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Commerce, investissement et travail décent

Les travailleurs de l’économie informelle doivent avoir davantage voix au chapitre dans les politiques commerciales en Afrique, selon une étude de l’OIT

Les emplois informels représentent plus des trois quarts des emplois liés au commerce en Afrique, mais les travailleurs de l’économie informelle et les petites entreprises peinent souvent à participer aux décisions qui les concernent. Une nouvelle note de l’OIT identifie des pistes pour renforcer leur voix.

2 octobre 2026

© Ipele Dolo/ILO
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GENÈVE (OIT Infos) – Les travailleurs de l’économie informelle et les petites entreprises jouent un rôle majeur dans le commerce en Afrique, mais disposent souvent de peu de possibilités pour influencer les politiques commerciales et du travail qui affectent directement leurs moyens de subsistance, selon une nouvelle étude de l’Organisation internationale du Travail (OIT).

Ce déficit de représentation est particulièrement important compte tenu de l’ampleur de l’emploi informel. Plus des trois quarts des emplois liés au commerce et aux chaînes d’approvisionnement mondiales sont informels dans les 11 pays africains pour lesquels des données sont disponibles. Ces pays représentent 45 pour cent de l’emploi en Afrique. À l’échelle du continent, plus de 85 pour cent de l’emploi est informel, soit le taux le plus élevé de toutes les régions.

La nouvelle note de recherche, Associer les acteurs de l’économie informelle aux politiques commerciales et du travail en Afrique, examine les raisons pour lesquelles les travailleurs et les entreprises de l’économie informelle peinent à participer au dialogue sur les politiques et identifie des moyens de renforcer leur voix, notamment en établissant des liens entre les coopératives et associations et les organisations de travailleurs et d’employeurs, ainsi qu’au moyen des mécanismes prévus par des accords commerciaux tels que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

La note s’appuie sur des données recueillies auprès des parties prenantes pour le rapport de l’OIT Commerce, investissement et travail décent en Afrique : données factuelles et perspectives des parties prenantes, qui examine la relation entre le commerce, l’investissement et l’emploi et souligne l’importance de renforcer les liens entre les politiques commerciales et les politiques de l’emploi.

Des voix absentes de la politique commerciale

Bien qu’ils soient directement concernés par la politique commerciale, les travailleurs et les entreprises de l’économie informelle sont souvent mal représentés lors de son élaboration. Les entreprises exportatrices formelles ont généralement un meilleur accès aux décideurs, tandis que les acteurs de l’économie informelle peuvent avoir des difficultés à participer aux consultations, à faire entendre leurs préoccupations ou même à prendre connaissance des mesures destinées à les soutenir.

Une enquête et des consultations de l’OIT menées auprès de plus de 70 parties prenantes issues d’organisations de travailleurs et d’employeurs, d’institutions publiques et de la société civile au Ghana, au Kenya, au Mozambique, en Afrique du Sud et en Ouganda ont montré que les processus de consultation établis ne parviennent souvent pas à atteindre les travailleurs et les entreprises de l’économie informelle.

La représentation peut également être compliquée par les réalités de l’emploi informel. De nombreuses personnes exercent simultanément en tant que travailleurs et travailleurs à leur propre compte, ce qui rend difficile l’application des distinctions conventionnelles entre « travailleur » et « employeur » et pose des difficultés en matière de représentation par l’intermédiaire des organisations traditionnelles.

La question est particulièrement importante dans les secteurs fortement liés au commerce africain et mondial. Près de 98 pour cent des travailleurs agricoles en Afrique occupent un emploi informel, nombre d’entre eux travaillant dans les échelons inférieurs des chaînes d’approvisionnement et entretenant peu de relations avec les principaux fournisseurs et acheteurs.

Le commerce transfrontalier informel constitue également une importante source d’emplois et de moyens de subsistance. Les femmes représentent la majorité des commerçants transfrontaliers informels dans de nombreuses régions d’Afrique et peuvent être confrontées au harcèlement et à l’insécurité aux frontières, à un accès limité au financement et à des difficultés pour s’orienter dans les règles commerciales régionales.

Trouver des voies d’accès aux discussions sur les politiques

La note met en évidence plusieurs moyens permettant aux acteurs de l’économie informelle de renforcer leur voix collective.

Les coopératives et les associations peuvent constituer une voie d’accès aux structures établies de dialogue social, en particulier lorsqu’elles nouent des liens avec les organisations de travailleurs et d’employeurs.

Au Ghana, par exemple, la Ghana National Cocoa Farmers Association, qui représente environ 680 000 des quelque 800 000 producteurs de cacao du pays, est affiliée à la Ghana Federation of Labour. Cette organisation syndicale a défendu les intérêts des producteurs dans les discussions avec le gouvernement, notamment concernant les ajustements des prix du cacao à la production.

La note identifie également les accords commerciaux comme une voie potentielle vers une participation plus inclusive.

Dans le cadre de la ZLECAf, les comités nationaux de mise en œuvre peuvent offrir des plateformes permettant aux gouvernements, aux organisations de travailleurs et d’employeurs ainsi qu’à la société civile de participer aux discussions sur les décisions commerciales ayant des implications pour le marché du travail. Des représentants syndicaux participent déjà à ces comités dans plusieurs pays, notamment au Ghana, au Kenya, en Namibie, au Nigéria et au Rwanda.

Le renforcement des liens entre ces mécanismes et les organisations représentant les travailleurs et les entreprises de l’économie informelle pourrait contribuer à faire en sorte que la politique commerciale reflète mieux les réalités des marchés du travail africains.

La transition de l’emploi informel vers l’emploi formel reste essentielle, conclut la note. Mais une participation accrue compte également : donner aux travailleurs et aux entreprises de l’économie informelle une véritable voix dans les décisions qui les concernent peut contribuer à faire en sorte que les possibilités créées par l’expansion du commerce se traduisent par des résultats de développement plus larges et plus inclusifs.

Plus d’informations

La note a été produite dans le cadre du projet IMPLEMENT de l’OIT, « Accords commerciaux et d’investissement : mise en œuvre et participation des parties prenantes pour promouvoir le travail décent », financé par le Gouvernement de Flandre, Belgique. Le projet renforce la capacité des gouvernements ainsi que des organisations d’employeurs et de travailleurs à promouvoir le travail décent dans le contexte du commerce et de l’investissement et à renforcer la participation des parties prenantes aux initiatives liées au commerce.