Le travail décent et la sécurité alimentaire comme fondements d’une paix durable

Lors de la la Semaine de la Paix à Genève, des experts du Fonds pour la consolidation de la paix des Nations Unies, de l’OIT, de la FAO, d’Interpeace ainsi que des représentants de la société civile soudanaise ont souligné comment le travail décent et la sécurité alimentaire peuvent être de puissants leviers pour prévenir les conflits, renforcer la cohésion sociale et favoriser une paix durable.

22 octobre 2025

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GENÈVE (OIT Infos) — Un panel de haut niveau, réuni à l’occasion de la Semaine de la Paix 2025 à Genève a exploré le rôle du travail décent et de la sécurité alimentaire en tant que moteurs essentiels de la prévention des conflits, de la cohésion sociale et de la paix durable dans les contextes fragiles et post-conflit.

Organisé par l’Organisation internationale du Travail (OIT), la session a rassemblé des représentants du Fonds pour la consolidation de la paix des Nations Unies, de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), d’Interpeace, ainsi que du Conseil danois pour les réfugiés au Soudan. Les échanges ont mis en lumière des approches concrètes visant à créer des moyens de subsistance durables, à soutenir la reconstruction économique et à promouvoir l’inclusion et la résilience.

Prévention des conflits et inclusion sociale

Marcus Lenzen, chef adjoint du Fonds, a déclaré que l’adoption du Pacte pour l'avenir marquait un «tournant» en reconnaissant la prévention des conflits comme un bien public universel.

«La paix ne peut être imposée », a-t-il affirmé. «Elle doit être nationalement appropriée et localement menée. Sans amélioration tangible du bien-être socio-économique des populations, la paix reste insaisissable.»

Lenzen a souligné le rôle croissant du Fonds dans le soutien à des initiatives axées sur la prévention qui combinent moyens de subsistance, résilience climatique et inclusion sociale — souvent en partenariat avec des agences de développement comme l’OIT et la FAO.

Nieves Thomet, conseillère pour le nexus humanitaire–développement–paix à l’OIT, a insisté sur le fait que les emplois décents sont «des symboles de dignité, d’appartenance et de stabilité».

Elle a présenté un programme conjoint OIT–FAO–OIM en Mauritanie, soutenu par le Fonds, qui vise à prévenir les conflits liés au climat en promouvant le dialogue et l’emploi décent.

«La paix ne peut durer que si les communautés dirigent et façonnent elles-mêmes le processus», a-t-elle souligné.

Julius Jackson, chef de l’Unité paix et conflits de la FAO, a mis en avant le lien étroit entre sécurité alimentaire, résilience et paix. «Jusqu’à 80% des personnes dans des contextes fragiles dépendent de l’agriculture», a-t-il rappelé. «Sans moyens de subsistance sûrs, les risques de conflit se multiplient.»

Il a cité des exemples de programmes de la FAO alliant consolidation de la paix et développement des chaînes de valeur agricoles. Dans les camps de Kakuma au Kenya et de Kiryandongo en Ouganda, réfugiés et communautés hôtes cultivent ensemble des cultures à forte valeur ajoutée.

En Somalie, un projet soutenu par le Fonds utilise la cartographie numérique pour aider les jeunes à résoudre les conflits liés à la terre et à l’eau.

Acteurs locaux de la paix au Soudan

Intervenant virtuellement depuis le Darfour, Ismail Younus Mohammed, spécialiste de la consolidation de la paix au Conseil danois pour les réfugiés, et Alrasheed Mohammed Eisa, président du Comité de paix et de réconciliation du Darfour central, ont partagé leurs témoignages directs.

En l’absence de gouvernement formel, les comités de paix locaux ont pris l’initiative de résoudre les différends, de rouvrir les routes et de restaurer les moyens de subsistance dans les zones divisées. «Nous nous concentrons sur l’harmonisation de la vie communautaire afin que les gens puissent continuer à vivre et à travailler malgré la violence», a expliqué Mohammed.

Relance économique inclusive

Les experts se sont accordés sur le fait qu’une paix durable dépend d’une relance économique inclusive. Les partenariats entre les Nations Unies, les gouvernements et les acteurs locaux sont essentiels pour garantir que les moyens de subsistance — en particulier pour les femmes, les jeunes et les personnes déplacées — favorisent la cohésion sociale et la stabilité à long terme.

Federico Negro, spécialiste principal de la coordination et de la réponse aux crises à l’OIT, a conclu: «Les dividendes tangibles de la paix — emplois, nourriture, dignité — sont ce qui transforme la consolidation de la paix d’une aspiration en une réalité vécue.»