De porteur de bois à porteur d'espoir: le parcours d'Emmanuel pour sortir du travail des enfants
À seulement 16 ans, Emmanuel a déjà vécu une vie bien difficile. Forcé d'effectuer un travail dangereux dès son enfance, il a failli perdre son éducation et son espoir, jusqu'à ce que le soutien des partenaires de l'OIT l'aide à trouver sa voix, à retourner à l'école et à devenir un jeune leader dans la lutte contre le travail des enfants au sein de sa communauté. Voici son histoire, racontée avec ses propres mots.
1 décembre 2025
Wonuga Emmanuel : Je m’appelle Emmanuel, j’ai 16 ans et je viens d’un village montagneux du district de Sironko, dans l’Est de l’Ouganda. Je suis l’avant-dernier d’une fratrie de dix enfants issus de trois mères différentes. Certaines de mes sœurs ont malheureusement été contraintes à un mariage précoce.
Le souvenir de ce tas de bois reposant sur mes petits pieds et mes jambes reste aussi vif que s’il datait d’hier. Je descendais la colline, épuisé, lorsque mes forces m’ont abandonné. Le lourd fagot de bois a glissé et a écrasé ma jambe. La douleur était indescriptible, même si elle n’a duré qu’un instant. Retenant mes larmes, je me suis relevé tant bien que mal, j’ai soulevé le bois et j’ai regagné la maison en boitant. Comme si la douleur ne suffisait pas, les mots de mon père m’ont anéanti. Sans même demander ce qui s’était passé, il a crié : “C’est ton problème, tu n’as pas marché comme un homme.” À cet instant, je me suis senti profondément découragé et j’ai eu du mal à comprendre pourquoi ma vie avait pris une telle direction.
Pourtant, dès mon plus jeune âge, ma vie semblait tourner entièrement autour du bois de chauffe, au point qu’il ressemblait presque à un compagnon que je n’avais jamais choisi. Chaque matin, jour d’école ou non, je me levais avant le soleil, souvent le ventre vide, et je marchais sur de longues distances à travers les broussailles pour ramasser des fagots plus grands que moi. Je traversais des sentiers épineux, des rivières glacées et des collines escarpées, avec cette lourde charge en équilibre sur la tête.
Bien des fois, je me suis surpris à murmurer intérieurement : Pourquoi mon enfance doit-elle ressembler à cela ? Pourquoi dois-je souffrir ainsi ?
J’aimais aller à l’école, et même lorsque mon corps souffrait, je me forçais à y aller. Mais à cause de la lourde charge de travail à la maison, je ne pouvais être en classe que deux fois par semaine. Peu à peu, j’ai commencé à perdre espoir. Je me sentais prêt à abandonner, jusqu’en 2022, lorsqu’un changement est arrivé. Nascent RDO et l’OIT sont venus dans notre village pour sensibiliser la communauté aux dangers du travail des enfants. J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai partagé mon histoire. Pour la première fois, quelqu’un a vu ma souffrance non pas comme de la paresse, mais comme une forme d’abus. Ce moment a tout changé pour moi.
Les agents de l’ONG m’ont enseigné des compétences essentielles. J’ai commencé à mieux me comprendre, à prendre soin de moi, et à croire en ce que je pouvais devenir. J’avais environ 14 ans lorsqu’ils m’ont aidé à intégrer un petit garage communautaire de mécanique. Là-bas, j’ai appris à réparer des motos tout en gagnant un peu d’argent. Pour la première fois de ma vie, je me suis senti fier.
Avec l’argent que je gagnais au garage, j’ai économisé et je suis retourné à l’école. Aujourd’hui, je suis en Senior Three, et je paie la plupart de mes frais scolaires grâce à mon travail de mécanicien. Mes parents contribuent comme ils peuvent, et je me sens plus déterminé que jamais à construire mon avenir.
L’année dernière, dans mon village, l’OIT, le CIF-OIT et Nascent RDO-U ont mobilisé des jeunes pour développer des solutions visant à éliminer le travail des enfants. Ils ont appelé cela un “Hackathon”. J’étais heureux d’y participer, et nous avons créé un groupe appelé “United Youth Hook”, car nous croyons que nous pouvons “attraper” le travail des enfants et l’éliminer pour de bon. Je suis devenu le porte-parole du groupe, et nous avons mobilisé les anciens, rencontré les leaders communautaires, approché le sous-comté, et même reçu un certificat du gouvernement local. Nous travaillons désormais avec confiance ! Notre travail a été remarqué par le district, qui nous a même annoncés à la radio comme un “remède” contre le travail des enfants.
Je n’aurais jamais cru qu’un garçon qui transportait autrefois du bois de chauffe dans la douleur puisse un jour s’adresser à un public aussi distingué depuis cette tribune. Je me sens honoré, et je vous remercie pour cette occasion, non seulement de m’écouter, mais aussi de montrer que la voix des jeunes peut encore être entendue.
Quels changements sont encore nécessaires dans ma communauté ?
Dans mon sous-comté, il n’y a pas de collège. Les enfants doivent marcher sur de longues distances, et beaucoup n’arrivent jamais jusqu’au secondaire. La pauvreté et la faim poussent de nombreux enfants à retourner au travail des enfants, comme cela m’est arrivé autrefois.
Nous avons besoin :
- d’un meilleur accès à l’éducation ;
- de meilleures approches pour sensibiliser les communautés à la connaissance de soi et aux droits des enfants ;
- et de programmes qui redonnent espoir aux enfants, leur offrent de nouvelles compétences et s’attaquent à la pauvreté.
Quel est ton message aux dirigeants mondiaux et aux bailleurs de fonds ?
Votre soutien a aidé des enfants comme moi à retourner à l’école, à acquérir des compétences et à retrouver l’espoir. S’il vous plaît, ne vous arrêtez pas. Investissez davantage pour mettre fin au travail des enfants !
Wonuga Emmanuel
Si je pouvais m’adresser directement aux dirigeants du monde, je leur dirais ceci : je suis enraciné dans votre lutte, dans notre lutte pour nous libérer. Je suis prêt à poursuivre le travail que vous avez commencé dans ma communauté, mais nous ne pouvons pas avancer seuls, sans vous. Votre soutien a aidé des enfants comme moi à retourner à l’école, à acquérir des compétences et à retrouver l’espoir. S’il vous plaît, ne vous arrêtez pas. Investissez davantage pour mettre fin au travail des enfants ! Investissez dans l’éducation ! Investissez dans les jeunes et dans la lutte contre la pauvreté ! Quand vous nous donnez des connaissances, nous les utilisons pour aider nos pairs. Nous devenons plus forts, plus résilients, et le ciel devient notre seule limite.
Mon rêve est d’avoir de l’argent, non pas pour moi-même, mais pour pouvoir aider ma communauté. Je veux servir les gens. Je veux être la raison pour laquelle un autre enfant est sauvé du travail des enfants. Je veux être cette voix qui dit à quelqu’un : “Ta vie peut changer.” Parce que si un garçon qui a autrefois pleuré seul dans les collines peut aujourd’hui prendre la parole sur une scène mondiale, alors chaque enfant mérite cette chance.
Ta vie peut changer. Parce que si un garçon qui a autrefois pleuré seul dans les collines peut aujourd’hui prendre la parole sur une scène mondiale, alors toi aussi, tu le peux, chaque enfant mérite cette chance !
Wonuga Emmanuel
- ACCEL Africa est financé par le ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas.
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