Syndicalisme en Afrique: Entretien avec Owei Lakemfa, Secrétaire général de l'OUSA
L'Organisation de l'unité syndicale africaine (OUSA) fête ses 40 ans cette année. A cette occasion, son nouveau secrétaire général , M. Owei Lakemfa aborde dans cet entretien, le bilan et les perspectives de l'OUSA, l'unité du mouvement syndical en Afrique ainsi la mise en oeuvre du programme de développement post-2015 sur le continent.
12 avril 2013
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ACTRAV INFO: En avril 2013, votre Organisation fête le 40e anniversaire de sa création. Parlez-nous des réalisations obtenues par l’OUSA et les perspectives actuelles du mouvement syndical africain.
OWEI LAKEMFA: L’Afrique était auparavant un champ de bataille pour des groupes particuliers et des organisations liées par traité dans le monde entier. En 1973, nous avons décidé de conjuguer nos efforts. Il existait alors sur le continent trois centrales syndicales internationales qui ont accepté de se dissoudre et de s’associer pour former une seule organisation unie; ce qui explique notre nom – l’Organisation de l’unité syndicale africaine (OUSA). En fait, notre principale réalisation est justement d’avoir réussi à nous rassembler.
L’une de nos principales réussites est d’avoir obtenu que les travailleurs africains soient unis. Une fois unis, nous pouvons parler d’une seule voix et lancer rapidement des actions où que ce soit. Grâce à l’OUSA, les travailleurs africains ont leur propre identité, comme nos camarades européens ont la leur avec la Confédération européenne des syndicats. L’Afrique a sa propre identité. Nous avons notre indépendance. Nous pouvons décider pour nous-mêmes et nous faire respecter. En outre – et c’est fondamental –, l’OUSA a été en mesure d’associer les travailleurs africains avec l’Union africaine. N’oubliez pas que l’Union Africaine (UA) a été la principale organisation à mettre en œuvre des projets et à tenter d’unir le continent africain, conformément aux rêves de nos pères fondateurs. Ainsi, l’OUSA a été capable de faire entrer les travailleurs africains dans le système de l’UA, où nous sommes représentés à tous les niveaux, y compris aux sommets des Chefs d’Etat. Nous savons donc ce qui se passe sur le continent. Nous sommes présents lorsqu’ont lieu les discussions et pouvons ensuite diffuser l’information. Nous sommes ainsi à même de savoir ce que ressentent les travailleurs africains. C’est l’une des choses que nous avons réussi à faire.Cela, nous l’avons bâti autour de ce que nous appelons le «panafricanisme». Ce terme ne signifie pas que nous ne sommes pas des internationalistes, mais renvoie à ce qui nous a été enseigné par nos pères fondateurs. Je veux parler de ceux qui ont fondé l’Afrique. J’entends par là les Kwame Nkrumah et autres leaders de cette trempe – à savoir être panafricanistes dans notre réflexion et internationalistes dans notre action. Vous trouverez ce genre de personnes dans le monde entier. Elles étaient respectées. Elles faisaient partie de ce que l’on appelait alors le mouvement des «non-alignés». Mais elles étaient panafricanistes et c’est là-dessus que nous prenons appui.
Au cours des 40 dernières années, nous avons mis sur pied – et continuons de le faire – des syndicats africains pour renforcer les capacités et les compétences, en particulier en matière d’éducation et sur les questions d’égalité entre hommes et femmes et de santé. Nous avons actuellement un programme en cours, le PANAF, dans le cadre duquel nous avons, depuis 1986 ou 1987, mené une action éducative auprès d’au moins 15 pays africains. En mars 2013, nous allons démarrer un nouveau programme en Afrique avec dix nouveaux pays, cette fois-ci en collaboration avec nos camarades de la Chine, pour former les travailleurs africains.Lorsque nous avons commencé il y a 40 ans, conformément au Protocole d’accord, le gouvernement du Ghana nous a donné un bureau et un logement pour le Secrétaire général. Nous avons agrandi tout ça et disposons à présent d’un bureau plus grand et mieux adapté, que nous avons construit nous-mêmes, avec l’aide de nos camarades chinois. Nous avons aussi le Kwame Nkrumah Labour College, où nous allons former des dirigeants syndicaux d’Afrique et même certains venus d’autres continents sur divers aspects du syndicalisme. Pour nous, il s’agit là de réalisations essentielles. Mais surtout, nous serons en mesure de rassembler les travailleurs africains pour faire face aux changements et affronter les difficultés. Car, vous le savez, les défis à relever sont partout considérables. Même en dehors de la sphère du travail, des conflits existent. Vous savez, nous avons eu des problèmes en Libye, en Tunisie, en Egypte et nous en avons encore en République démocratique du Congo, en République centrafricaine, etc. Même dans des pays qui sont, pourrait-on dire, dans des situations d’après-conflit – tels que le Liberia ou la Sierra Leone – il faut consolider les choses. Mais nous sommes convaincus que, dès que nous serons unis, les peuples s’uniront eux aussi et la pauvreté sera vaincue.
A présent, concernant nos perspectives pour le mouvement syndical africain, disons qu’il suffit simplement que nous restions fidèles à nous-mêmes et gardions notre indépendance, tant dans notre façon de penser que dans nos actions. Quoi que nous envisagions de faire, il nous faudra avant tout veiller aux intérêts de l’Afrique. Nous ne permettrons à personne de nous dicter notre conduite. Nous allons mettre en œuvre un grand nombre des décisions que nous avons prises lors de notre dernière conférence à Alger en décembre 2012, qui vont dans le sens d’un mouvement syndical international uni. C’est l’une des choses que nous tentons actuellement de faire.
Nous devons aussi réparer certains des dégâts considérables qui ont été faits ces dernières années. A l’OUSA, nous avons toujours préconisé des centrales syndicales par pays; non pas pour nous opposer aux droits démocratiques des peuples de fonder les organisations qu’ils veulent, mais nous savons que, pour ce qui concerne les organisations syndicales et les travailleurs, plus nous serons unis, mieux ce sera. Nous sommes aujourd’hui confrontés à toute une multiplicité de syndicats et de centrales syndicales dans de nombreux pays d’Afrique; où ces dernières ont parfois été multipliées par quatre. Cela n’a pas de sens et c’est justement l’une des choses pour lesquelles nous tentons de mettre en place des programmes d’explication. Nous devons parvenir à unir les syndicats africains et à les fédérer pour qu’ils s’expriment d’une seule voix.
ACTRAV INFO: L’OUSA est l’une des organisations régionales du mouvement syndical africain. Dans le cadre du renforcement de ce mouvement en Afrique, existe-t-il des projets de coopération avec la CSI-Afrique?
Pour nous, tout programme qui aidera les Africains est le bienvenu; et ce, quel qu’en soit l’auteur. Ainsi, par exemple, nous avons eu ce programme pédagogique panafricain pour 15 pays, financé par nos camarades de la Suède et la CSI a également participé à ce programme. Nous travaillons dès lors avec eux à tous les niveaux car nous œuvrons dans le même sens.Par ailleurs, si l’on prend par exemple le cas de l’OIT, nous avons le Conseil d’administration, qui prend des positions qui s’adressent à l’Afrique – et à nos membres. Nous allons devoir travailler ensemble mais nous voulons juste insister sur le fait que cela doit se faire dans l’intérêt de l’Afrique. Aussi, quoi que nous fassions et quelles que soient les entités avec lesquelles nous travaillons – par exemple, notre travail avec la CSI-Afrique –, nous insistons toujours pour que tout soit fait dans l’intérêt de l’Afrique. A partir de là, peu importe avec quelle organisation nous travaillons. C’est pourquoi nous collaborons étroitement avec un certain nombre de pays, comme nous l’avons dit – la Suède, la Norvège, la Chine et nos camarades japonais. Il s’agit de pays qui nous respectent et que nous respectons, et nous sommes heureux de travailler ensemble. Nous collaborerons donc avec quiconque voudra travailler avec nous, du moment qu’il nous respecte et accepte nos principes – qui tournent autour de l’épanouissement du travailleur africain.
ACTRAV INFO: Une des discussions importantes à l’OIT et aux Nations Unies portera sur le programme de développement pour l’après 2015. Au niveau de votre organisation, comment envisagez-vous de mettre en œuvre ce programme pour réduire la pauvreté et le chômage qui touchent les travailleurs africains?
Je ne pense pas que ce soit la priorité. Il ne s’agit pas seulement d’une question de mise en œuvre. Nous voulons être là lors de la conception du programme. Nous voulons prendre part au processus. C’est pourquoi l’OUSA a organisé du 13 au 14 mars 2013 à Addis-Abeba un certain nombre d’ateliers rassemblant des dirigeants syndicaux de 55 pays d’Afrique pour discuter du genre de monde dans lequel nous voulons vivre après 2015. Il ne suffit pas que l’Union africaine ou les Nations Unies aient un programme pour nous. Nous devons mettre en place notre propre programme et le présenter ensuite comme une contribution à ces organismes. Cela fait partie des choses que nous tentons de faire. Ainsi, par exemple, le travail décent nous intéresse et nous voulons l’obtenir. Pour nous, l’emploi est un moyen d’y parvenir. Une fois que vous avez un emploi, vous pouvez satisfaire vos besoins vitaux de base. C’est pourquoi nous œuvrons à promouvoir ce que nous appelons les besoins essentiels, qui sont de longue date au programme de l’OIT, pour permettre de garantir aux gens la satisfaction de leurs besoins fondamentaux. Oui, cette question nous intéresse.
Nous aimerions aussi voir une Afrique en mesure d’accélérer ce processus d’intégration, car nous sentons bien que des échanges commerciaux et une intégration accrus nous aideraient à nous développer. Nous pourrons avoir plus de ressources au niveau du continent; et aussi plus d’emplois. Nous étudions donc également ces questions-là. Nous étudions – l’Afrique a 50 ans cette année si l’on parle de l’UA –, nous nous penchons donc sur ce vieux thème de la renaissance africaine. Dans ce cadre, au niveau de l’OUSA, nous nous rassemblons pour mettre sur pieds nos propres concepts, nos propres idées et notre propre programme, à titre de contributions à l’après 2015. Ce n’est qu’à ce stade, quand nous serons en 2015, que nous pourrons parler de la mise en œuvre qui, bien entendu, est pour nous un élément essentiel. Au-delà des simples déclarations, nous voulons embrayer sur un travail effectif. Nous voulons voir les dirigeants africains tenir leurs promesses et honorer leurs engagements pour l’après 2015. Tout en poursuivant notre travail, nous œuvrerons avec les syndicats à l’élaboration de notre propre programme. Nous voulons également apporter notre concours, en termes de mise en œuvre de ce qui peut être fait car, lorsque l’on pourra veiller au bien-être de la population africaine, on pourra également, dans le cadre de ce processus, prendre soin des travailleurs africains. A ce niveau, il n’est pas possible de faire subir des discriminations aux travailleurs africains. Nous voulons œuvrer avec tous les pays d’Afrique; avec tous les gouvernements; avec l’UA; et, bien entendu, avec les syndicats. En fait, nous voulons élaborer un système qui permettra, une fois le programme pour l’après 2015 adopté, de simplifier les choses pour les travailleurs africains et pour les syndicats. Nous voulons aussi faire appel à des contrôleurs dans leurs pays, qui pourront nous faire des rapports. Nous pourrons alors faire remonter l’information jusqu’à l’UA, l’OIT et les Nations Unies et nous rendre compte des progrès réalisés.
OWEI LAKEMFA: L’Afrique était auparavant un champ de bataille pour des groupes particuliers et des organisations liées par traité dans le monde entier. En 1973, nous avons décidé de conjuguer nos efforts. Il existait alors sur le continent trois centrales syndicales internationales qui ont accepté de se dissoudre et de s’associer pour former une seule organisation unie; ce qui explique notre nom – l’Organisation de l’unité syndicale africaine (OUSA). En fait, notre principale réalisation est justement d’avoir réussi à nous rassembler.
L’une de nos principales réussites est d’avoir obtenu que les travailleurs africains soient unis. Une fois unis, nous pouvons parler d’une seule voix et lancer rapidement des actions où que ce soit. Grâce à l’OUSA, les travailleurs africains ont leur propre identité, comme nos camarades européens ont la leur avec la Confédération européenne des syndicats. L’Afrique a sa propre identité. Nous avons notre indépendance. Nous pouvons décider pour nous-mêmes et nous faire respecter. En outre – et c’est fondamental –, l’OUSA a été en mesure d’associer les travailleurs africains avec l’Union africaine. N’oubliez pas que l’Union Africaine (UA) a été la principale organisation à mettre en œuvre des projets et à tenter d’unir le continent africain, conformément aux rêves de nos pères fondateurs. Ainsi, l’OUSA a été capable de faire entrer les travailleurs africains dans le système de l’UA, où nous sommes représentés à tous les niveaux, y compris aux sommets des Chefs d’Etat. Nous savons donc ce qui se passe sur le continent. Nous sommes présents lorsqu’ont lieu les discussions et pouvons ensuite diffuser l’information. Nous sommes ainsi à même de savoir ce que ressentent les travailleurs africains. C’est l’une des choses que nous avons réussi à faire.Cela, nous l’avons bâti autour de ce que nous appelons le «panafricanisme». Ce terme ne signifie pas que nous ne sommes pas des internationalistes, mais renvoie à ce qui nous a été enseigné par nos pères fondateurs. Je veux parler de ceux qui ont fondé l’Afrique. J’entends par là les Kwame Nkrumah et autres leaders de cette trempe – à savoir être panafricanistes dans notre réflexion et internationalistes dans notre action. Vous trouverez ce genre de personnes dans le monde entier. Elles étaient respectées. Elles faisaient partie de ce que l’on appelait alors le mouvement des «non-alignés». Mais elles étaient panafricanistes et c’est là-dessus que nous prenons appui.
Au cours des 40 dernières années, nous avons mis sur pied – et continuons de le faire – des syndicats africains pour renforcer les capacités et les compétences, en particulier en matière d’éducation et sur les questions d’égalité entre hommes et femmes et de santé. Nous avons actuellement un programme en cours, le PANAF, dans le cadre duquel nous avons, depuis 1986 ou 1987, mené une action éducative auprès d’au moins 15 pays africains. En mars 2013, nous allons démarrer un nouveau programme en Afrique avec dix nouveaux pays, cette fois-ci en collaboration avec nos camarades de la Chine, pour former les travailleurs africains.Lorsque nous avons commencé il y a 40 ans, conformément au Protocole d’accord, le gouvernement du Ghana nous a donné un bureau et un logement pour le Secrétaire général. Nous avons agrandi tout ça et disposons à présent d’un bureau plus grand et mieux adapté, que nous avons construit nous-mêmes, avec l’aide de nos camarades chinois. Nous avons aussi le Kwame Nkrumah Labour College, où nous allons former des dirigeants syndicaux d’Afrique et même certains venus d’autres continents sur divers aspects du syndicalisme. Pour nous, il s’agit là de réalisations essentielles. Mais surtout, nous serons en mesure de rassembler les travailleurs africains pour faire face aux changements et affronter les difficultés. Car, vous le savez, les défis à relever sont partout considérables. Même en dehors de la sphère du travail, des conflits existent. Vous savez, nous avons eu des problèmes en Libye, en Tunisie, en Egypte et nous en avons encore en République démocratique du Congo, en République centrafricaine, etc. Même dans des pays qui sont, pourrait-on dire, dans des situations d’après-conflit – tels que le Liberia ou la Sierra Leone – il faut consolider les choses. Mais nous sommes convaincus que, dès que nous serons unis, les peuples s’uniront eux aussi et la pauvreté sera vaincue.
A présent, concernant nos perspectives pour le mouvement syndical africain, disons qu’il suffit simplement que nous restions fidèles à nous-mêmes et gardions notre indépendance, tant dans notre façon de penser que dans nos actions. Quoi que nous envisagions de faire, il nous faudra avant tout veiller aux intérêts de l’Afrique. Nous ne permettrons à personne de nous dicter notre conduite. Nous allons mettre en œuvre un grand nombre des décisions que nous avons prises lors de notre dernière conférence à Alger en décembre 2012, qui vont dans le sens d’un mouvement syndical international uni. C’est l’une des choses que nous tentons actuellement de faire.
Nous devons aussi réparer certains des dégâts considérables qui ont été faits ces dernières années. A l’OUSA, nous avons toujours préconisé des centrales syndicales par pays; non pas pour nous opposer aux droits démocratiques des peuples de fonder les organisations qu’ils veulent, mais nous savons que, pour ce qui concerne les organisations syndicales et les travailleurs, plus nous serons unis, mieux ce sera. Nous sommes aujourd’hui confrontés à toute une multiplicité de syndicats et de centrales syndicales dans de nombreux pays d’Afrique; où ces dernières ont parfois été multipliées par quatre. Cela n’a pas de sens et c’est justement l’une des choses pour lesquelles nous tentons de mettre en place des programmes d’explication. Nous devons parvenir à unir les syndicats africains et à les fédérer pour qu’ils s’expriment d’une seule voix.
ACTRAV INFO: L’OUSA est l’une des organisations régionales du mouvement syndical africain. Dans le cadre du renforcement de ce mouvement en Afrique, existe-t-il des projets de coopération avec la CSI-Afrique?
Pour nous, tout programme qui aidera les Africains est le bienvenu; et ce, quel qu’en soit l’auteur. Ainsi, par exemple, nous avons eu ce programme pédagogique panafricain pour 15 pays, financé par nos camarades de la Suède et la CSI a également participé à ce programme. Nous travaillons dès lors avec eux à tous les niveaux car nous œuvrons dans le même sens.Par ailleurs, si l’on prend par exemple le cas de l’OIT, nous avons le Conseil d’administration, qui prend des positions qui s’adressent à l’Afrique – et à nos membres. Nous allons devoir travailler ensemble mais nous voulons juste insister sur le fait que cela doit se faire dans l’intérêt de l’Afrique. Aussi, quoi que nous fassions et quelles que soient les entités avec lesquelles nous travaillons – par exemple, notre travail avec la CSI-Afrique –, nous insistons toujours pour que tout soit fait dans l’intérêt de l’Afrique. A partir de là, peu importe avec quelle organisation nous travaillons. C’est pourquoi nous collaborons étroitement avec un certain nombre de pays, comme nous l’avons dit – la Suède, la Norvège, la Chine et nos camarades japonais. Il s’agit de pays qui nous respectent et que nous respectons, et nous sommes heureux de travailler ensemble. Nous collaborerons donc avec quiconque voudra travailler avec nous, du moment qu’il nous respecte et accepte nos principes – qui tournent autour de l’épanouissement du travailleur africain.
ACTRAV INFO: Une des discussions importantes à l’OIT et aux Nations Unies portera sur le programme de développement pour l’après 2015. Au niveau de votre organisation, comment envisagez-vous de mettre en œuvre ce programme pour réduire la pauvreté et le chômage qui touchent les travailleurs africains?
Je ne pense pas que ce soit la priorité. Il ne s’agit pas seulement d’une question de mise en œuvre. Nous voulons être là lors de la conception du programme. Nous voulons prendre part au processus. C’est pourquoi l’OUSA a organisé du 13 au 14 mars 2013 à Addis-Abeba un certain nombre d’ateliers rassemblant des dirigeants syndicaux de 55 pays d’Afrique pour discuter du genre de monde dans lequel nous voulons vivre après 2015. Il ne suffit pas que l’Union africaine ou les Nations Unies aient un programme pour nous. Nous devons mettre en place notre propre programme et le présenter ensuite comme une contribution à ces organismes. Cela fait partie des choses que nous tentons de faire. Ainsi, par exemple, le travail décent nous intéresse et nous voulons l’obtenir. Pour nous, l’emploi est un moyen d’y parvenir. Une fois que vous avez un emploi, vous pouvez satisfaire vos besoins vitaux de base. C’est pourquoi nous œuvrons à promouvoir ce que nous appelons les besoins essentiels, qui sont de longue date au programme de l’OIT, pour permettre de garantir aux gens la satisfaction de leurs besoins fondamentaux. Oui, cette question nous intéresse.
Nous aimerions aussi voir une Afrique en mesure d’accélérer ce processus d’intégration, car nous sentons bien que des échanges commerciaux et une intégration accrus nous aideraient à nous développer. Nous pourrons avoir plus de ressources au niveau du continent; et aussi plus d’emplois. Nous étudions donc également ces questions-là. Nous étudions – l’Afrique a 50 ans cette année si l’on parle de l’UA –, nous nous penchons donc sur ce vieux thème de la renaissance africaine. Dans ce cadre, au niveau de l’OUSA, nous nous rassemblons pour mettre sur pieds nos propres concepts, nos propres idées et notre propre programme, à titre de contributions à l’après 2015. Ce n’est qu’à ce stade, quand nous serons en 2015, que nous pourrons parler de la mise en œuvre qui, bien entendu, est pour nous un élément essentiel. Au-delà des simples déclarations, nous voulons embrayer sur un travail effectif. Nous voulons voir les dirigeants africains tenir leurs promesses et honorer leurs engagements pour l’après 2015. Tout en poursuivant notre travail, nous œuvrerons avec les syndicats à l’élaboration de notre propre programme. Nous voulons également apporter notre concours, en termes de mise en œuvre de ce qui peut être fait car, lorsque l’on pourra veiller au bien-être de la population africaine, on pourra également, dans le cadre de ce processus, prendre soin des travailleurs africains. A ce niveau, il n’est pas possible de faire subir des discriminations aux travailleurs africains. Nous voulons œuvrer avec tous les pays d’Afrique; avec tous les gouvernements; avec l’UA; et, bien entendu, avec les syndicats. En fait, nous voulons élaborer un système qui permettra, une fois le programme pour l’après 2015 adopté, de simplifier les choses pour les travailleurs africains et pour les syndicats. Nous voulons aussi faire appel à des contrôleurs dans leurs pays, qui pourront nous faire des rapports. Nous pourrons alors faire remonter l’information jusqu’à l’UA, l’OIT et les Nations Unies et nous rendre compte des progrès réalisés.