Un long historique de promotion de la Déclaration de l’OIT sur les entreprises multinationales et un dialogue tripartite solide pour associer les entreprises multinationales à la création d’emplois en Côte d’Ivoire

Depuis quinze ans, la Côte d’Ivoire s’est approprié la Déclaration de principes tripartite sur les entreprises multinationales et la politique sociale (Déclaration sur les EMN) afin d’en promouvoir l’application, notamment en ce qui concerne les principes relatifs à l’emploi. Le pays a figuré parmi les premiers à désigner, en 2018, des points focaux nationaux chargés de la promotion de la Déclaration sur les EMN sur une base tripartite. Depuis lors, le dialogue tripartite se poursuit de manière continue.

8 janvier 2026

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Alors que l’économie de la Côte d’Ivoire renouait progressivement avec la croissance après une longue période de crise, il devenait essentiel de bâtir des perspectives plus prometteuses pour la jeune génération. La présence croissante d’entreprises multinationales opérant dans le pays constituait un potentiel important — quoique encore largement sous-exploité — de création d’emplois locaux. Toutefois, ces emplois étaient majoritairement occupés par des travailleurs étrangers, en raison de l’insuffisance de main-d’œuvre qualifiée disponible au niveau national. C’est dans ce contexte que l’OIT a apporté son appui au gouvernement ainsi qu’aux organisations d’employeurs et de travailleurs afin de remédier à cette situation, en associant les entreprises multinationales (EMN) à la réalisation de cet objectif prioritaire pour le pays.

Une étude à l’origine d’une longue collaboration

En 2010, l’OIT a enquêté auprès de quelque 30 entreprises multinationales pour étudier de quelle manière celles-ci pouvaient, de par leurs activités économiques, créer des emplois en plus grand nombre et de meilleure qualité pour la jeunesse locale, tant dans le contexte de leurs activités que par l’intermédiaire de leurs chaînes d’approvisionnement. L’étude a été menée dans le cadre d’un projet ONUDI-OIT sur l’emploi des jeunes, financé par le gouvernement du Japon et s’est tout spécialement intéressée aux perspectives de création d’emploi dans les quatre secteurs économiques qui attiraient le plus d’investissements directs étrangers (IDE) en Côte d’Ivoire, à savoir l’agriculture et l’agro-industrie, les banques, les mines et les télécommunications. Les résultats et recommandations de cette étude ont été présentés aux représentants des entreprises multinationales et a engendré la création d’un Groupe de travail sur la promotion de l’emploi des jeunes et l’investissement responsable placé sous l’égide de la Confédération Générale des Entreprises de Côte d’Ivoire (CGE-CI) composé de toutes les parties intéressées telles les organisations de travailleurs, des instituts de formation et de recherche, des universités et des institutions gouvernementales en charge de l’emploi des jeunes.

Des consultations de haut niveau sur la politique à mettre en œuvre ainsi qu’un atelier technique ont ensuite réuni les représentants de plus de 50 EMN et du gouvernement (Ministère d’Etat, Ministère de l’emploi, des affaires sociales et de la solidarité, Ministère de l’enseignement technique et de la formation professionnelle et Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique). Les consultations sur la politique à suivre ont offert une tribune aux acteurs clés des secteurs public et privé qui ont ainsi pu examiner comment traduire leur volonté de promouvoir l’emploi des jeunes en mesures concrètes conjointes.

Les participants ont adopté une déclaration de principe mettant en exergue le rôle spécifique qui revient au gouvernement et aux entreprises dans la création d’emplois pour les jeunes. Des plans d’action ont été élaborés pour chacun des quatre secteurs économiques (agriculture, banque, mines et télécommunications) qui ont fait l’objet de l’étude. Les objectifs prioritaires de chacun des plans d’action étaient : 1) renforcer les liens entre les EMN et les PME ; 2) analyser l’impact des investissements domestiques et étrangers sur l’emploi ; et 3) transposer l’initiative des EMN sur l’emploi des jeunes à l’échelle sous-régionale en s’inspirant des études déjà menées en Sierra Leone et au Libéria.

Les entreprises membres de Groupe de travail sur la promotion de l’emploi des jeunes et l’investissement responsable ont participé à un certain nombre d’initiatives lancées par la CGE-CI. Ainsi, dans le cadre de l’initiative d’aide au recrutement, un réseau de directeurs des ressources humaines a entamé une collaboration avec l’Agence d’Etude et de Promotion de l’Emploi (AGEPE) pour rechercher les moyens d’offrir des stages à des centaines de jeunes, hommes et femmes. Le dialogue qui s’est instauré entre les EMN, les instituts de formation et l’organisme des Services publics d’emploi a débouché sur la conclusion d’accords de partenariat avec un certain nombre d’EMN. Les besoins spécifiques en matière de développement des compétences ont été répertoriés par secteur. Des incitations fiscales ont aussi été mises en place pour promouvoir l’emploi des jeunes et l’entreprenariat chez les jeunes.

L’OIT a, en collaboration avec le Centre Ivoirien de Recherches Economiques et sociales (CIRES), entrepris une seconde étude intitulée “Le renforcement des liens entre les PME locales et les entreprises multinationales dans le cadre de leurs chaînes d’approvisionnement" afin d’évaluer les liens existants et les liens potentiels entre les EMN et les PME locales en vue de renforcer la dynamique des chaînes d’approvisionnement. En juillet 2014, les représentants du gouvernement, des employeurs et des travailleurs ont participé à un atelier afin d’examiner les recommandations formulées à l’issue de cette étude. Ils ont adopté un plan d’action couvrant six domaines stratégiques : 1) encourager la sous-traitance auprès des entreprises locales ; 2) établir une plateforme de dialogue permanente entre les EMN et les PME ; 3) améliorer la capacité de gestion des ressources humaines dans les PME ; 4) évaluer l’impact des IDE sur l’emploi ; 5) promouvoir un environnement propice au transfert de technologie entre les EMN et les PME ; et 6) stimuler le développement des PME.

Un engagement ferme et une mobilisation nationale

Le projet « Entreprises et travail décent » financé par la France a appuyé les efforts de promotion de la Déclaration de la Côte d’Ivoire de 2017-2020. Le projet visait à renforcer la capacité des mandants de l’OIT à mobiliser les entreprises nationales et multinationales pour la réalisation des priorités nationales en matière de travail décent. Sept ateliers de sensibilisation ont présenté la Déclaration sur les EMN telle que révisée en 2017 à 172 représentants de différents ministères et organisations d’employeurs et de travailleurs. Cinq séances de sensibilisation ont également été organisées au profit de 100 entreprises. À la suite des ateliers de sensibilisation, le pays a désigné trois points focaux nationaux pour la promotion de la Déclaration sur les EMN (conformément à l’annexe II de la Déclaration sur les EMN). La Côte d’Ivoire a été le troisième pays à désigner officiellement des points focaux pour la promotion de la Déclaration sur les EMN.

Un forum national a été organisé en décembre 2018, au cours duquel les points focaux nationaux représentant le gouvernement, les employeurs et les travailleurs ont présenté leur plan d’action national. Depuis, le gouvernement, les employeurs et les travailleurs collaborent activement pour mettre en œuvre les activités convenues dans le plan d'action et traduire les principes de la Déclaration en pratique.

À cet égard, dans le cadre du projet de l’OIT, plusieurs outils ont été élaborés pour les actions des points focaux.

Deux études de cas ont été documentées :

et des notes d’orientation ont été publiées :

Des projets de coopération au développement qui apportent leur appui aux activités des points focaux

Le Gouvernement français a continué d’appuyer les points focaux nationaux pour la promotion de la Déclaration sur les EMN par l’intermédiaire du projet Entr’Alliance en 2020-2025. Ce projet a pour but de soutenir les réalisations des objectifs de l’Alliance 8.7 pour l’éradication du travail des enfants, notamment en faisant la promotion d’une approche holistique pour des pratiques d’entreprises durable et responsable en faveur du travail décent suivant l’approche de la Déclaration sur les EMN. Le projet a appuyé l’organisation d’ateliers de sensibilisation pour les entreprises sur la Déclaration sur les EMN et autres instruments internationaux sur la conduite responsable des entreprises en août 2024. Ces ateliers organisés par la CGECI en collaboration avec l’Organisation internationale des Employeurs (OIE) ont permis de toucher 50 entreprises notamment dans le secteur agricole. Le projet a également appuyé les points focaux nationaux pour l’organisation d’un dialogue national qui s’est tenu en 2024 et dont les recommandations ont permis l’actualisation du plan d’action national des points focaux. L’appui de la France est également reconduit pour la période 2026-2029

Participants au dialogue national organisé par les points focaux nationaux en novembre 2024
Participants au dialogue national organisé par les points focaux nationaux en novembre 2024

Le projet « Commerce au Service du Travail Décent » financé par l’UE et la Finlande a fait également partie des projets qui ont appuyé les efforts des points focaux nationaux de 2020 à 2025. À la demande des points focaux, le projet a appuyé la réalisation d’une étude sur les relations professionnelles et les conditions de travail dans le secteur de la foresterie et du bois. Les résultats préliminaires de cette étude furent présentés à l’occasion d’un dialogue sectoriel portant sur la foresterie organisé en 2022. Ce dialogue a vu la participation d’une quarantaine d’acteurs du secteurs au nombre desquels des représentants des différents Ministères (dont le Ministère de l’Emploi et de la Protection Sociale ; Ministère des Eaux et Forêts, le Ministère d'Etat, le Ministère de l'Agriculture et du Développement rural, le Ministère de l'Environnement et du Développement Durable), la Confédération Générale des Entreprises de Côte d'Ivoire (CGECI), les leaders des cinq centrales syndicales ivoiriennes et l’Union Européenne. Le dialogue a permis d’identifier des priorités communes aux participants et des domaines de collaboration afin de libérer tout le potentiel du secteur à contribuer à une croissance durable et inclusive en Côte d’Ivoire. Les actions prioritaires identifiées ont été intégrées dans le plan d’action national pour la promotion de la Déclaration sur les EMN du pays. Le projet a par ailleurs appuyé la réalisation de plusieurs actions de suivi intégrées à ce plan d’action.

Le projet « Commerce au Service du Travail Décent » a également appuyé la création et le lancement de la Plateforme des travailleurs pour la promotion de la Déclaration sur les entreprises multinationales de Côte d’Ivoire (PTPDEMCI) et a organisé une formation à la demande du Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH) pour des représentants de la société civile sur les normes internationales du travail et leur promotion dans le secteur privé avec la participation des points focaux.

Entre 2023 et 2024, plusieurs ateliers de renforcement des capacités ont été organisés pour différents acteurs afin de créer des synergies avec les actions des points focaux. Un atelier a permis de former 30 inspecteurs du travail afin de renforcer leurs connaissances sur les instruments internationaux en matière de conduite responsable des entreprises dont la Déclaration sur les EMN et ses principes. Un second atelier a notamment réuni 40 participants incluant les membres de la Commission spéciale pour la Transition juste du Conseil National du Dialogue Social et les points focaux pour traiter des investissements et des pratiques d’entreprises durables et responsables pour une transition juste vers une société écologiquement durable en Côte d’Ivoire.

Plus récemment, en décembre 2025, un atelier a réuni des représentants de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS), des Ministères des Eaux et Forêts et de l’Agriculture, ainsi que des points focaux, afin de favoriser un dialogue sur la promotion de la conduite responsable des entreprises dans le secteur forestier et du bois. Ce dialogue a permis d’identifier les défis liés à la concrétisation du travail décent, notamment en matière de santé et de sécurité au travail, et les réponses qui pourraient être apportées par la promotion de la conduite responsable des entreprises dans le secteur. Des possibilités de synergies à explorer entre les actions de la CNPS et des points focaux ont pu être identifiées.