Bulletin
L’OIT alerte sur l’aggravation de la crise de l’emploi en Cisjordanie en raison de la guerre à Gaza
Un nouveau rapport met en lumière la forte contraction économique, la montée du chômage et la détérioration des conditions de vie des travailleurs, des familles et des communautés palestiniennes.
27 octobre 2025
BEYROUTH (OIT Infos) – L’Organisation internationale du Travail (OIT) a publié un nouveau rapport analysant l’impact de la guerre de deux ans à Gaza sur l’économie et le marché du travail en Cisjordanie. Les conclusions révèlent une dégradation marquée des moyens de subsistance, avec une hausse du chômage, une baisse des revenus et un approfondissement de la pauvreté parmi les Palestiniens dans l’ensemble du Territoire palestinien occupé.
Le rapport –The two-year war in Gaza: Impacts on employment and livelihoods in the West Bank (NDLR: La guerre de deux ans à Gaza : impacts sur l’emploi et les moyens de subsistance en Cisjordanie) (Bulletin n°6) – est le dernier d’une série publiée conjointement par l’OIT et le Bureau central palestinien de statistique. Cette série suit, depuis le début de la crise il y a deux ans, ses conséquences sur le marché du travail palestinien à Gaza et en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est.
À la suite de l’annonce du cessez-le-feu, il est clair que deux années de guerre ont laissé de profondes cicatrices économiques et provoqué des perturbations durables sur le marché du travail dans l’ensemble du Territoire palestinien occupé.
Si la guerre a eu des effets sociaux, humanitaires et économiques dévastateurs à Gaza, ses répercussions se sont étendues à la Cisjordanie, où le renforcement des restrictions de mouvement imposées par Israël – avec plus de 800 checkpoints et points de passage – a paralysé la vie économique quotidienne, limitant l’accès à l’emploi, aux marchés et aux services. Parallèlement, la recrudescence de la violence des colons israéliens, la destruction de certaines parties de camps de réfugiés palestiniens et l’approbation de nouveaux projets de colonies israéliennes ont encore fragilisé la stabilité politique, économique et sociale, ainsi que les perspectives d’une solution à deux États.
D’autres pressions sur la Cisjordanie proviennent de la révocation par Israël des permis de travail palestiniens pour l’emploi en Israël après le 7 octobre, du gel des recettes douanières palestiniennes (taxes et droits perçus par Israël sur les importations et exportations palestiniennes au nom de l’Autorité palestinienne, conformément au Protocole de Paris) et de la crise de liquidité du shekel israélien, qui a pesé sur le système financier et affaibli l’activité des entreprises.
Selon le bulletin, l’impact de la guerre et des restrictions associées a entraîné une baisse de 29 % du produit intérieur brut (PIB) réel du Territoire palestinien occupé entre les premiers trimestres de 2023 et 2025, la Cisjordanie – y compris Jérusalem-Est – enregistrant une contraction de 17,1 %. Bien que la Cisjordanie ait connu une modeste croissance de 9,9 % au premier trimestre 2025 par rapport à la même période de 2024, la production demeure nettement inférieure aux niveaux d’avant-guerre. La situation s’est à nouveau détériorée à partir du deuxième trimestre 2025, en raison de la crise de liquidité de la monnaie israélienne, de l’escalade du conflit régional en juin et du durcissement des restrictions israéliennes à travers la Cisjordanie.
Le taux de chômage en Cisjordanie a atteint 31,7 % chez les hommes et 33,7 % chez les femmes au premier trimestre 2025. Le bulletin souligne également une forte baisse du niveau de vie, le revenu réel par habitant en Cisjordanie ayant chuté de plus de 20 % par rapport à 2023. Les projections pour l’ensemble de l’année 2025 annoncent une détérioration supplémentaire de la situation du marché du travail en Cisjordanie, avec un taux de chômage global attendu à 38,5 %, touchant environ 363 500 personnes.
« Ces dernières conclusions rappellent avec force que la guerre de deux ans à Gaza a également gravement affecté la Cisjordanie, où elle a sapé les moyens de subsistance et les entreprises palestiniennes, le marché du travail et l’économie dans son ensemble », a déclaré Ruba Jaradat, directrice régionale de l’OIT pour les États arabes. « Des mesures immédiates et coordonnées sont nécessaires, dans le contexte du cessez-le-feu, pour soutenir les emplois et les entreprises, renforcer les revenus et la protection sociale. Dans le même temps, des réformes structurelles à long terme et un appui international aux efforts de relèvement de l’Autorité palestinienne seront essentiels pour bâtir une résilience inclusive et durable. »
La série de bulletins suit l’impact de la crise et fournit des analyses fondées sur des données probantes afin d’appuyer les réponses politiques et d’éclairer les stratégies de relèvement. Elle suit les tendances de l’emploi et des conditions du marché du travail, offrant des analyses pour répondre aux défis immédiats et aux besoins de relèvement à long terme de l’État de Palestine.