Les inégalités salariales en Afrique de l'Ouest: Une bataille ardue
À l'occasion des 16 jours d'activisme pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, il est nécessaire de souligner que la lutte pour l'égalité des sexes ne se limite pas à la prévention de la violence physique. Les inégalités de rémunération constituent un phénomène à part entière qui pénalisent les femmes.
9 décembre 2024
En Afrique de l'Ouest, les disparités dans la rémunération entre les hommes et les femmes s’immiscent dans le tissu économique, malgré les efforts législatifs et les engagements internationaux des pays en faveur de l'égalité de chance et de traitement entre les femmes et les hommes. Le constat est encore manifeste: les femmes continuent d’être sous-payées par rapport à leurs homologues masculins.
Engagements internationaux et réalités
Le cadre législatif en Afrique de l'Ouest, grâce aux conventions de l’Organisation internationale du Travail (OIT) telles que la Convention n°100 sur l’égalité de rémunération et la Convention n°111 contre la discrimination dans l’emploi, déclare la garantie de l’égalité de rémunération pour un travail de valeur égale. Cependant, les faits démontrent une réalité contraire.
Selon l'OIT, les femmes salariées en Afrique de l'Ouest, bien qu’elles soient souvent plus jeunes et mieux éduquées que les hommes, continuent de percevoir des salaires inférieurs. Le Rapport mondial sur les salaires 2018/19 indique l’existence de nombreux écarts de rémunération liés à des facteurs externes tels que la sous-évaluation des emplois féminins et la persistance de stéréotypes de genre.
Les Disparités dans le Secteur Informel et l'Agriculture
Les inégalités salariales dépassent les secteurs formels et s’étendent largement dans l’économie informelle, qui représente la majorité des emplois en Afrique de l’Ouest. Des études menées en Côte d'Ivoire, Sénégal et Guinée-Bissau montrent des écarts de revenus allant de 20 à 30% entre hommes et femmes. Le cas du Sénégal est saillant: dans le secteur de la transformation artisanale des produits halieutiques, les femmes, bien que dominantes dans cette activité, ne perçoivent qu'un tiers des revenus de leurs homologues masculins.
Dans le secteur agricole, où elles représentent plus de 80% de la main-d'œuvre, les écarts de rémunération sont particulièrement notoires. En Guinée-Bissau, par exemple, malgré leur rôle clé dans la production des cultures vivrières, les femmes sont les moins rémunérées. Cette situation est exacerbée par leur accès limité aux ressources (terre, crédit, formation), ainsi que par l'impact des changements climatiques qui affectent les femmes en milieu rural. Le GIEC a alerté sur le fait que ces changements affecteront disproportionnellement les femmes rurales, exacerbant encore les inégalités existantes.
La segmentation du marché du Travail et les obstacles à l'Éducation
L’un des principaux facteurs expliquant ces inégalités réside dans la division sexuée du travail. En Afrique de l’Ouest, les femmes sont concentrées dans des secteurs moins rémunérés, tels que l’agriculture, le commerce et les services aux ménages, tandis que des secteurs plus rémunérateurs comme le bâtiment, la pêche et l’administration publique sont dominés par la présence des hommes. Cette ségrégation horizontale est accompagnée d'une ségrégation verticale: les femmes sont largement absentes des postes de direction, avec moins de 15% d'entre elles qui occupent des responsabilités.
Les inégalités dans l’accès à l’éducation sont également déterminantes. Bien que les taux de scolarisation des filles aient augmenté, des disparités persistent. Les filles sont moins nombreuses que les garçons à s’orienter vers les filières scientifiques et techniques, les secteurs qui offrent des salaires plus élevés. Cette tendance se reflète dans la formation professionnelle, où les filles représentent seulement un tiers des apprenants dans les écoles techniques et professionnelles. De ce fait, elles sont souvent confinées à des métiers moins rémunérés et moins qualifiés.
Les Normes Sociales et les Responsabilités Familiales: Des Barrières Invisibles
Les normes sociales jouent un rôle considérable et perpétuent les inégalités salariales. En Afrique de l'Ouest, les rôles sociaux sont divisés selon et par le système patriarcal : les femmes sont perçues comme les principales responsables du foyer. Ainsi, cette perception influe sur leur accès aux emplois rémunérés et à des postes de direction. Cette organisation sociale crée des barrières invisibles, comme l’imposition de rôles de soutien aux femmes, souvent limitées à des emplois moins rémunérés et moins valorisés.
La répartition des tâches familiales pèse également sur les femmes. Elles doivent jongler entre leurs responsabilités domestiques (soins aux enfants, travail ménager) et leurs carrières professionnelles, ce qui restreint leur disponibilité pour des heures supplémentaires ou des emplois à plein temps. Ce phénomène contribue à maintenir les écarts salariaux, car les hommes, moins sollicités dans la gestion du foyer, bénéficient de plus d’opportunités professionnelles.
Vers une Égalité Durable: Un Appel à l'Action
Les inégalités salariales en Afrique de l’Ouest sont profondément ancrées dans un système économique et social qui privilégie les hommes. Toutefois, un changement structurel est possible. Il nécessite une révision des politiques éducatives, une meilleure inclusion des femmes dans les secteurs techniques et scientifiques, et une lutte active contre les stéréotypes de genre qui influencent tant les choix professionnels que les opportunités économiques.
Lors de la rencontre sur la «Lutte contre la violence et le harcèlement dans le monde du travail et égalité de rémunération et entre les hommes et les femmes» organisé à Dakar dans le cadre des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre, Fatime Christiane Ndiaye annonce: «L’égalité de chance et de traitement entre les femmes et les hommes, y compris l’égalité de rémunération, nécessite un monde du travail exempt de violence et de harcèlement.»
Comme le rappelle Sima Bahous, Directrice exécutive d'ONU Femmes, «nous devons agir de toute urgence en faveur de la justice et de la responsabilisation», en encourageant des mesures plus efficaces pour l’autonomisation des femmes et leur accès à des formations qualifiantes. Dans la même veine, António Guterres, Secrétaire général de l'ONU, souligne que «nous devons unir nos forces pour mettre fin au fléau de la violence à l’égard des femmes et des filles», mais aussi pour assurer que les femmes reçoivent un salaire équitable pour un travail de valeur égale.
À l’occasion des 16 jours d’activisme, il est essentiel de rappeler que l’égalité salariale est un pilier incontournable de la lutte pour les droits des femmes et l’égalité des sexes. Nous avons tous un rôle à jouer pour mettre fin à cette injustice persistante.
Cet article est issu d’une note de synthèse rédigée par Fatime Christiane Ndiaye, Spécialiste principale pour le Genre au bureau de Dakar de l’OIT. Il constitue la première publication d’une série de 4 articles tirées de la note.