Deuxième Journée tunisienne de lutte contre le travail des enfants

La Tunisie a célébré, le 11 novembre 2014, sa deuxième «Journée tunisienne de lutte contre le travail des enfants» sous le thème «Le rôle de l’éducation, de la formation professionnelle et de l’apprentissage dans la lutte contre le travail des enfants».

25 novembre 2014

En Tunisie, les statistiques sont peu fiables car les études sur le travail des enfants sont rares malgré les nombreuses institutions gouvernementales impliquées dans ce phénomène, dont entre autres, l’Inspection du travail, les délégués à la protection de l’enfance, les ministères de l’Éducation, de la Formation professionnelle et de l’emploi. C’est ce qui a amené le ministère des Affaires sociales et le Programme international pour l’abolition du travail des enfants (IPEC) du Bureau international du Travail (BIT) à célébrer, le 11 novembre 2014, cette deuxième «Journée tunisienne de lutte contre le travail des enfants» dans le but de mettre en lumière le fléau que représente le travail des enfants et de servir de catalyseur au mouvement mondial de lutte contre le travail des enfants.

Ce fléau menace des centaines d’enfants chaque année en Tunisie, alors le gouvernement a décidé de réagir. Début mai 2014, le ministère des Affaires sociales a organisé, en partenariat avec l’IPEC, un atelier portant sur le «Plan d’action national (PAN) de lutte contre le travail des enfants» en Tunisie. Le PAN vise, à long terme, à éliminer le travail des enfants de moins de 16 ans et à protéger les enfants âgés entre 16 et 18 ans qui travaillent. Les experts misent aussi sur les ministères concernés qui devront à l’avenir orienter leurs efforts vers des objectifs clairs et cordonnés en plus d’inscrire la lutte contre ce phénomène dans leurs différents programmes et stratégies.
M. Chokri Ouali, Directeur de contrôle de la législation du travail et point focal du PAN, a précisé qu’un nombre d’enfants âgés de moins 16 ans travaillaient dans le secteur non structuré de la Tunisie, et que certains d’entre eux sont totalement déscolarisés. Le travail des enfants s’explique par des conditions sociales difficiles et par des inégalités de chances d’accès et de réussite scolaire, qui sont généralement justifiées par les différences dans les origines sociales des individus.

Le travail des enfants dans le travail domestique: une obligation plutôt qu’un choix

Lors de l’atelier du mois de mai dernier, le BIT-IPEC a présenté une étude sur le travail des enfants dans le travail domestique menée dans les gouvernorats de Jendouba et Bizerte, régions où ce fléau est relativement développé. L’étude a permis de comprendre à travers une approche qualitative toutes les dimensions du travail des enfants. «Les résultats de l’enquête, souligne Moez Elj, consultant chercheur de cette étude, ont clairement mis en évidence la gravité de ce phénomène. L’enquête a montré que le travail des enfants en tant que domestique relève davantage de l’obligation que d’un choix, qu’il n’améliore pas sensiblement la situation de l’enfant et de sa famille et qu’au-delà des raisons financières, dans certaines régions de l’enquête, le travail des enfants s’est inscrit dans une certaine coutume ou habitude sans aucun respect des droits élémentaires de l’enfant. Les entretiens menés auprès des différents acteurs institutionnels concernés par le phénomène du travail des enfants domestiques ont mis en évidence l’absence de coordination institutionnelle efficace permettant de lutter contre ce phénomène en Tunisie. Le décrochage scolaire constitue un point clé dans cette problématique puisqu’il constitue le facteur déclencheur à même de faire basculer l’enfant dans le monde du travail et de l’exploitation». Cette étude sera publiée prochainement.

Le droit à l’éducation

Mme Laurence Dubois, de l’OIT-IPEC a déclaré: «Notre organisation et son programme IPEC font de la lutte contre le travail des enfants, un élément crucial pour atteindre l’éducation pour tous. Nous sommes conscients que l’effort international entrepris en faveur de la généralisation de l’éducation et l’élimination progressive du travail des enfants sont étroitement liés. D’une part, un enseignement de qualité est primordial pour prévenir le travail des enfants et favoriser la mise en place d’un cadre protecteur pour tous les enfants, d’autre part, le travail des enfants est l’un des principaux obstacles à la scolarisation à temps plein et même lorsque les enfants ne travaillent qu’à temps partiel, ils ne peuvent tirer pleinement profit du temps passé à l’école. Il ne faut pas oublier que la plupart des enfants non scolarisés sont des enfants qui travaillent.»
En Tunisie depuis une année, d’importantes actions ont été entreprises qui ont abouti à la création du comité du pilotage, à la tenue de quatre concertations régionales et à la nomination de points focaux de lutte contre le travail des enfants. Le Plan d’action national de lutte contre le travail des enfants est lui en cours de préparation.


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Le Ministre des Affaires sociales, les partenaires sociaux et tous les participants brandissant, pour la première fois, tous ensemble le carton rouge au travail des enfants. Journée tunisienne contre le travail des enfants, Tunis, 11 novembre 2014.


Adaptation de l’article de Kamel Bouaouina, paru le 13 novembre 2014 au quotidien Le Temps, Tunis. http://www.letemps.com.tn/article/87547/le-pire-des-crimes-organisés