Juan Somavia affirme le rôle primordial de la protection sociale pour sortir de la crise

Le Directeur général du BIT déclare que les mesures de protection sociale sont essentielles pour lutter contre la crise économique parce qu’elles créent de la demande alors que l’austérité, à l’inverse, prélève un lourd tribut.

10 mai 2012

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GENÈVE (Nouvelles du BIT) – Le Directeur général du BIT, Juan Somavia, a décrit la protection sociale comme un outil «vraiment fondamental» pour agir en faveur de la relance tout en soulignant les «énormes» coûts sociaux et les tensions suscitées par des plans d’austérité adoptés précipitamment.

«La protection sociale comme instrument de réponse à la crise est très utile parce qu’elle accroît effectivement la demande économique, a-t-il déclaré lors d’une réunion à Genève. «Les mesures de protection sociale sont également indispensables pour lutter contre la pauvreté; l’ambition d’un socle de protection sociale est née du constat que 75 à 80 pour cent de la population mondiale ne bénéficient pas de la sécurité sociale», a-t-il ajouté.

M. Somavia a souligné l’impact «multidimensionnel» des mesures de protection sociale, précisant qu’elles «protègent, qu’elles donnent aux gens les moyens d’entrer sur le marché du travail, servent de stabilisateurs économiques, …».

"Sous la pression des marchés financiers, certains gouvernements sont contraints d’adopter des plans d’austérité à la hâte, sans consultation, avec des coûts sociaux colossaux", selon Juan Somavia.


Il a rappelé que la protection sociale pour les plus vulnérables a un impact immédiat sur la vie des gens et sur l’économie – contrairement aux réductions d’impôt qui bénéficient essentiellement aux plus riches et aux plus privilégiés sans créer de demande supplémentaire.

Il a décrit la polarisation grandissante que l’on peut observer dans différents contextes et a appelé à adopter de nouvelles approches politiques et à renforcer le dialogue social afin d’élaborer de nouvelles solutions, plus équilibrées.

«La crise mondiale semble être entrée dans une nouvelle phase. Sous la pression des marchés financiers, certains gouvernements sont contraints d’adopter des plans d’austérité à la hâte, sans consultation, avec des coûts sociaux colossaux», a-t-il déploré. «Nous avons déjà pu en percevoir les conséquences négatives pour les relations professionnelles, avec des grèves, des manifestations de rue, un climat social détérioré et le spectre grandissant de violences sociales.»

«En Europe, les mesures d’austérité – adoptées dans une tentative de briser le cycle insoutenable des déficits budgétaires – font des ravages», a-t-il ajouté.

«Le fossé se creuse entre citoyens et gouvernants. Je crois que les socles de protection sociale seront indispensables pour se rapprocher de modèles de croissance équitables et qui n’excluent personne», a déclaré M. Somavia, tout en faisant remarquer que les pays en développement ayant investi dans la protection sociale sont sortis plus vite de la crise que les autres.

La prochaine Conférence internationale du Travail (CIT)à Genève devrait envisager l’adoption d’une recommandation sur les socles nationaux de protection sociale qui donnerait aux Etats Membres des orientations pour les établir.

M. Somavia a rappelé que l’an dernier les délégués à la CIT avaient trouvé un accord: les politiques en faveur d’un socle de protection sociale «devraient avoir pour but de faciliter l’accès à des biens et services essentiels, de promouvoir une activité économique productive, et être mises en œuvre en étroite coordination avec d’autres politiques renforçant l’employabilité, réduisant l’informalité et la précarité, créant des emplois décents et encourageant l’esprit d’entreprise».

«Si elle est adoptée par notre Conférence, la recommandation sur les socles de protection sociale sera très utile pour traduire ce concept dans la réalité en définissant un cadre commun pour des applications nationales diversifiées», a conclu M. Somavia.

Le Directeur général du BIT s’exprimait lors d’une réunion organisée par l’OIT en partenariat avec l’Association internationale des conseils économiques et sociaux et institutions similaires (AICESIS).

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