Syndicats et travail domestique

Angela M.* revendique un travail décent pour les travailleurs domestiques

Abidjan (Nouvelles de l’OIT) – Faire la cuisine, laver le linge, accompagner les enfants à l’école, en prendre soin, les tâches sont nombreuses. Les travailleuses domestiques n’arrêtent pas un seul moment. Elles sont les premières à se lever et les dernières à se coucher. Pourtant beaucoup d’entre elles n’ont pas de contrat de travail ni de repos et sont payées dans la plupart des cas, en dessous du Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG).

18 août 2021

Pour mieux comprendre l’univers des travailleuses domestiques, nous avons rencontré Angela M.*, appelons-la ainsi, dans le cadre d’une campagne de sensibilisation du Comité Intersyndical pour la Transition vers l’Economie Formelle en Côte d’Ivoire (CITEF-CI) sur la Convention (n°189) de l’OIT.

La Convention (n° 189) de l’Organisation internationale du Travail (OIT) étend les droits fondamentaux du travail aux travailleurs domestiques dans le monde entier. Elle reconnaît le travail domestique en tant que travail comme les autres, avec des droits, y compris celui à l’organisation collective pour se faire représenter dans les instances de dialogue social et de négociation.

Agée de 35 ans, mère d’un enfant, Angela M. travaille dans un quartier au Nord d’Abidjan. Cheveux coupés, taille fine, démarche d’athlète, elle exerce ce métier depuis six ans. Elle nous raconte son quotidien.
Une travailleuse domestique fait la vaisselle. © ILO Photo
OIT : En quoi consiste votre travail ?

Angela M
: Je dirai que je fais un peu de tout. Je fais le ménage, la cuisine, je m’occupe des enfants, je les accompagne à l’école et bien d’autres tâches encore.

OIT : Racontez-nous votre journée. A quelle heure vous vous réveillez, et à quelle heure vous vous couchez ? Votre quotidien ressemble à quoi?


A.M : Les journées ne se ressemblent pas. Par exemple pendant l’année scolaire, je me réveille à 5h30. Je commence par balayer toute la maison, nettoyer les meubles, faire le petit déjeuner, et accompagner les enfants à l’école.

A mon retour, je commence le repas de midi au cas où les enfants viennent manger, sinon je prépare le diner. A la fin des cours le soir, je vais les chercher. Ensuite je les lave et je mets la table. Après, je fais la vaisselle. J’attends toujours que tout le monde soit au lit avant d’aller me coucher. La plupart du temps, je ne dors pas avant 23 heures. Voilà ma journée.

OIT: D’où vous est venue l’idée d’embrasser la profession de travailleuse domestique ?

A.M : (Sourire) ! C’est une question difficile.

OIT: Une question difficile ! Pourquoi ?

A.M : Je vivais avec mes parents dans une ville de l’intérieur de la Côte d’Ivoire. Mon père qui était fonctionnaire est décédé en 2010. C’est là que mes problèmes ont commencés. J’ai décidé de changer d’air en venant à Abidjan.

Une dame que je connaissais m’a recommandée à une amie qui cherchait quelqu’un pour l’aider dans son commerce de tomates. C’est ainsi que je suis arrivée à Abidjan le 1er mars 2016. Mais quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’au lieu de vendre des tomates, elle me demande de servir comme femme de ménage. N’ayant pas de choix, car je ne connaissais personne à Abidjan, j’ai accepté ce travail malgré moi.


Deux mois plus tard, dans l’impossibilité de me payer les trente mille francs CFA qu’elle me devait, elle me chasse de chez elle.

Par le biais de la coordonnatrice des travailleuses domestiques que j’ai écouté un soir à la radio parler de cette catégorie de travailleurs, j’ai eu un premier boulot, puis un deuxième et un troisième où je suis aujourd’hui depuis trois ans et demi.

OIT : Quel était votre rêve quand vous étiez enfant ?


A.M : (Soudain, son visage devient triste) Je n’ai jamais rêvé car l’environnement dans lequel je vivais ne me donnait pas la chance de rêver. De l’enfance jusqu’à l’adolescence, la vie ne m’a jamais fait de cadeau.

OIT : A tout moment vous avez eu à affronter la vie ?


A.M : Oui, oui, oui j’ai affronté vraiment la vie avec tous ses problèmes. J’ai arrêté les études en classe du cours moyen deuxième année (CM2).

OIT : Vous regrettez cela !


A.M : Oui, oui, un échec pour moi.

OIT: Mais aujourd’hui, le travail de domestique que vous exercez, vous rend-t-il heureuse ?


A.M : Non, non, je ne suis pas épanouie même si j’aime ce travail. Je ne suis pas heureuse.

OIT: Quelles sont vos difficultés au quotidien ?


A.M : J’ai 35 ans révolus. A cet âge, je touche un salaire mensuel qui oscille entre 30 et 40.000 francs CFA. Cela ne me permet pas de me prendre en charge. Mais je suis obligée de faire ce travail pour ne pas me donner au premier venu !

OIT: Ce salaire dont vous parlez, vous est-il régulièrement versé ?


A.M : Dieu merci, oui, il est régulièrement versé.

OIT: Avez-vous un
contrat de travail ?

A.M : Non, non.

OIT: Et les congés, vous en avez ?


A.M : Je n’en ai pas !

OIT : Qu’est ce qui fait votre fierté en tant que travailleuse domestique ?


A.M : Ma seule fierté, c’est le fait que je ne tends pas la main pour quémander. Je m’organise avec le peu que je gagne.

OIT : Savez-vous que les travailleuses domestiques ont des droits ?


A.M : Oui. J’ai entendu parler de la Convention (n°189) qui parle des droits des travailleurs domestiques en général.

OIT : Qu’avez-vous retenu de cette Convention (n° 189) ?


A.M : J’ai retenu que les travailleurs domestiques ont droit au repos et à des congés. La femme enceinte a droit à des congés de maternité. On a également droit à la protection sociale et à la retraite. Cette convention oblige les employeurs à respecter le SMIG.

OIT: Vous, vous n’êtes pas payée au SMIG ?


A.M : Non, non.

OIT : Au terme de cet entretien, quel est votre message aux employeurs pour qu’ils respectent les clauses de la
Convention (n° 189) qui vous protègent ?

A.M : Mon message de cœur est celui-ci. Le travail domestique est un travail comme tout autre travail. J’exhorte les patrons à nous respecter et à nous payer au SMIG. Ils doivent tous, respecter la Convention (n° 189).

* Le nom et d'autres détails dans cet article ont été modifiés pour protéger l'identité du sujet.