Carrières de Minya : Informer pour mieux protéger les travailleurs
En Egypte, des milliers de travailleurs vivent dans des conditions extrêmes dans les carrières de pierre. Le Bureau des activités pour les travailleurs de l’OIT (BIT-ACTRAV) vient d’apporter un appui technique pour informer et sensibiliser les travailleurs des carrières de Minya sur les enjeux liés à la santé et sécurité au travail dans les carrières.
MINYA (EGYPTE) - Chaque jour, ce sont près de huit mille ouvriers qui travaillent dans des conditions extrêmes dans les carrières de Minya, une région de haute Egypte située à 300 km au sud du Caire.
Avec des moyens rudimentaires et privés de toute couverture sociale, ces travailleurs de l’économie informelle sont exposés aux maladies professionnelles et les accidents de travail sont fréquents.
En Egypte, près de 80% des carrières ne sont pas légalement autorisées et seulement 10% des ouvriers dans ce secteur bénéficient des assurances sociales. A Minya, l’extraction des pierres est l’activité principale dans ces montagnes situées à 20 kilomètres de la ville. Les vieilles machines mal entretenues et utilisées sans précaution constituent de véritables dangers pour les ouvriers. Selon les témoignages, plusieurs accidents ont été signalés dont deux mortels. La santé des travailleurs est également mise à rude épreuve par la poussière qui provoque des maladies graves au niveau des poumons et des yeux. Avec ces risques multiples, l’espérance de vie des travailleurs ne dépasse pas 45 ans dans ces carrières à ciel ouvert.
Une caisse de solidarité et de compensation pour les travailleurs
Après les évènements de Janvier 2011 en Egypte, un syndicat indépendant regroupant la majorité des travailleurs de ces carrières a été créé en 2012 (syndicat autonome des travailleurs des carrières de Minya). Grâce à ce syndicat, une caisse de solidarité et de compensation pour les ouvriers victimes d’accident de travail et les familles des victimes qui ont péri à cause de ces accidents ; a été mise en place. Cette caisse qui est financée conjointement par les travailleurs et les autorités régionales, est une réponse face au déficit de couverture sociale pour les travailleurs de ce secteur.
Avec l’appui du Congrès du Travail Démocratique Egyptien (EDLC), le syndicat autonome des travailleurs des carrières de Minya va négocier prochainement avec les autorités locales pour soutenir cette caisse de solidarité et de compensation.
Appui technique de l’OIT
Après une visite technique dans ces carrières, une formation a été organisée par le Bureau des activités pour les travailleurs (BIT-ACTRAV), avec l’appui du Bureau de l’OIT au Caire.
Trente syndicalistes des mines de Minya ont bénéficié de cette formation sur la sécurité et santé au travail et la couverture sociale pour les travailleurs des carrières. Ces syndicalistes ont échangé leurs expériences sur les thèmes liés aux enjeux de l’économie informelle en Egypte, les mesures de sécurité et de santé pour les travailleurs des carrières et la couverture sociale pour cette catégorie de travailleurs.
A l’issue de cette formation, les syndicalistes ont soumis des recommandations, notamment :
La modernisation des machines et de tout le matériel utilisé dans l’extraction et le découpage des pierres afin de réduire les risques d’accident du travail et améliorer la productivité ;
La formation des travailleurs sur la prévention d’accidents et de maladies professionnelles et les méthodes de secours et de sécurité en cas de catastrophes ; et
Une meilleure couverture sociale pour les travailleurs des carrières.
Vers la création d’une fédération des travailleurs des carrières
Les travailleurs des carrières de Minya envisagent de renforcer leur syndicat et de créer avec les travailleurs des autres régions, une Fédération des carrières à l’échelle du pays pour constituer une force de négociations et de propositions capable d’être un interlocuteur représentatif et crédible face aux employeurs.
« Le BIT soutient le syndicat des travailleurs des carrières de Minya et l’accompagnera dans ses démarches pour créer une Fédération représentative à l’échelle nationale pour renforcer le tripartisme et le dialogue social dans le pays », a déclaré Mohamed Trabelsi, Spécialiste principal en matière d’activités des travailleurs (BIT-ACTRAV). « Nous soutenons les revendications de ces travailleurs pour sortir de cette économie informelle dans les carrières. Pour cela, ces travailleurs doivent bénéficier de conditions de travail décentes ainsi que d’une couverture sociale dans le cadre de la santé et de la sécurité au travail », a ajouté M. Trabelsi.
A noter que face aux enjeux de la santé et sécurité au travail dans l’économie informelle en Egypte, d’autres formations sont prévues pour les travailleurs domestiques et les travailleurs du secteur agricole.