L’entrepreneuriat des jeunes au cœur de l'agenda de développement durable de l’Afrique, selon l'OIT
Pour accélérer sa transformation économique et créer des emplois décents, l'Afrique doit promouvoir l'esprit d'entreprise chez les jeunes, a déclaré le Directeur régional de l'OIT pour l'Afrique, Aeneas Chuma, en ouverture de l'Assemblée générale de la Fédération des organisations d’employeurs d’Afrique de l’ouest, à Praia au Cabo Verde.
ABIDJAN/ADDIS ABABA/DAKAR/PRAIA (Nouvelles du BIT) – Avec des millions de jeunes Africains qui ont du mal à trouver un emploi dans l’économie formelle, il est essentiel pour l’Afrique de favoriser l’entrepreneuriat pour mettre leur énergie au service de la transformation économique et du développement industriel du continent, a dit Aeneas Chapinga Chuma, lors de l’Assemblée générale de la Fédération Africaine des organisations d’employeurs d’Afrique de l’ouest (FOPAO).
"Au cours de la prochaine décennie, les principaux débouchés économiques viendront des Africains qui montent des entreprises, créent des emplois et de la richesse, et saisissent les opportunités de croissance", a déclaré le Sous-Directeur général de l'OIT en exhortant "l'Afrique et ses organisations régionales à à définir pour l’ensemble du continent un ambitieux programme de création d’emplois par le biais des petites et moyennes entreprises".
M. Chuma participe, pour la première fois, à cet événement annuel de la FOPAO, présidé par Jean Kacou Diagou, et qui réunit des délégués des organisations des employeurs de quinze pays de la CEDEAO et la Mauritanie (observateur).
Faits et chiffres
Créer des emplois décents pour les jeunes est l’un des défis les plus urgents de l’après-2015 en Afrique.
La moitié de la population de la région a moins de 25 ans.
L’Afrique subsaharienne devrait connaître la plus forte croissance de la population en âge de travailler du monde jusqu’en 2030.
Entre 2015 et 2030, il faudra créer chaque année 5 millions d’emplois rien que pour suivre le rythme de l’augmentation de la main d’œuvre.
L’Agenda 2063 de l’Union africaine – L’Afrique que nous voulons – réaffirme que le chômage, particulièrement celui des jeunes, doit être éliminé de notre continent et que les populations africaines aient pleinement accès à l’éducation, à la formation, aux compétences et aux technologies – à l’emploi et aux opportunités économiques.
"La création d'emplois, d’emplois décents, pour la population en forte croissance de l'Afrique" reste l’un des défis majeurs de notre époque, a réitéré Aeneas Chuma dans son allocution d’ouverture en réaffirmant «qu’à moins que des mesures audacieuses ne soient prises (...), l’explosion démographique des jeunes en Afrique pourrait être une source d’instabilité politique et sociale pour la région et au-delà".
L'Assemblée générale de la FOPAO a consacré sa session ordinaire 2016 à la création d'emplois décents pour les jeunes par le biais d'une croissance inclusive soutenue par le secteur privé et l'amélioration de la compétitivité des économies ouest-africaines.
«Réduire le nombre de jeunes qui ne sont ni en emploi, ni scolarisés ni en formation, est vital pour assurer la paix, une plus grande stabilité sociale et politique et le progrès économique", a souligné le responsable Afrique de l'OIT.
Une culture de l'entrepreneuriat
Afin de promouvoir l'esprit d'entreprise, les participants ont insisté sur le besoin de renforcer la base d’entrepreneurs locaux en mesure d’accéder aux marchés régionaux et mondiaux et de stimuler la croissance de façon durable et inclusive.
Cependant, l’entrepreneuriat est encore peu développé chez les jeunes et les créateurs d’entreprise se heurtent à des difficultés considérables, notamment au manque d’accès à des financements abordables, à des services d’accompagnement et de conseil et à des actions de formation, auquel s’ajoutent des obstacles administratifs.
Selon le Rapport 2013 du Global Entrepreneurship Monitor/Youth Business International (GEM/YBI) sur l'entrepreneuriat chez les jeunes, parmi toutes les régions du monde, la plus forte proportion des jeunes entrepreneurs potentiels se trouve en Afrique sub-saharienne (60%). Toutefois, 32 % de ces jeunes hommes et femmes sont des entrepreneurs poussés par la nécessité, ce qui signifie que l'esprit d'entreprise est perçue comme une stratégie de survie et non pas comme une opportunité pour faire des affaires.
“Introduire l’éducation à l’entrepreneuriat dans l’enseignement scolaire, (…),- fournir des services d’aide à la création d’entreprise aux jeunes non scolarisés (…), et faciliter l’accès des jeunes entrepreneurs aux services financiers”, sont quelques-unes parmi les nombreuses recommandations politiques mis en avant par l’OIT, a précisé M. Chuma.
Ce qui fonctionne pour promouvoir la croissance des entreprises et l’entrepreneuriat, c’est une ouverture à l’économie mondiale, un environnement propice aux entreprises et à l’investissement, des taux d’épargne et d’investissement élevés, une bonne governance, une mobilité de la main d’œuvre et une cohésion sociale avec une stabilité politique, a mis en exergue le Directeur Afrique de l’OIT.
“La promotion d’un dialogue social et d’un tripartisme efficaces renforcera la contribution des mandants à la mise en place des nouveaux cadres de développement durable régionaux et mondiaux », a conclu Aeneas Chuma.
Lors de sa visite officielle, le chef de l'OIT pour l'Afrique, qui est accompagné par François Murangira et Dramane Haidara, directeurs basés respectivement à Dakar (Sénégal) et Abidjan (Côte d' Ivoire), a rencontré le Premier ministre du Cap-Vert, José Maria Neves, ainsi que les mandants tripartites du pays.