STRENGTHEN2
Évaluation des impacts sur l’emploi du projet de réhabilitation de la route Sénoba-Ziguinchor-Mpack et de désenclavement des régions du Sud
Ce rapport présente l'évaluation de l'impact sur l'emploi de la réhabilitation de la route Sénoba-Ziguinchor-Mpack dans le sud du Sénégal. S'appuyant sur l'évaluation à mi-parcours réalisée en 2022, il fournit des données actualisées sur la création d'emplois et les conditions de travail sur six lots désormais opérationnels.
L’évaluation d’impact sur l’emploi du projet d’investissement routier RN4 au Sénégal — financé par STRENGTHEN2, une initiative conjointe UE–OIT — révèle une dynamique importante de création d’emplois importante, mais également des déficits persistants en matière de qualité de l’emploi.
D’après les résultats, le projet aurait généré 8 877 emplois (1 660 directs et 7 217 indirects et induits). Les femmes représentent 8,8 % des effectifs, occupant principalement des postes non qualifiés, tandis que les jeunes (15–24 ans) constituent 20,7 % de la main-d’œuvre, un taux inférieur à la moyenne nationale (25,8 %). Les opportunités de formation sont limitées : 10,9 % seulement des jeunes ont bénéficié d’une formation professionnelle formelle, et 70,8 % occupent des emplois non qualifiés. L’acquisition des compétences demeure donc largement informelle.
Les niveaux de rémunération restent modestes : la plupart des travailleurs gagnent entre 100 000 et 200 000 FCFA par mois, pour des semaines de travail atteignant en moyenne 65 heures — soit 25 heures de plus que la durée légale —, traduisant ainsi un recours important aux heures supplémentaires non payées ou mal rémunérées.
Pour un projet routier, la forte proportion de CDD (62,5 %) n’est pas surprenante. En revanche, il est préoccupant de constater que 30,8 % des personnes interrogées n’ont pas de contrat formel avec leur employeur, travaillant sur la base d’accords verbaux, sans aucune forme de protection sociale.
L’accès à la protection sociale, même pour des travailleurs disposant d’un contrat formel, reste limité : 44 % bénéficient d’une assurance maladie, 33 % de la sécurité sociale et 30 % d’une couverture en cas d’accident du travail. Ces taux sont sensiblement plus faibles pour les jeunes et les femmes.
Le dialogue social est quasi inexistant : seuls 8,7 % des travailleurs interrogés déclarent avoir connaissance d’une structure défendant leurs droits. Les principales revendications portent sur l’absence de contrats, la gestion des heures supplémentaires, le non-respect des grilles salariales, le paiement des primes de fin de contrat et la rémunération des jours fériés.
En 2022, l’évaluation à mi-parcours estimait à 2 800 le nombre d’emplois générés par deux lots opérationnels, soit en moyenne 1 400 emploi par lot, tout en révélantdéjà un déficit substantiel en matière de travail décent. Deux ans plus tard, avec six lots opérationnels, la présente évaluation finale chiffre ces impacts à 8 877 emplois (1 480 par lot), soit une progression modeste de 80 emplois par lot. Cette hausse quantitative ne s’est toutefois pas traduite par une amélioration qualitative : la qualité des emplois est restée inchangée, et dans certains cas, s’est même dégradée.
Ces résultats mettent en évidence la nécessité urgente de renforcer l’application de la législation du travail, en garantissant un contrat formel à chaque travailleur, le respect des horaires légaux et le paiement des heures supplémentaires. Il est recommandé de fixer des objectifs chiffrés de recrutement de jeunes et de femmes, appuyés par des programmes de formation ciblés dans les métiers du BTP. L’intégration d’un volet de formation formelle dans les projets d’infrastructure permettrait de relier apprentissage informel et certification professionnelle. L’amélioration de la couverture sociale et la mise en place de structures représentatives sur les chantiers contribueraient à de meilleures conditions de travail.
En intégrant systématiquement les évaluations d’impact sur l’emploi dans les projets et politiques d’investissement, et en incorporant les mesures d’optimisation du potentiel de création d’emplois décents dans les marchés publics, les dossiers d’appel d’offres et la gestion des projets, nous sommes convaincus que les investissements en infrastructures pourront générer non seulement plus d’emplois, mais surtout des emplois de meilleure qualité, en ligne avec l’objectif de travail décent pour tous de l’OIT.
Détails additionnels
Auteurs
- Pamphile Sossa
- Souleymane Mbaye
Références
- DOI: https://doi.org/10.54394/KACP5142
- ISBN Web PDF: ISBN: 9789220426685
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