Travail décent dans le sport
Du rêve au terrain : l’OIT et l’UFPCI façonnent l’avenir des jeunes footballeurs en Côte d’Ivoire
Découvrez comment l’OIT et l’Union des footballeurs professionnels de Côte d’Ivoire (UFPCI) transforment le rêve de jeunes footballeurs en projet de vie
30 juin 2025
Abidjan (Nouvelles de l’OIT) – Agora d’Abobo ! Le 18 juin 2025. Un millier de jeunes footballeurs en crampons, venus de centres de formation, dans une ambiance électrique, mais attentive, sont assis dans les gradins.
L’ancien international ivoirien Zoro Marc prend la parole. Sous les acclamations des jeunes qui attendaient depuis plusieurs heures. Ici, on ne parle pas de technique ou de tactique. Il est question d’avenir, de migration et de travail décent.
« Être footballeur, c’est un métier. Et comme tout métier, il doit respecter des règles : un contrat clair, une couverture sociale sûre, et surtout, une dignité », insiste Zoro Marc, président de l’Union des footballeurs professionnels de Côte d’Ivoire (UFPCI).
Depuis 2022, le Bureau pays de l’OIT à Abidjan, avec la Fondation Didier Drogba et l’UFPCI, mènent une campagne de sensibilisation à la migration régulière et bien préparée dans le milieu du sport. Objectif : faire comprendre aux jeunes que le rêve de devenir professionnel ne doit pas se transformer en cauchemar à cause d’un départ mal préparé.
Un rêve souvent mal orienté
Ncho Joseph Emmanuel, 11 ans, joue milieu de terrain à l’académie Football Excellence, un club formateur d’Abobo. Il avoue :
« Avant, je pensais qu’avoir un visa et un club en Europe, c’était facile. J’ai failli tomber dans le piège d’un faux agent. Cette campagne m’a ouvert les yeux. »
À ses côtés, Bally Grâce Emmanuella, 13 ans. Capitaine de l’équipe féminine du même centre de formation, elle partage son déclic :
« On parle rarement des filles dans ce domaine. Mais nous aussi, on rêve de jouer à l’étranger. Maintenant, je sais qu’il faut un contrat signé, une assurance santé, et que je peux refuser si ce n’est pas clair. »
Des messages forts, un engagement clair
Au cœur de cette campagne, des messages simples mais puissants, ont été diffusés.
Jean Marie Kagabo, Spécialiste des principes et droits fondamentaux au travail, représentant à cette campagne, Ndeye Coumba Diop, Directrice du bureau pays de l’OIT, rappelle : « La migration doit être un choix éclairé, non une obligation ou une fuite. Un travail décent dans le sport commence par un projet migratoire bien préparé. » Puis, M. Kagabo d’interpeler les jeunes en ces termes : « Vous pouvez rêver comme Drogba, partir comme Eto’o… mais à quel prix ?
Jean Marie Kagabo a précisé que le football est une passion. Un langage universel. Un ascenseur social. En pédagogue d’un jour, il révèle : « Pour de nombreux jeunes en Afrique de l’Ouest, le rêve de devenir le prochain Didier Drogba, Samuel Eto’o ou encore Sadio Mané n’est pas une simple ambition, c’est un espoir de vie meilleure. Et nous avons raison d’y croire, car nos talents sont immenses », mais, poursuit-il, « derrière ce rêve, trop souvent, se cachent des chemins risqués, des trajectoires non encadrées, des départs précipités, mal préparés. Et au lieu de fouler les pelouses européennes, certains jeunes se retrouvent sans papiers, sans contrats, dans des pays où ils ne connaissent ni la langue, ni leurs droits. C’est cela que nous voulons prévenir. »
Pour Didier Otokoré, ancien international de football, l’éducation est la base du succès dans le sport. « Continuez votre passion et rêver devenir comme Mbappé, Ronaldo ou Messi. Mais allez à l’école d’abord » a-t-il conseillé, ajoutant que « trop de jeunes partent sans savoir ce qui les attend. Il faut leur dire la vérité : sans éducation, sans préparation, le rêve peut vite devenir un cauchemar. »
L’OIT et l’UFPCI pour un travail décent plus sûr dans le sport
La Côte d’Ivoire a récemment validé une stratégie nationale de migration de main-d’œuvre, preuve de son engagement à mieux encadrer la mobilité professionnelle. L’objectif à terme est clair : structurer un projet durable sur le travail décent dans le sport.
Cette campagne n’est pas qu’un événement. Elle est le début d’un changement de mentalité. Elle enseigne que réussir dans le football, ce n’est pas juste savoir jouer, c’est aussi savoir partir.
Avant de quitter l’Agora d’Abobo, Zoro Marc a lancé cet appel aux jeunes footballeurs et footballeuses : « Écoutez ceux qui ont vécu. Préparez-vous. Et souvenez-vous : votre avenir vaut mieux qu’un billet incertain. »