La protection contre la violence et le harcèlement ne peut attendre la formalisation, soulignent de nouvelles notes de l’OIT
Les travaux de recherche examinent pourquoi les travailleurs de l’économie informelle sont davantage exposés aux risques de violence et de harcèlement et mettent en lumière des pratiques prometteuses visant à renforcer la prévention, la protection et l’accès aux voies de recours, notamment dans le cadre de la transition vers l’économie formelle.
2 octobre 2026
Genève (OIT Infos) – L’accès limité à la protection du travail et à la protection sociale, le manque de clarté ou la dispersion des responsabilités des employeurs, ainsi que les obstacles à l’inspection du travail, aux mécanismes de plainte ou à d’autres voies de recours peuvent rendre les travailleurs de l’économie informelle particulièrement vulnérables à la violence et au harcèlement, selon deux nouvelles notes de synthèse de l’Organisation internationale du Travail (OIT).
La publication, intitulée Prévenir et combattre la violence et le harcèlement dans l’économie informelle et par la formalisation et publiée sous la forme de deux notes distinctes, examine la question sous des angles complémentaires. La première note (en aglais) recense les facteurs susceptibles d’accroître la vulnérabilité et énonce des principes clés fondés sur les normes internationales du travail.
La seconde présente des pratiques prometteuses (en anglais) montrant comment les gouvernements, les employeurs et les travailleurs et leurs organisations, ainsi que d’autres acteurs, peuvent renforcer la prévention, la protection et l’accès aux voies de recours, notamment par la formalisation.
Leur message central est que la protection contre la violence et le harcèlement, y compris la violence et le harcèlement fondés sur le genre, ne doit pas attendre la formalisation. Des mesures immédiates doivent être mises en œuvre parallèlement à des processus progressifs, inclusifs et tenant compte des considérations de genre vers la formalité, qui renforcent la protection du travail et la protection sociale, la représentation, la responsabilité et l’accès aux voies de recours.
«L’informalité est importante parce qu’elle peut amplifier les conditions dans lesquelles la violence et le harcèlement se produisent ou restent sans réponse – notamment l’insécurité économique, les lacunes en matière de protection et d’application des règles, ainsi que le manque de possibilités de faire entendre sa voix et de représentation», a déclaré Florence Bonnet, spécialiste de l’économie informelle à l’OIT et l’une des auteures. «La prévention et la protection contre la violence et le harcèlement ne peuvent être reportées jusqu’à la formalisation; les mesures immédiates et les efforts à plus long terme visant à faciliter la transition vers l’économie formelle doivent se renforcer mutuellement.»
Comment l’informalité peut accroître la vulnérabilité
La violence et le harcèlement constituent un défi mondial dans le monde du travail. Des recherches menées par l’OIT, Gallup et la Lloyd’s Register Foundation ont révélé que 23 pour cent des personnes en emploi avaient subi des violences et du harcèlement physiques, psychologiques ou sexuels au travail au cours de leur vie professionnelle. Bien que les données mondiales comparables portant spécifiquement sur les travailleurs de l’économie informelle restent limitées, les recherches indiquent que les conditions associées à l’emploi informel peuvent accroître la vulnérabilité.
L’insécurité économique peut rendre plus difficile pour les travailleurs de refuser un travail, de quitter une situation abusive ou de risquer de perdre des revenus en signalant des abus. Les lacunes dans la couverture juridique ou l’application de la législation, l’accès restreint à la protection sociale et à la justice, la discrimination et la stigmatisation, ainsi que la faiblesse de l’organisation et de la représentation des travailleurs peuvent encore accentuer les déséquilibres de pouvoir. Les femmes et les groupes en situation de vulnérabilité peuvent être confrontés à des risques cumulés lorsque l’informalité se conjugue avec les inégalités de genre et d’autres formes de discrimination.
Des risques accrus selon le lieu et les modalités de travail
Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, plus de 60 pour cent du travail informel s’effectue en dehors de locaux professionnels fixes et visibles, notamment dans des domiciles privés et des espaces publics. Les femmes occupant un emploi informel sont nettement plus susceptibles que les hommes de travailler à leur propre domicile ou au domicile d’une autre personne.
Les travailleurs domestiques et les travailleurs à domicile peuvent travailler de manière isolée, tandis que les vendeurs de rue, les récupérateurs de déchets et d’autres personnes travaillant dans les espaces publics peuvent être exposés à des risques liés aux clients, au public ou aux autorités, ainsi qu’à des infrastructures et des conditions de travail dangereuses.
«La Convention no 190 de l’OIT reflète l’évolution de la nature du travail et le fait que la violence et le harcèlement peuvent se produire bien au-delà d’un lieu de travail physique traditionnel», a déclaré Valentina Beghini, spécialiste juridique de l’OIT sur la violence, le harcèlement et la non-discrimination et coauteure des notes. «Le monde du travail s’étend à tous les lieux où les personnes se trouvent et se rendent en raison de leur travail. Cela est particulièrement important pour les travailleurs de l’économie informelle: les mesures de prévention et de protection doivent les atteindre là où ils travaillent réellement.»
La protection ne doit pas dépendre du statut formel
Les normes internationales du travail offrent un cadre d’action dont les différents éléments se renforcent mutuellement pour relever ces défis.
La Recommandation (no 204) de l’OIT sur la transition de l’économie informelle vers l’économie formelle, 2015, préconise des mesures visant à remédier aux déficits en matière de droits et de protection dans l’économie informelle, parallèlement à la transition vers l’économie formelle. Elle appelle les Membres à respecter, promouvoir et réaliser les principes et droits fondamentaux au travail et à étendre la protection en matière de sécurité et de santé au travail.
La convention (no 190) sur la violence et le harcèlement, 2019, et la recommandation no 206 protègent les travailleurs et les autres personnes dans le monde du travail, tant dans l’économie formelle que dans l’économie informelle. La convention no 190 reconnaît le droit de toute personne à un monde du travail exempt de violence et de harcèlement et établit un cadre pour la prévention, la protection et les voies de recours.
«La formalisation reste fondamentale pour promouvoir le travail décent, mais on ne peut demander aux travailleurs d’attendre d’avoir un statut formel avant que leur droit à un monde du travail exempt de violence et de harcèlement soit pris en compte», a déclaré Florence Bonnet. «L’amélioration des droits et de la protection dans l’économie informelle peut favoriser la transition vers l’économie formelle, tandis que la formalisation peut contribuer à étendre et à pérenniser ces protections.»
Des principes aux pratiques prometteuses
La seconde note met en lumière des expériences menées dans différents pays, notamment l’extension de la protection juridique aux travailleurs informels, l’intégration de la violence et du harcèlement dans les cadres relatifs à la sécurité et à la santé au travail, l’adaptation de l’inspection du travail et des mécanismes d’application, la création de mécanismes accessibles de plainte et de soutien, ainsi que le renforcement de l’organisation, de la représentation et du dialogue social inclusif.
Les exemples montrent qu’il n’existe pas de modèle unique pour assurer une protection efficace. Les mesures doivent tenir compte des secteurs, des professions et des modalités de travail spécifiques et, conformément à la convention no 190, suivre une approche inclusive, intégrée et tenant compte des considérations de genre.
Ils mettent également en évidence le rôle du dialogue social. Les organisations d’employeurs et de travailleurs, les organisations de travailleurs de l’économie informelle et d’autres structures collectives peuvent contribuer à identifier les risques, améliorer l’accès aux voies de recours, négocier des conditions de travail plus sûres, renforcer la représentation et soutenir la transition vers l’économie formelle.
«Ce qui ressort clairement, c’est qu’il n’existe pas d’approche universelle», a déclaré Valentina Beghini. «Les mesures de prévention et de protection doivent tenir compte des réalités des différents secteurs, professions et modalités de travail, tout en veillant à atteindre effectivement les travailleurs de l’économie informelle.»
Les deux notes soulignent que prévenir et combattre la violence et le harcèlement dans l’économie informelle constitue à la fois un impératif immédiat de protection et un élément de la transition plus large vers l’économie formelle et le travail décent.
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