La Côte d'Ivoire renforce l'inclusion financière des communautés rurales pour lutter contre le travail des enfants
Plus de 1100 producteurs, membres des AVECs, femmes rurales et jeunes ont bénéficié d'une caravane de promotion des services financiers décentralisés organisée par ACCEL Africa et financé par le Ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas.
29 juin 2026
MORONOU & NAWA, CÔTE D'IVOIRE (OIT Infos) - Dans les zones rurales de Côte d'Ivoire, notamment dans les régions du Moronou et de la Nawa, l'accès aux services financiers formels demeure un défi majeur pour de nombreux ménages agricoles. Confrontées à des revenus irréguliers, à des dépenses imprévues et à une protection sociale insuffisante, ces familles sont particulièrement exposées à une vulnérabilité économique qui peut conduire à des arbitrages défavorables à la scolarisation des enfants.
À l'inverse, un ménage ayant accès à des mécanismes financiers adaptés, tels que l'épargne ou un crédit responsable, est mieux préparé à faire face aux dépenses scolaires, aux périodes de soudure et aux imprévus. C'est dans cette perspective que s'inscrit l'approche du projet ACCEL Africa, qui vise à renforcer la résilience économique des ménages afin de contribuer à la prévention du travail des enfants.
C'est pour répondre à ce besoin concret que le projet ACCEL Africa financé par le Ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas, a organisé, du 8 au 13 juin 2026, une caravane de promotion des services financiers décentralisés dans les régions du Moronou et de la Nawa. Cette initiative a été conduite en partenariat avec l'Agence de Promotion de l'Inclusion Financière de Côte d'Ivoire (APIF-CI).
La caravane s'inscrit dans la continuité des actions d'éducation financière menées en amont auprès de plus de 500 bénéficiaires du projet ACCEL AFRICA, formés en éducation financière membres d’Associations pour la valorisation pour l’entraide communautaire (AVEC), groupements de coopératives, femmes rurales et jeunes à grand-Zattry et à M’Batto. Ces formations avaient renforcé leurs connaissances sur la gestion budgétaire, l'épargne, le crédit responsable et la finance numérique.
Cependant à la suite de la formation et au cours des échanges avec les bénéficiaires, ils ont révélé une réalité: l'éducation financière, bien qu'indispensable, doit être suivie d'un accompagnement pratique vers les services financiers pour produire des effets durables. La caravane a donc été conçue comme un pont opérationnel entre la connaissance et l'action, en amenant directement les institutions financières au cœur des communautés rurales.
Au total, 1 170 personnes, parmi elles, 709 femmes, ont participé à la caravane dans six localités : Ahounan, Akpibo et Agnia dans le Moronou, et Zakéoua, Gadago et Zougouzoa dans la Nawa.
Orange Money et Orange Bank Africa ont accompagné 381 ouvertures de comptes 214 à Grand-Zattry et 167 à M'Batto. Wave Côte d'Ivoire a quant à elle accompagné 266 bénéficiaires pour des ouvertures de comptes, des réactivations et l'utilisation pratique des services numériques. L'UNACOOPEC-CI a reçu 121 personnes, notamment intéressées par les produits d'épargne, l'accès au crédit et la réactivation de comptes dormants.
La forte mobilisation féminine observée tout au long de la mission particulièrement à Gadago et Zougouzoa confirme le rôle central des femmes dans la gestion économique des ménages ruraux. En renforçant leur autonomie financière, la caravane contribue indirectement à améliorer la capacité des ménages à investir dans la santé, l'alimentation et l'éducation des enfants.
La caravane a démontré qu'une inclusion financière durable en milieu rural repose sur une combinaison d'actions complémentaires : éducation financière, proximité des services, accompagnement communautaire et accès effectif à des produits adaptés. Les agents de changement, relais essentiels entre les institutions et les communautés, jouent un rôle déterminant dans la transformation durable des comportements financiers.
Les résultats enregistrés confirment la pertinence de ce modèle de caravane financière de proximité et plaident en faveur de sa pérennisation ainsi que de son extension à d'autres zones d'intervention du projet ACCEL Africa, afin de consolider les acquis de l'éducation financière et de contribuer à la réduction des facteurs de vulnérabilité susceptibles de conduire au travail des enfants dans les chaînes d'approvisionnement agricoles.
Dans cette perspective, l’OIT, les partenaires de l’APIF et les institutions financières entendent poursuivre et renforcer cette approche de proximité. La durabilité des acquis reposera toutefois sur la qualité du suivi post-caravane. À cet effet, un mécanisme de suivi sera mis en place avec les institutions financières partenaires afin de documenter les ouvertures effectives de comptes, les demandes de crédit, les difficultés rencontrées ainsi que les besoins complémentaires des bénéficiaires, dans le but de consolider les résultats obtenus et de renforcer durablement leur inclusion financière.
Protection sociale et inclusion financière : une complémentarité au service des ménages ruraux
Aux côtés des institutions financières, la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) occupait une place singulière dans cette caravane. La CNPS est l'organisme public chargé de la sécurité sociale. Sa participation visait à offrir aux producteurs et travailleurs ruraux enrôlement et accès au Régime Social des Travailleurs Indépendants (RSTI).
L'adhésion au RSTI ouvre droit à des prestations que ni l'épargne ni le crédit ne peuvent garantir à eux seuls : pension de retraite, et indemnités journalières en cas de maladie, d'accident ou de maternité. Pour un ménage agricole aux revenus irréguliers, ces garanties réduisent le risque qu'un choc ne conduise à des arbitrages défavorables, y compris le recours au travail des enfants.
Le dispositif est en outre adapté aux travailleurs ruraux : les cotisations, calculées sur un revenu forfaitaire déclaré, peuvent être réglées par paiement mobile, sans déplacement en agence. Le compte mobile ouvert le jour même lors de la caravane devient ainsi l'outil par lequel le travailleur indépendant verse ses cotisations sociales, illustration concrète de la complémentarité entre inclusion financière et protection sociale.
Les chiffres confirment la pertinence de cette approche : la CNPS a enregistré 372 enrôlements au Régime Social des Travailleurs Indépendants (RSTI), dont 236 femmes, pour un recouvrement total de 616 700 FCFA de cotisations sociales. Ce résultat illustre la demande réelle de protection sociale chez les travailleurs indépendants et confirme que l'information de proximité favorise l'adhésion à des dispositifs encore méconnus en milieu rural.
Les travailleurs enrôlés lors de la caravane disposent de tout ce qu'il faut pour poursuivre par eux-mêmes : un numéro d'assuré et la possibilité de cotiser à distance par paiement mobile, sans se déplacer en agence. Le premier versement effectué sur place constitue ainsi le point de départ d'une relation durable avec la sécurité sociale, que le suivi post-caravane mené avec la CNPS viendra accompagner et consolider.