Vers une réforme de l’apprentissage professionnel en Guinée : un atelier tripartite trace la voie
La Guinée fait un pas décisif dans la refonte de son système de formation par apprentissage. Du 4 au 7 février 2025, un atelier tripartite de consultation a réuni les pouvoirs publics, les partenaires sociaux (patronat et syndicats), la société civile, ainsi que d’autres acteurs à Conakry. L’objectif était de définir une stratégie nationale d’apprentissage professionnel de qualité, en ligne avec les principes du travail décent et de la justice sociale, afin de répondre aux défis économiques et sociaux du pays.
17 février 2025
Vers une réforme de l’apprentissage professionnel en Guinée : un atelier tripartite trace la voie
L’apprentissage professionnel : un pilier du travail décent
L’apprentissage professionnel est depuis toujours l’un des moyens les plus efficaces pour transmettre des compétences, permettant aux jeunes générations de s’intégrer dans le monde du travail de manière durable. Depuis plusieurs décennies, l’Organisation Internationale du Travail (OIT) soutient la mise en place d’apprentissages de qualité, considérés comme un levier essentiel pour garantir un travail décent, réduire les pénuries de compétences, et favoriser une croissance économique inclusive. L'OIT promeut des systèmes d'apprentissage qui sont non seulement adaptés aux besoins du marché du travail, mais qui respectent aussi les principes de justice sociale, en offrant des chances égales à tous, et particulièrement aux jeunes et aux populations vulnérables.
En juin 2023, la Conférence Internationale du Travail a adopté la recommandation n° 208 sur les apprentissages de qualité, qui souligne l’importance de mettre en place un cadre réglementaire et contractuel assurant des apprentissages justes, de qualité, et inclusifs. Cette recommandation vise à protéger les droits des apprentis, promouvoir l’égalité des sexes, et assurer que les apprentis bénéficient de conditions de travail respectueuses de leurs droits, conformément aux normes internationales du travail.
Un contexte favorable, avec des défis de taille
La Guinée, riche en ressources naturelles et dotée d’un secteur artisanal dynamique, fait face à des défis considérables en matière de formation professionnelle. Avec plus de 77 % de sa population âgée de moins de 35 ans, il devient impératif de mettre en place un système de formation professionnelle qui soit de qualité, inclusif, et adapté aux besoins du marché. Cette démarche s’inscrit pleinement dans l’objectif de l’OIT de promouvoir un travail décent, notamment à travers la formation des jeunes aux compétences demandées par les secteurs économiques clés.
L’économie informelle, représentant une part significative de l’économie nationale, est marquée par un faible niveau de qualification et un encadrement souvent insuffisant. L’apprentissage traditionnel, bien qu’il joue un rôle central, nécessite une modernisation pour répondre aux exigences actuelles et améliorer l’accès à un travail décent pour les jeunes, en particulier ceux issus des zones rurales et des communautés marginalisées.
Un atelier pour consolider la stratégie d’apprentissage
L'atelier a été organisé par le ministère de l’Enseignement Technique, de la Formation Professionnelle et de l’Emploi (METFPE), avec l’appui technique de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Il a réuni 42 participants issus des secteurs gouvernementaux, des syndicats, du patronat, de la société civile, et de partenaires internationaux. Ces acteurs ont collaboré pour élaborer une stratégie nationale d’apprentissage professionnel de qualité, alignée sur les objectifs de l’OIT, notamment en matière de travail décent et de justice sociale.
Les discussions ont porté sur des thèmes essentiels à la réforme du système d’apprentissage, tels que :
- Le cadre légal et réglementaire de l’apprentissage professionnel, dans le respect des normes internationales du travail.
- Le financement de l’apprentissage, en favorisant les partenariats avec le secteur privé et en s’assurant de la durabilité des programmes.
- L’adéquation entre les formations et les besoins réels du marché du travail, en garantissant une offre de formation pertinente et de qualité.
- L’inclusivité et la diversité dans l’accès à la formation professionnelle, afin de garantir que les jeunes de tous horizons puissent bénéficier d’opportunités égales.
Des recommandations pour un système performant et inclusif
À l’issue de l’atelier, plusieurs recommandations ont été formulées :
- Impliquer tous les acteurs concernés dans la mise en œuvre de la stratégie pour garantir son efficacité et son impact.
- Promouvoir l’apprentissage de qualité et par alternance, une forme de formation plus inclusive et plus en phase avec les réalités économiques et sociales, afin d’assurer un accès à des compétences pertinentes et pérennes.
- Valoriser l’apprentissage traditionnel, particulièrement dans le secteur artisanal, et transformer ce système en un modèle de formation de qualité, respectueux des normes internationales du travail.
- Réformer le cadre juridique et la gouvernance de l’apprentissage pour favoriser la création de contrats d’apprentissage justes et équilibrés.
- Adapter les curricula aux besoins réels du marché, tout en favorisant des formations qui se déroulent tant en milieu de travail qu’à l’extérieur.
- Renforcer la formation des maîtres d’apprentissage pour garantir que l’encadrement des apprentis soit conforme aux normes de qualité et de sécurité.
- Promouvoir l’apprentissage numérique et à distance, afin de rendre la formation plus accessible, particulièrement pour les jeunes des zones reculées.
- Développer des passerelles entre les formations et les certifications professionnelles, pour offrir des opportunités d’avancement et de mobilité professionnelle.
- Renforcer le dialogue social afin d’assurer une gouvernance tripartite, où les syndicats, le patronat et l’État collaborent étroitement pour garantir un système d’apprentissage juste et inclusif.
Une nouvelle ère pour l’apprentissage en guinée : vers un travail décent pour tous
Cet atelier marque un tournant stratégique dans la réforme du système d’apprentissage en Guinée. Il fait écho à l’engagement de l’OIT en faveur du travail décent et de la justice sociale, en soutenant les efforts du gouvernement pour développer une stratégie d’apprentissage qui soit à la fois de qualité et inclusive. Grâce à cet appui technique, la Guinée peut espérer transformer son système de formation professionnelle, renforcer la compétitivité de son économie et offrir de nouvelles perspectives à sa jeunesse, tout en respectant les principes du travail décent et en promouvant l’égalité des chances pour tous.
Cette démarche s’inscrit dans le cadre de la coopération continue entre le gouvernement guinéen et l’OIT, qui soutient activement le pays dans la mise en œuvre de son agenda de travail décent, couvrant des domaines essentiels tels que la protection sociale, les normes internationales du travail, et l’amélioration de l’employabilité des jeunes.
En somme, la Guinée semble prête à amorcer une nouvelle ère d’apprentissage plus structuré, équitable et respectueux des droits, en phase avec les objectifs de l’OIT pour un développement durable, inclusif et socialement responsable.