Comment garantir un travail décent et la qualité de l'emploi pour les travailleurs essentiels?
Alors que les travailleurs essentiels génèrent des bénéfices considérables et ont maintenu nos sociétés et nos économies à flot durant la pandémie du COVID-19, ils ne bénéficient toujours pas de conditions de travail décentes. Un événement organisé conjointement par Eurofound et l'OIT s'est penché sur cette problématique.
BRUXELLES (OIT Infos) - Pendant la pandémie de COVID-19, les travailleurs essentiels - tels que les travailleurs des transports, du système alimentaire et de la santé - ont maintenu nos sociétés et nos économies à flot. Or, les bénéfices considérables que les travailleurs clés génèrent sont supérieurs à la compensation économique et à la reconnaissance sociale qu'ils reçoivent, selon le rapport de l’OIT Emploi et questions sociales dans le monde - La valeur du travail essentiel. Pour mettre en lumière cette question, Eurofound et l'OIT ont organisé conjointement un événement.
L'OIT et Eurofound ont constaté que les travailleurs essentiels manquent de justice sociale et de conditions de travail décentes. Ces derniers ont souffert d'un taux de mortalité plus élevé que les autres travailleurs pendant la pandémie et continuent de faire face à plusieurs difficultés, notamment des horaires de travail longs et irréguliers, une dépendance excessive à l'égard de contrats temporaires ainsi qu'un manque de protection sociale, tels que les congés de maladie rémunérés. Les employés clés gagnent en moyenne 26 % de moins que les autres employés, dont 17 % seulement s'expliquent par la formation et l'expérience, la part restante demeure inexpliquée.
Dans son discours d'ouverture, Nicolas Schmit, Commissaire européen chargé de l'emploi et des droits sociaux, a souligné le rôle essentiel que jouent les travailleurs essentiels. « Sans eux, nos sociétés ne peuvent fonctionner. Pourtant, la plupart des travailleurs clés sont rémunérés au niveau du salaire minimum ou reçoivent un faible salaire. Il y a aussi un manque de reconnaissance sociale pour les travailleurs fournissant des biens et services essentiels. Il s'agit là d'une contradiction fondamentale dans nos sociétés », a-t-il déclaré.
Depuis la pandémie, les pénuries de personnel ont touché de nombreuses professions clés, telles que les chauffeurs routiers et le personnel infirmier. L'évolution démographique de l'UE va accroître la demande de services de santé et sociaux. La population de l'UE en âge de travailler devrait diminuer après 2026 (de 57,4 millions jusqu'en 2100), tandis que la population âgée de 65 ans et plus continuera d'augmenter. « Pour remédier aux pénuries de main-d'œuvre dans les secteurs essentiels de l'UE, nous devons organiser la migration légale de la main-d'œuvre, et la Commission européenne travaille sur cette question », a-t-il ajouté.
La question de la pénurie de compétences restera un problème. "Nous devons répondre aux changements de nos sociétés en promouvant un état d'esprit de requalification et de relèvement du niveau des compétences, et en veillant à ce que les travailleurs essentiels soient dotés des compétences adéquates", a déclaré le commissaire.
Alícia Homs Ginel, Vice-Présidente de la commission de l'emploi et des affaires sociales du Parlement européen, a rappelé la résolution adoptée par le Parlement relative à la pleine mise en œuvre du socle européen des droits sociaux, en particulier les principes relatifs aux salaires équitables et au droit à la négociation collective. "La viabilité du modèle social européen est en jeu", a-t-elle déclaré.
Un panel de partenaires sociaux composé de représentants de l'HOSPEEM, de la FSESP, de la FENI et d'UNI Global Union a indiqué que les conditions de travail dans plusieurs secteurs, y compris les secteurs des soins et du nettoyage, ne se sont pas améliorées depuis la pandémie. Le panel a convenu qu’un dialogue social fort et des négociations collectives sont nécessaires pour garantir que les travailleurs essentiels puissent négocier de meilleures conditions de travail.