à la base : « Tout démontre que là où les syndicats sont présents, le travail des enfants disparaît. »

L’une des sessions clés du forum a porté sur le rôle stratégique des syndicats dans l’élimination du travail des enfants — en s’appuyant sur leur mandat juridique de promotion de la justice sociale et du travail décent. S’inscrivant dans le cadre des principes fondamentaux de l’OIT, la session a souligné que les syndicats ne sont pas des acteurs secondaires, mais bien essentiels dans la lutte contre le travail des enfants.

Les syndicats occupent une position unique pour :

  • Représenter et organiser les travailleurs vulnérables dans les secteurs informels ;
  • Plaider en faveur d’emplois décents et de salaires vitaux ;
  • Promouvoir les lois du travail, la négociation collective et la non-discrimination ;
  • Rompre les cycles intergénérationnels de pauvreté qui alimentent le travail des enfants.

Ancrées dans la pratique : stratégies syndicales partagées entre les pays

Participants visited a market, where unions are organizing workers in informal sectors, such as transport and market sells
© ILO/Angelica
© ILO/Angelica
Participants visited a market, where unions are organizing workers in informal sectors, such as transport and market sells

Tout au long du forum, les délégations nationales ont présenté des initiatives concrètes et les leçons tirées de leurs contextes nationaux :

  • En Côte d’Ivoire, les syndicats ont partagé l’expérience du Comité Intersyndical de Lutte contre le Travail des Enfants (CILTE), une plateforme qui regroupe plusieurs syndicats du secteur du cacao. Le comité vise à renforcer la sensibilisation des travailleurs ruraux, souvent peu informés de leurs droits et de l’existence des syndicats. La présentation a mis en lumière les lacunes dans les connaissances des travailleurs agricoles en matière de syndicalisme et l’importance d’actions coordonnées pour organiser ces travailleurs.
  • Au Ghana, les syndicats ont exposé leur travail d’organisation des travailleurs informels dans les marchés ruraux, les plantations et les coopératives. Les délégués ont souligné l’importance de la proximité avec les travailleurs, en insistant sur la nécessité d’établir un climat de confiance, notamment avec les femmes vendeuses et les producteurs ruraux. Les syndicats ont également abordé des questions comme l’hygiène menstruelle et la garde d’enfants, intégrées à leur approche globale du travail décent.
  • La délégation du Kenya, dirigée par la COTU-K, a présenté un modèle double combinant un système communautaire de suivi du travail des enfants avec une éducation syndicale en milieu de travail. Les Comités locaux de lutte contre le travail des enfants (LCLCs) surveillent l’absentéisme scolaire et facilitent la réintégration des enfants à l’école. Au niveau des lieux de travail, les syndicats forment les délégués syndicaux et plaident pour des zones exemptes de travail des enfants dans les plantations et les installations de transformation.
  • Le Malawi a partagé des exemples de sensibilisation en milieu rural et d’efforts de syndicalisation dans le secteur du thé. Le PAWU a ouvert des bureaux locaux à proximité des communautés productrices de thé afin d’améliorer l’accès aux services, tandis que le TUM a noué un partenariat avec une banque pour fournir du matériel scolaire aux enfants retirés du travail. Ces initiatives visent à formaliser l’emploi informel et à renforcer la protection sociale.
  • Le Mali a présenté une approche communautaire reposant sur la formation de points focaux locaux pour surveiller le travail des enfants, sensibiliser les communautés et accompagner la réintégration scolaire. Les délégués ont expliqué comment les syndicats établissent des relations de confiance avec les familles et collaborent avec les enseignants pour prévenir le décrochage scolaire. Cette stratégie combine éducation, sensibilisation et proximité avec les ménages ruraux.
  • Le Nigéria a conduit une session sur la syndicalisation des jeunes travailleurs. Les participants ont réfléchi aux besoins d’information et de soutien des jeunes qui entrent sur le marché du travail, en mettant en avant des thèmes tels que la sensibilisation aux droits du travail, l’éducation financière, l’accès à la formation et à la protection sociale. La délégation a également présenté des outils de sensibilisation menés par les jeunes, comme des applications mobiles, le recrutement entre pairs et l'engagement médiatique, pour attirer et fidéliser de jeunes membres.
  • En Ouganda, les syndicats ont montré comment les conventions collectives négociées avec des entreprises des secteurs du thé et du café intègrent des dispositions contraignantes contre le travail des enfants. Ces accords couvrent les travailleurs occasionnels et saisonniers, élargissent les protections à toute la chaîne d’approvisionnement et encouragent des campagnes de sensibilisation soutenues par les employeurs. Les délégués ont souligné que les conventions collectives sont un outil clé pour un changement durable.
  • La délégation de l’Égypte a évoqué ses efforts pour influencer les politiques nationales sur le travail des enfants, à travers la liberté d’association et l’engagement actif dans les politiques publiques. Avec le soutien du bureau de l’OIT au Caire, le syndicat renforce les capacités de ses membres ruraux afin qu’ils puissent défendre les droits des enfants et la protection des travailleurs agricoles.
  • Enfin, la CSI-Afrique a rappelé que l’élimination du travail des enfants est au cœur de la mission syndicale en faveur de la justice sociale. Sa présentation a établi un lien clair entre le travail des enfants, les bas salaires, le sous-financement de l’éducation et l’informalité, et a appelé les syndicats à rester engagés dans les plateformes régionales telles que l’Alliance 8.7 et l’Appel à l’action de Durban pour faire avancer un changement systémique à l’échelle du continent.

La spécialiste ACTRAV de l’OIT, Inviolata Chinyangarara, a animé une session sur le dialogue social, soulignant la nécessité d’impliquer non seulement les ministères du travail, mais aussi ceux de l’éducation et de la protection de l’enfance. Elle a rappelé que le travail des enfants persiste surtout dans les contextes où les droits du travail et la liberté d’association ne sont pas respectés.

Les délégués ont convenu que pour qu’un dialogue soit efficace, il faut des syndicats forts, indépendants et unis. Les modèles de collaboration intersyndicale du Mali et de la Côte d’Ivoire ont été salués pour leur capacité à permettre des positions de négociation communes et à renforcer la crédibilité des syndicats au niveau national. Les discussions ont également mis en avant l’importance de conventions collectives bien rédigées, d’un plaidoyer fondé sur des données probantes et d’un respect mutuel dans les négociations entre employeurs et syndicats.

Engagements partagés et perspectives d’avenir

Participants take collaborative decisions
© ILO/Khalil
© ILO/Khalil
Participants take collaborative decisions

Tout au long du forum, les syndicats ont réaffirmé leur engagement en faveur de l’élimination du travail des enfants à travers la prévention, la protection et l’influence sur les politiques publiques. Ils ont reconnu que les syndicats disposent d’un mandat unique pour entrer en contact avec les travailleurs ruraux, négocier des conditions de travail décentes et plaider pour des lois et des systèmes qui réduisent la dépendance des familles au travail des enfants.

Les délégués ont souligné que la lutte contre le travail des enfants ne peut être menée par les syndicats seuls. Comme l’a rappelé ACTRAV : « Le travail des enfants est trop complexe pour que nous puissions le combattre seuls. Ce n’est pas seulement une question nationale – c’est une question continentale. »

Le forum s’est conclu par l’élaboration de premiers plans d’action au niveau national, ainsi que par des idées de coopération Sud-Sud, incluant des échanges entre pairs, des actions de plaidoyer conjointes et une coordination pour le suivi des engagements.

Projets pertinents

Accélérer l’action pour l’élimination du travail des enfants dans les chaînes d’approvisionnement en Afrique
Group of african children in Sierra Leone

ACCEL Africa

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