Compétences pour un avenir plus respectueux de l’environnement

Des compétences vertes pour un avenir durable et plus respectueux de l’environnement

Le changement climatique et la dégradation de l’environnement auront des effets considérables sur le monde du travail. «Or, si l’on discute beaucoup de ces thématiques, on n’accorde pas suffisamment d’attention à la nécessité de fournir aux travailleurs les compétences nécessaires pour mettre en œuvre une économie durable et verte», explique Olga Strietska-Ilina, spécialiste principale au Service des compétences et de l’employabilité.

Editorial | 5 juin 2019
Olga Strietska-Ilina
Le changement climatique et la dégradation de l’environnement constituent les plus grands enjeux de notre temps. Les Etats signataires de l’Accord de Paris de 2015 sur les changements climatiques reconnaissent la nécessité d’agir de toute urgence. Mais l’engagement en faveur de la durabilité environnementale n’est, en soi, pas suffisant. D’un côté, le changement climatique et la dégradation de l’environnement entraînent une baisse de la productivité et des suppressions d’emplois, et ce sont les populations les plus vulnérables qui en pâtissent de manière disproportionnée. De l’autre, la transition vers une économie verte permettrait, pour autant qu’elle soit gérée convenablement, de créer des dizaines de millions d’emplois durables.

Jusqu’ici, 183 pays se sont engagés à atteindre l’objectif de l’Accord de Paris (qui vise à contenir l'élévation de la température moyenne de la planète en dessous de 2 °C) en déposant des contributions déterminées au niveau national (CDN), qui décrivent en détail les mesures d’adaptation et d’atténuation qu’ils envisagent de prendre. Toutefois, si les deux tiers des CND reconnaissent l’importance d’encourager le renforcement des capacités et de mieux informer le public sur les changements climatiques, moins de 40 pour cent prévoient des programmes de formation (ou de reconversion) professionnelle pour soutenir leur mise en œuvre. Qui plus est, plus d’une CND sur cinq ne contient aucun programme de formation quelle qu’elle soit, ni aucune mesure visant à renforcer les capacités.

© Matthias Mugisha / FAO
D’où la nécessité de tirer la sonnette d’alarme. Les engagements en faveur de secteurs économiques plus respectueux de l’environnement – énergie, agriculture, gestion des déchets, industrie manufacturière, transport – ne sauraient s’orienter vers des changements concrets si les capacités nécessaires ne sont pas disponibles. Ce sont des femmes et des hommes possédant les connaissances et les compétences appropriées qui prendront les décisions et qui développeront et tiendront à jour les technologies, les processus de production et les stratégies d’investissement durable présentés dans les CDN et autres documents stratégiques.

L’acquisition de compétences, la reconversion et le perfectionnement professionnels ne portent pas uniquement sur les compétences techniques, mais aussi sur les compétences de base et personnelles (sensibilisation à l’environnement, capacité d’analyse, travail d’équipe, innovation, communication, esprit de décision, qualités de négociateur, compétences en gestion et en entrepreneuriat) qui peuvent offrir un avantage compétitif car elles sont facilement transférables d’une profession à l’autre. Parmi les autres domaines de compétences les plus demandés figurent notamment la vente et le marketing, l’accueil de la clientèle, la réparation, les compétences numériques, la planification et la budgétisation.

Ces questions seront débattues au Forum mondial dans le cadre d’un événement organisé le 6 juin sur le thème Boosting Skills for a Just Transition and the Future of Work (Renforcer les compétences pour une transition juste et l’avenir du travail), au cours duquel seront examinées les principales conclusions d’un rapport intitulé Skills for a greener future (Des compétences pour un avenir plus vert), à paraître courant 2019. Ce rapport contient des informations provenant de 32 pays. L’objectif du forum est de mettre en évidence la nécessité de prendre des mesures concrètes en matière d’amélioration des compétences; de définir les besoins professionnels, les lacunes en matière de compétences, ainsi que les stratégies de réponse en lien avec un avenir du travail durable; et d’envisager une éventuelle collaboration multilatérale qui pourrait faire progresser l’investissement dans l’écologisation du capital humain.

Nous sommes conscients que de telles mesures exigent des investissements considérables. Mais elles peuvent aussi créer des millions d’emplois nouveaux et redéfinir de nombreux emplois existants. Il convient en particulier de veiller à ce que les femmes soient intégrées dans des formations professionnelles appropriées, de façon à réduire les disparités entre hommes et femmes et à combattre les stéréotypes de genre plutôt qu’à les pérenniser. Le nombre d’emplois hautement qualifiés et, surtout, moyennement qualifiés pourrait augmenter, pour autant qu’on investisse dans des formations adaptées aux compétences recherchées. Les travailleurs de la construction, de l’industrie manufacturière, de l’agriculture et du commerce pourraient trouver des emplois si la transition verte était favorisée par le renforcement des compétences. Cela exige une bonne coordination entre les différents ministères ainsi qu’entre les secteurs publics et privés. Or, notre étude portant sur 32 pays montre que les politiques actuelles sont souvent appliquées au coup par coup et qu’elles manquent de suivi.