Réunions annuelles de la Banque mondiale et du FMI
Le Directeur général de l’OIT appelle à renforcer le travail décent dans un contexte mondial incertain
Dans ses déclarations aux Réunions annuelles de la Banque mondiale et du FMI, Gilbert F. Houngbo a souligné que les institutions du travail décent sont essentielles pour un développement durable et inclusif.
20 octobre 2025
GENÈVE (OIT Infos) – Gilbert F. Houngbo, Directeur général de l’Organisation internationale du Travail (OIT), a exhorté les dirigeants financiers internationaux à placer le travail décent et la justice sociale au cœur de leurs priorités politiques, soulignant que des institutions du travail solides sont indispensables pour faire face à la montée des tensions géopolitiques et aux bouleversements du commerce mondial.
Dans des déclarations écrites présentées aux Réunions annuelles du Groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) à Washington D.C., M. Houngbo a insisté sur le fait que les politiques de travail décent – notamment les systèmes de salaire minimum, la négociation collective et la protection sociale – sont essentielles pour un développement durable et inclusif.
Le Directeur général de l’OIT a relevé que des progrès notables ont été accomplis: les inégalités entre pays ont diminué depuis le début des années 2000 et plus de la moitié de la population mondiale bénéficie désormais d’une forme de protection sociale. Il a toutefois averti que des défis structurels persistants menacent ces acquis.
«Alors que l’incertitude économique mondiale persiste, marquée par des tensions géopolitiques changeantes et des perturbations du commerce, l’importance de bâtir des institutions qui favorisent le travail décent pour toutes et tous n’a jamais été aussi cruciale», a déclaré le Directeur général de l’OIT.
Selon les prévisions de l’OIT, la croissance mondiale de l’emploi ne devrait atteindre que 1,5 pour cent en 2025, avec la création de 53 millions de nouveaux emplois, contre 60 millions précédemment estimés. Environ 84 millions de travailleuses et travailleurs, principalement en Asie et dans le Pacifique, sont exposés à un risque accru en raison des incertitudes commerciales.
L’emploi informel continue par ailleurs de croître plus rapidement que l’emploi formel: 58 pour cent de la main-d’œuvre mondiale restaient en situation d’emploi informel en 2024. «Ces tendances soulignent les difficultés persistantes à transformer la croissance économique en emplois décents et formels», a observé M. Houngbo.
Le Directeur général de l’OIT a également souligné que, même si la production mondiale par travailleur a augmenté de 17,9 pour cent entre 2014 et 2024, la part du revenu du travail a reculé de 53,0 à 52,4 pour cent. «Si cette part était restée au niveau de 2014, le revenu du travail mondial aurait été supérieur d’un trillion de dollars en 2024, et chaque travailleur aurait gagné en moyenne 290 dollars de plus cette année-là.»
M. Houngbo a insisté sur l’importance des systèmes de salaire minimum et des institutions de négociation collective pour lutter contre les bas salaires et les inégalités salariales.
Abordant la question de l’avenir du travail, il a évoqué le potentiel de transformation de l’intelligence artificielle générative, qui pourrait modifier en profondeur les tâches d’un travailleur sur quatre, les femmes étant touchées de manière disproportionnée selon les estimations de l’OIT.
«Que l’adoption de l’IA se traduise finalement par des pertes d’emplois ou par des effets de complémentarité dépendra de la manière dont la technologie est intégrée, des décisions de gestion et – fondamentalement – du rôle du dialogue social entre employeurs et travailleurs dans sa mise en œuvre», a-t-il déclaré.
Dans ses remarques finales, M. Houngbo a appelé à une action politique coordonnée dans le cadre d’un contrat social renouvelé.
«Le véritable enjeu n’est pas une opposition entre objectifs économiques et sociaux, mais la nécessité d’une action concertée permettant de transformer ce dilemme potentiel en synergie dynamique et mutuellement bénéfique.»
Il a souligné qu’un contrat social renouvelé, ancré dans la gouvernance démocratique, le dialogue inclusif et des politiques centrées sur les personnes, constitue le fondement institutionnel et la légitimité politique nécessaires pour maintenir les progrès accomplis.