Les parties prenantes clés discutent des moyens de lutter contre le travail forcé et de le rendre moins lucratif

Les profits illégaux tirés du travail forcé ont augmenté de manière significative au cours de la dernière décennie et sont les plus élevés en Europe et en Asie centrale. Une conférence de haut niveau s'est tenue à Bruxelles pour discuter de la marche à suivre.

19 mars 2024

Bruxelles (OIT Infos) - L'OIT a lancé son rapport Profits et pauvreté: La dimension économique du travail forcé, lors d'une conférence de haut niveau à Bruxelles, organisée conjointement par le député européen Bernd Lange, président de la commission du commerce international du Parlement européen, et la sous-directrice générale de l'OIT pour la gouvernance, les droits et le dialogue, Manuela Tomei.

Elle a souligné la nécessité de prendre des mesures pour que le travail forcé devienne une entreprise à haut risque et à faible rentabilité. « 236 milliards de dollars par an. C'est la somme obscène que génère le travail forcé. Ce chiffre est si colossal qu'il rivalise avec le PIB annuel d'États membres entiers de l'Union européenne, comme la Lettonie ou la Croatie », a déclaré Mme Tomei.

Derrière ces chiffres se cachent des personnes piégées dans un cycle d'abus, soumises à diverses formes de coercition qui les empêchent d'échapper à des emplois dans lesquels elles se sont engagées contre leur gré. Plus d'un tiers des victimes subissent une retenue systématique et délibérée de leur salaire, souvent assortie de menaces de licenciement, de violences physiques et sexuelles et d'une privation des besoins essentiels.

Mme Tomei a décrit les différentes façons dont le travail forcé nuit gravement à notre société : les gouvernements perdent des recettes fiscales vitales en raison de la nature illicite de ces profits, et le travail forcé érode les conditions de concurrence pour les entreprises. En outre, le tissu même de l'ordre social est menacé, car les réseaux criminels se renforcent, la corruption s'étend et l'État de droit est sapé.

« Nous devons veiller à ce que les principes et les droits fondamentaux au travail soient respectés partout dans le monde et au sein des chaînes d'approvisionnement nationales et transfrontalières. Nous devons également renforcer les inspections du travail et veiller à ce que les sanctions imposées aux responsables soient dissuasives et proportionnées », a-t-elle conclu.

« Ce n'est qu'ensemble que nous pourrons faire avancer l'éradication du travail forcé », a déclaré Valdis Dombrovskis, vice-président exécutif de la Commission européenne, dans son adresse lors de la conférence. L'UE et l'OIT mettent en œuvre plusieurs initiatives pour lutter contre le travail forcé, comme le projet Commerce au service du travail décent.

Les panélistes Diane Schmitt, coordinatrice de l'UE pour la lutte contre la traite des êtres humains, Renate Hornung-Draus, vice-présidente de l'OIE auprès de l'OIT, et Esther Lynch, secrétaire générale de la CES, ont convenu qu'une action urgente était nécessaire sur le terrain pour lutter contre le travail forcé. Plusieurs participants ont également souligné le besoin de protection et d'accès à un recours efficace pour chaque victime.

Le rapport est cofinancé par le gouvernement français. « Nous devons réfléchir aux moteurs qui se cachent derrière le travail forcé », a déclaré Anousheh Karvar, déléguée du gouvernement français auprès de l'OIT. « Les gouvernements ont aujourd'hui l'immense responsabilité de poursuivre les criminels qui organisent le travail forcé, de les traduire en justice et de veiller à ce que les victimes obtiennent réparation et compensation. Il s'agit de crimes graves, qui devraient être couverts par nos codes pénaux nationaux. »

Les auteurs du rapport soulignent qu'il est urgent de renforcer l'application de la loi pour rendre le travail forcé moins rentable et de mettre en œuvre des mesures de prévention pour s'attaquer à ses causes profondes et réduire les vulnérabilités.

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