Egalité des genres

Déjouer les stéréotypes hommes-femmes au Bangladesh

Nupur Howlader est la seule soudeuse diplômée d’Etat du Bangladesh. Un programme de formation professionnelle OIT-UE lui a offert la chance de mieux gagner sa vie tout en défiant les stéréotypes liés au genre.

5 décembre 2013

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DHAKA (OIT Info) – Dans un chantier naval de la côte sud du Bangladesh, deux mille hommes s’activent sur d’immenses bateaux en cours de construction. Le vacarme des ponceuses, des perceuses et des marteaux emplit l’air et l’odeur de mazout, de poussière et de sueur imprègne tout. Les travailleurs construisent des ferrys qui transporteront des milliers de passagers à travers le labyrinthe des voies navigables du delta des Sundarbans, la plus grande forêt de mangroves au monde.

A 23 ans, Nupur Howlader est la seule femme employée sur le chantier naval. Elle est aussi sur le point de devenir la première Bangladaise soudeuse diplômée d’Etat."
L’un des ouvriers se distingue un peu des autres. Sa longue chevelure sombre se dissimule sous un large chapeau, ses mains fines sont enserrées dans des gants épais et ses yeux pétillants sont cachés derrière ses lunettes de sécurité. A 23 ans, Nupur Howlader est la seule femme employée sur le chantier naval. Elle est aussi sur le point de devenir la première Bangladaise soudeuse diplômée d’Etat – le résultat d’un programme de formation qualifiante géré par l’OIT et financé par l’Union européenne (UE) qui transmet des compétences techniques aux jeunes et aux personnes sous-employées. Dans un pays où la présence des femmes dans l’enseignement technique et professionnel est extrêmement rare, Nupur est un important modèle à suivre.

«Quand mon mari et moi avons dit à nos familles ce que nous voulions faire, elles étaient totalement bouleversées. Cela a suscité beaucoup de tension et on ne cessait de nous demander pourquoi nous voulions prendre de tels risques», explique Nupur. «Je continuais seulement à penser que si j’apprenais à faire quelque chose d’utile, je pourrais gagner beaucoup plus d’argent qu’en m’occupant de la maison. Si davantage de personnes commencent à penser de la sorte, alors notre pays pourra réellement progresser. Je peux emporter mes compétences partout, elles m’appartiennent pour toujours.»

En six mois seulement, Nupur a suivi ses cours théoriques au lycée technique Barisal et effectué son stage pratique sur le chantier des Sundarbans. Elle termine maintenant sa formation pratique chez Linde Bangladesh, filiale locale d’une société internationale de gaz industriels et d’ingénierie. Elle est à présent diplômée d’Etat de niveau 1, ce qui veut dire qu’elle est capable de souder des tôles d’acier, fabriquer des tôles et interpréter des dessins techniques, entre autres. Elle sera bientôt certifiée niveau 2, c’est-à-dire qu’elle saura souder à l’arc, assembler des métaux différents et qu’elle connaîtra la métallurgie.

Mais, parallèlement à ses succès techniques, Nupur est également fière de la manière dont elle défie l’ordre établi. «Au Bangladesh, l’état d’esprit traditionnel veut que l’on poursuive des études générales. Ce dont nous avons pris conscience, c’est que les possibilités d’emploi à l’issue d’une formation technique étaient aussi grandes qu’après des études générales», dit-elle. «Je suis soudeuse et mes compétences sont recherchées par de nombreuses entreprises. Le fait d’être une femme n’a pas été un obstacle non plus – les femmes peuvent tout faire. Je voudrais voir toutes les femmes travailler. Les femmes ne devraient pas être réduites à mendier dans les rues de Dhaka, elles devraient avoir des qualifications et travailler.»

Srinivas Reddy, Directeur du Bureau de pays de l’OIT pour le Bangladesh acquiesce. «C’est une grande avancée vers la disparition des stéréotypes de genre et j’espère que la réussite de Nupur va inciter davantage de femmes à acquérir des qualifications inhabituelles débouchant sur des emplois décents.»

Les qualifications reconnues au niveau national font partie du nouveau Cadre national de qualifications techniques et professionnelles. Ce cadre garantit que la formation répond aux exigences actuelles de l’industrie et est dispensée dans les meilleurs délais. Le programme de formation professionnelle géré par l’OIT, dont Nupur sera bientôt diplômée, participe d’une série d’initiatives dans le cadre du Projet de réforme de l’enseignement et de la formation techniques et professionnels (EFTP) qui s’emploie à proposer des compétences pertinentes, de haute qualité et rapidement accessibles à travers tout le pays.

Le projet de réforme de l’EFTP, financé par l’UE, s’efforce aussi de faciliter l’accès aux compétences pour les femmes du Bangladesh. La participation féminine à l’enseignement technique est étonnamment faible, variant de 9 à 13 pour cent dans les institutions publiques. Le gouvernement du Bangladesh, avec le soutien de l’OIT, a préparé l’an dernier une Stratégie nationale de promotion de l’égalité entre les sexes dans l’EFTP, une première dans le secteur de l’enseignement technique.

«Promouvoir l’égalité entre hommes et femmes est un objectif essentiel du projet de réforme de l’EFTP et, à travers nos programmes, nous voyons de plus en plus de jeunes femmes comme Nupur acquérir des compétences et défier les attitudes conservatrices à l’égard des questions de genre», a déclaré William Hanna, Ambassadeur et chef de la délégation de l’UE au Bangladesh. «Le Bangladesh a accompli de réels progrès en faveur de l’égalité entre hommes et femmes en réduisant les écarts dans les ratios brut et net de scolarisation dans le primaire et le secondaire. Cette réussite doit maintenant s’appliquer au secteur de l’enseignement technique.»