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La crise au Moyen-Orient: l'importance d'engager rapidement le dialogue social
La crise au Moyen-Orient met en évidence l'importance d'engager rapidement le dialogue social afin de protéger les emplois, les revenus et les conditions de travail, ainsi que de soutenir des réponses plus résilientes et inclusives sur les marchés du travail et dans les économies.
6 juillet 2026
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Konstantinos PapadakisConseiller spécial, Département de la gouvernance du travail et des politiques sectorielles, OIT
La crise au Moyen-Orient, ainsi que les perturbations qu’elle continue d’engendrer sur les voies de transport et l’activité économique, ont provoqué une onde de choc dans le monde du travail et l’économie mondiale dans son ensemble. Une analyse de l’Organisation internationale du Travail (OIT) montre que les répercussions s’étendent déjà au-delà de la région, et que les prix de l’énergie, les perturbations des chaînes d’approvisionnement, la baisse de la confiance des investisseurs ainsi que les pressions sur les flux migratoires et les transferts de fonds exercent une pression sur les emplois, les revenus et les conditions de travail. . Selon la Banque mondiale, la croissance devrait ralentir dans un contexte d’incertitude accrue, de hausse des prix des matières premières, de pressions inflationnistes plus fortes et de tensions financières. De nombreux gouvernements ont déjà commencé à réagir en mettant en place toute une série de mesures budgétaires, énergétiques et de protection sociale visant à assurer la continuité des activités, à protéger les ménages et à atténuer les répercussions économiques immédiates de la crise, bien que la portée de ces mesures dépende largement de la marge de manœuvre budgétaire disponible.
Mais cette situation n’empêche pas les pays de prendre des mesures supplémentaires pour veiller à ce que les besoins des entreprises et des travailleurs soient pris en compte de manière adéquate dans les réponses apportées à la crise. En effet, l’expérience tirée des crises passées – telles que le choc financier de la fin des années 2000 et la pandémie de COVID-19 au début de l’année 2020 – fournit de bonnes raisons d’agir de manière proactive et inclusive afin de concevoir des mesures davantage axées sur l’emploi et les revenus. Ces crises ont montré à quelle vitesse des perturbations externes peuvent se traduire par des pertes d’emploi, des fermetures d’entreprises et une aggravation des inégalités. Elles ont également démontré que les pays qui ont su rassembler très tôt les gouvernements, les employeurs et les travailleurs dans le cadre d’un dialogue social étaient généralement mieux préparés pour surmonter la crise et éviter des revers durables pour le travail décent.
Le dialogue social, qu’il prenne la forme de négociation, de consultation ou d’échange d’informations, rassemble les gouvernements, les employeurs et les travailleurs afin d’identifier des priorités communes, de résoudre des problèmes concrets et de d’élaborer des solutions à la fois réalisables et largement soutenues.
Le facteur temps est déterminant. Les chocs économiques mettent souvent du temps à se répercuter sur les marchés du travail et l’activité des entreprises, ce qui ne laisse qu’une marge de manœuvre étroite, mais cruciale, pour agir. Alors même que la situation au Moyen-Orient continue d’évoluer, il est essentiel d’engager rapidement le dialogue social afin de concevoir et de mettre en œuvre des mesures permettant de faire face aux répercussions immédiates et à venir de la crise sur le marché du travail, dont les effets continuent de se propager à travers les secteurs, les branches d’activité et les pays.
Lorsque le dialogue social est engagé à un stade précoce, des mesures visant à protéger les salaires, les emplois, les revenus, les petites entreprises et les travailleurs vulnérables peuvent être mises en place avant que les pertes ne s’ancrent durablement, évitant ainsi que des chocs temporaires ne se transforment en dommages durables. Lorsque son lancement est reporté jusqu’à ce que la situation du marché du travail se soit déjà détériorée, le risque de dommages plus profonds et plus persistants – notamment une aggravation des inégalités et des tensions sociales – s’accroît. Il est important de souligner qu’il n’est pas nécessaire d’attendre que les aspects politiques de la crise au Moyen-Orient soient résolus pour engager le dialogue social. Les conséquences sur le marché du travail et sur le plan social se font déjà sentir, et les institutions peuvent commencer à y remédier dès maintenant.
Les différents pays et secteurs requièrent bien entendu des interventions différentes. Les cultures de relations professionnelles peuvent également privilégier différentes formes de dialogue — négociation, consultation ou échange d’informations, de nature bipartite ou tripartite. Pourtant, en période de crise, les principaux enjeux du dialogue social sont le plus souvent similaires, quel que soit le contexte. Ils comprennent généralement la protection des salaires et des revenus, la gestion des ajustements du temps de travail, le renforcement de la sécurité et santé au travail, l’extension de la protection sociale, le soutien aux travailleurs du secteur informel et aux travailleurs migrants, aux réfugiés et aux populations déplacées, ainsi que la garantie que les plans de relance génèrent des opportunités d’emploi décent.
Les institutions nécessaires à la mise en œuvre de ces mesures existent déjà dans de nombreux pays. Là où elles sont moins développées ou plus fragiles, l’OIT se tient prête à apporter un soutien technique, notamment dans le cadre de sa Recommandation de 2017 (n° 205) sur l’emploi et le travail décent au service de la paix et de la résilience. Ce qu’il faut, c’est la volonté politique de garantir leur mise en œuvre rapide et efficace.
La réponse apportée à la pandémie de COVID-19 illustre bien ce point. Dans de nombreux pays, le dialogue social, y compris la négociation collective, s’est révélé être un outil pratique et efficace pour gérer les perturbations, même dans des régions où les institutions officielles de dialogue social étaient historiquement moins développées. Au niveau des entreprises, il a aidé ces dernières à s’adapter tout en préservant les emplois et les revenus grâce à des mesures telles que des réductions négociées du temps de travail, des ajustements salariaux temporaires liés à des garanties d’emploi et la réaffectation des compétences. Au niveau national, l’implication des organisations d’employeurs et de travailleurs a contribué à des mesures de relance plus cohérentes, à une meilleure acceptation des mesures difficiles et à une mise en œuvre plus stable. Cela n’a rien de surprenant. Les crises majeures peuvent agir comme une force «fédératrice», rassemblant les gouvernements et les partenaires sociaux autour d’un ensemble de risques partagés et d’un objectif commun: limiter leurs impacts.
On peut comprendre que les décideurs politiques se sentent contraints d’agir de manière unilatérale, ou de reporter le dialogue social, au nom de l’urgence. Pourtant, la gestion de crise est rarement un exercice purement technique. Elle implique des choix difficiles à faire dans des contextes complexes et en évolution rapide, où de multiples facteurs entrent en jeu. La manière dont ces choix sont opérés détermine directement la répartition des risques et des coûts, l’étendue de la protection, l’équilibre entre des priorités politiques concurrentes et les modalités de la reprise. Opter pour une élaboration inclusive des politiques augmente les chances d’aligner les intérêts, d’adopter des réponses équilibrées et de trouver des solutions adaptées à des conditions en évolution rapide. À l’inverse, les réponses à la crise conçues de manière unilatérale peuvent s’avérer plus difficiles à mettre en œuvre et plus coûteuses sur le plan social, affaiblissant ainsi les relations professionnelles et la cohésion sociale.
La mise en place rapide d'un dialogue social dans le cadre de la réponse à la crise permettra non seulement aux marchés du travail de mieux résister à ce choc et de se redresser de manière plus durable, mais elle pourra également renforcer la confiance du public dans les institutions et la participation démocratique, à un moment où ces deux éléments sont mis à rude épreuve.
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