Les droits des travailleurs dans la région Asie Pacifique

Helen Kelly: «Dans de nombreux pays, il est risqué d’être un militant syndical»

Les syndicats de la région Asie Pacifique doivent recourir aux mécanismes de contrôle de l’OIT pour exiger le respect de la liberté syndicale et de la négociation collective dans leurs pays. Tel est l’avis d’Helen Kelly, qui préside le Conseil des syndicats de Nouvelle-Zélande (NZCTU). Dans cet entretien, Mme Kelly donne sa position sur la situation des droits des travailleurs à Fidji et au Bangladesh. Elle souligne également la nécessité que la Nouvelle Zélande ratifie plusieurs conventions fondamentales de l’OIT pour respecter les droits des travailleurs.

31 mars 2014

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ACTRAV INFO: Au cours de cette session du Conseil d’administration (mars 2014), une attention particulière a été accordée à la situation syndicale à Fidji et au Bangladesh. A votre avis, quelles sont les principales violations des droits des travailleurs dans la région de l’Asie et du Pacifique?


C’est la région qui présente le nombre le plus faible de ratifications de conventions fondamentales. On compte de nombreuses atteintes aux droits syndicaux et, dans bien des pays, il est tout simplement dangereux d’être un militant syndical. Ce Conseil d’administration a discuté de la détérioration actuelle de la situation à Fidji et il a été fortement recommandé d’obtenir du gouvernement fidjien qu’il accepte la venue d’une mission de contact de l’OIT intervenant à temps pour lui permettre de présenter un rapport à la session du Conseil d’administration de novembre 2014 ou qu’il fasse l’objet d’une commission d’enquête. Nous sommes extrêmement inquiets pour l’avenir des syndicats à Fidji. Ce pays a probablement le mouvement syndical le plus développé du Pacifique Sud mais ses responsables sont victimes de harcèlement et de nombreux droits essentiels du travail sont bafoués. Je crains que ces violations des droits se renforcent encore après les élections à Fidji. Ces élections ne seront ni libres ni impartiales mais il semble qu’un certain nombre de pays de la région ait l’intention de ne pas tenir compte de ces défaillances et d’avaliser le résultat. Le Conseil des syndicats de Nouvelle Zélande (NZCTU) continuera d’offrir sa solidarité aux travailleurs de Fidji et de lutter pour qu’ils obtiennent la protection totale de leur droit de négocier collectivement et de s’organiser. Au Bangladesh également, la situation demeure extrêmement préoccupante et le groupe des travailleurs voudrait que de plus grands efforts soient faits dans le pays pour que les syndicats puissent atteindre un niveau leur permettant au moins d’œuvrer dans l’économie en faveur du travail décent.

ACTRAV INFO: Que peuvent faire les syndicats pour faire cesser ces violations des droits des travailleurs?

Par l’intermédiaire de leurs organisations régionales, les syndicats peuvent apporter leur soutien aux mouvements syndicaux que l’on empêche actuellement de faire campagne et de s’organiser. Ainsi, par exemple, le NZCTU gère un programme d’aide syndicale comportant un certain nombre d’initiatives d’appui au renforcement des capacités syndicales au Myanmar, en Inde et en Thaïlande; et nous envisageons à présent un projet dans le Pacifique. La Confédération syndicale internationale (CSI) augmente actuellement ses ressources en vue du développement du droit d’organisation dans la région et nous sommes partie prenante de cette évolution. Nous pouvons également avoir une action politique dans nos pays pour veiller à ce que les violations des droits de l’homme, notamment l’oppression qui frappe les droits syndicaux dans les pays de notre région, soient portées à la connaissance du public et, le cas échéant, mises en avant par nos gouvernements. Et, bien entendu, nous pouvons aussi recourir aux mécanismes de contrôle de l’OIT pour donner une visibilité internationale à ces questions et utiliser les ressources de l’OIT pour favoriser le respect de ses conventions.

ACTRAV INFO: Pour finir, où en est le processus de ratification par la Nouvelle Zélande des conventions de l’OIT (no 87) sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical et (no 138) sur l’âge minimum?

Aucune avancée n’a été réalisée concernant l’une ou l’autre de ces conventions. Pour la Convention no 87, on a prétexté que le gouvernement ne souscrit pas au droit de grève pour des questions non liées à la négociation collective. Mais, en réalité, le gouvernement fait actuellement adopter une législation du travail qui éloigne encore plus la Nouvelle Zélande de la Convention, notamment en supprimant l’obligation de promouvoir la négociation collective, en rendant effectivement illégale la grève en vue de la conclusion de conventions multipatronales et en imposant des restrictions importantes au droit de grève.

Quant à la Convention sur l'âge minimum (no 138), le gouvernement n’est pas disposé à fixer un âge minimum étant donné que de nombreux enfants font en Nouvelle Zélande des travaux légers pour avoir de l’argent de poche et que nous avons un système d’enseignement obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans. Selon nous, de nombreux enfants travaillent dans le pays pour compléter le revenu familial et l’on rencontre à l’heure actuelle un nombre croissant de cas dans lesquels le travail empiète sur la scolarité d’un enfant ou encore de cas où, pour des raisons de santé et de sécurité, le travail ne convient pas à une personne jeune. Nous aimerions voir ratifier les deux conventions.

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