Coopération technique en Afrique

12 août 2012

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L’Afrique est un continent qui compte aujourd’hui 54 pays classés dans la catégorie des pays en développement. Le continent est potentiellement riche, car son sous-sol renferme des matières premières dont l’industrie a besoin, y compris du pétrole dans plusieurs pays de la région. Les ressources de l’Afrique ne sont pas pleinement exploitées et parfois, lorsqu’elles le sont, les richesses créées ne sont pas équitablement réparties au profit des populations, ce qui explique sans doute le retard de l’Afrique par rapport aux autres régions du monde. Cette situation justifie le fait que des systèmes de protection sociale soient largement mis en place et renforcés en vue d’instaurer une justice sociale distributive à même de générer un progrès économique et social durable pour tous.

Dans un contexte marqué par la persistance des incertitudes quant aux perspectives de l'économie mondiale et par l'agitation politique résultant du printemps arabe, le taux de croissance du PIB en Afrique a légèrement diminué à 3,4 pour cent en 2011, contre 5,0 pour cent en 2010 et atteint un niveau inférieur au taux de croissance moyen tendanciel de 5,4 pour cent inscrit sur la période 2005-2010. La dynamique et les facteurs de croissance en 2011 ont été variables selon les sous-régions du continent et entre les pays d’une même sous-région. La croissance globale du continent a été favorisée en 2011 par une croissance soutenue de 5,1 pour cent en Afrique subsaharienne. Les sous-régions d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique de l’Est en particulier ont bénéficié de la hausse des cours des matières premières durant la première moitié de 2011, ce qui leur a permis d’afficher une croissance vigoureuse. Celle-ci s’appuie largement sur les performances de pays tels que le Ghana (13,7 pour cent), l’Ethiopie (10,7 pour cent) et l’Érythrée (8,2 pour cent). Les pays exportateurs de pétrole, tels que le Ghana, le Nigéria et l’Angola, ont tiré profit des cours élevés du pétrole qui ont stimulé l’activité économique, directement et indirectement, assurant des marges de manœuvre fiscales et permettant de couvrir des dépenses budgétaires additionnelles. Ailleurs sur le continent, la fragilité de la reprise de l’économie mondiale a pesé sur les exportations et la croissance, notamment dans les pays relativement plus intégrés aux flux internationaux. L'Afrique du Sud, principale économie de la sous-région d’Afrique australe, a été particulièrement touchée par le ralentissement de l'activité à l’échelle mondiale. La croissance du PIB en volume en 2011 y est demeurée assez régulière, mais à un taux de 3,1 pour cent marginalement plus élevé que l’accroissement de 2,9 pour cent enregistré en 2010.

Dans l’ensemble, les estimations tablent sur le maintien des déficits budgétaires à des niveaux élevés dans beaucoup de pays africains en 2011, en dépit d’une croissance économique assez robuste. A la lumière d’une série d’indicateurs standards, la situation macroéconomique en Afrique pendant l’année 2011 témoigne néanmoins d’une certaine amélioration par rapport à 2010, année où la crise économique et financière mondiale anui aux marchés financiers et a altéré le commerce international. Au total, le bilan pour 2011 pour l’Afrique dans son ensemble est globalement favorable. Néanmoins, la pauvreté persiste et nombre de pays de la région ne seront pas en mesure d’atteindre le premier objectif du Millénaire pour le développement (OMD), soit réduire de moitié l’extrême pauvreté d’ici à 2015.

L’Afrique fait face à des défis de taille: la faiblesse des secteurs public et privé structurés dont les économies ne génèrent pas assez d’emplois, la taille conséquente de l’économie informelle urbaine, le manque de modernisation du secteur rural ainsi que le déficit des systèmes de protection sociale qui couvrent moins de dix pour cent de la population dans les pays du sud du Sahara. Dans le cas des retraites, selon les dernières données disponibles, seulement 10 pour cent de la population d’âge actif en Afrique cotise à un système de pension de retraite (voir graphique 1). Cette proportion est de moins de 6 pour cent en moyenne dans les pays d’Afrique subsaharienne et de près de 30 pour cent dans les pays d’Afrique du Nord. Les politiques nationales de protection sociale à promouvoir devront être en harmonie avec les politiques économiques susceptibles de générer de la croissance et des richesses.
L’Afrique comptait une population active de plus de 392 millions d’hommes et de femmes en 2011 , soit 11,9 pour cent de la main-d’œuvre totale mondiale. L’agriculture et les activités rurales non agricoles prédominent toujours dans la plupart des économies d’Afrique. L’économie informelle représente un pourcentage significatif de l’activité économique en Afrique, tant dans les campagnes que dans les zones urbaines. Il est donc nécessaire de concevoir des systèmes de protection sociale innovants et adaptés aux différentes caractéristiques de l’économie informelle.

La recommandation de l’OIT (n° 202) sur les Socles nationaux de protection sociale est une référence et une source d’inspiration pour la mise en place de systèmes de protection sociale à même de répondre aux besoins des populations.

La protection sociale est appelée à jouer un rôle essentiel en Afrique pour réduire la pauvreté en assurant le service des prestations prescrites par ces quatre garanties de base.

Le BIT accompagne les pays africains depuis les années 1960 dans le cadre de la coopération technique pour aider les pays qui l’ont demandé à mettre en place des régimes de sécurité sociale. Dans les décennies qui ont suivi l’indépendance de ces pays, le BIT a appuyé la modernisation des systèmes de sécurité sociale alors fonctionnels. Il continue à les appuyer pour renforcer leur système de gouvernance. La question qui se pose aujourd’hui avec urgence est celle de l’extension de la couverture de la protection sociale à la majorité des populations qui œuvrent dans l’économie informelle. Depuis maintenant plus d’une décennie, le BIT a proposé aux pays africains et à d’autres pays en développement des systèmes innovants d’extension de la protection sociale, notamment le système de protection de la santé par les mutuelles de santé et les systèmes de prestations en espèces, sous diverses formes, pour faciliter l’accès au revenu.

Le principal défi à relever pour la protection sociale en Afrique consiste à l’étendre de manière à ce que tous aient accès aux soins de santé et jouissent à tout le moins d’une sécurité élémentaire de revenu.

C’est seulement ainsi qu’il sera possible de faire du droit à la sécurité sociale, tel qu’il est énoncé à l’article 22 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, une réalité sur le continent africain.
Comme corollaire aux politiques économiques et aux politiques d’emploi, la protection sociale est un instrument puissant au service de la réduction de la pauvreté et de l’amélioration de la vie de chacun. Il est largement accepté que la protection sociale publique offre des mécanismes permettant d’aider les plus vulnérables à faire face aux risques de la vie.

L’accès aux soins de santé est l’un des défis les plus urgents à relever en matière de protection sociale en Afrique (voir graphique «couverture de la santé»). Bien des gens font face à des difficultés considérables pour accéder aux services de santé à cause de restrictions financières. Les études du BIT ont montré que les dépenses de santé sont l’un des principaux risques liés à la pauvreté pour les individus et leurs familles. La prise en charge directe des soins médicaux peut plonger des familles dans la pauvreté pendant des années en les forçant à épuiser leurs économies, à vendre leurs avoirs de production et à s’endetter à long terme. Les mécanismes d’assurance-maladie jouent donc un rôle vital en matière d’accès aux services de soins de santé, de protection contre la pauvreté et la vulnérabilité, de préservation ou de récupération des capacités de production.

Les régimes de sécurité sociale existants ne suffisent pas à relever le défi de l’extension de la couverture à la majorité de la population. Ces régimes, souvent établis dans les années soixante, visaient à couvrir les secteurs public et privé formels, et non l’économie informelle. En outre, l’environnement politique, économique et administratif dans lequel ces régimes ont été élaborés a eu des conséquences sur leur efficacité, leur efficience et leur gouvernance qui n’ont pas encore été éliminées. Il est donc nécessaire de poursuivre les réformes tendant à adapter les institutions de sécurité sociale aux enjeux actuels. Les problèmes de gouvernance et d’administration existant dans certains régimes de sécurité sociale sapent la confiance et l’appui du public en faveur de la sécurité sociale. La couverture des populations cibles est souvent étroite, laissant les plus vulnérables, particulièrement ceux des régions rurales, sans aucune forme de protection sociale.

La politique du BIT est de promouvoir une vision à long terme, assortie d’une stratégie et d’une planification des ressources dans le cadre d’une politique nationale de protection sociale.