Parcours
Libérer l’esprit d’entreprise des femmes afghanes
Comment la détermination d’une femme afghane à l’esprit d’entreprise a permis de créer une société florissante et faire des émules.
1 mars 2013
| Khalida Yaqobi |
Après avoir obtenu un diplôme d’ingénieur à l’Université de Balkh, elle a étudié l’anglais en secret à une époque où une femme avide d’éducation risquait d’être exécutée par les Talibans.
«J’étudiais l’anglais chez un particulier, sans manuel ni cahier, revêtant une burqa pour me rendre à un cours d’anglais clandestin», raconte-t-elle.
Dans un premier temps, elle n’arrivait pas à trouver de travail mais la perspective s’est dégagée pour cette mère de deux enfants, âgée de 35 ans, après la chute du régime des Talibans.
En 2003, elle fut invitée à suivre une formation d’entreprenariat et d’artisanat pour les femmes afghanes, organisée par le Centre international de formation (CIF) de l’OIT à Turin, en Italie, grâce à une aide financière accordée par le gouvernement italien.
C’était la première fois que Mme Yaqobi voyageait en dehors de l’Afghanistan. Elle était disposée à acquérir de nouvelles compétences et excitée à la perspective de montrer que les femmes afghanes se mobilisent pour contribuer – main dans la main avec les hommes afghans – au développement durable de leur pays.
«J’ai découvert ce que sont les affaires, comment faire du commerce et comment créer une entreprise. Le cours le plus intéressant, c’était celui de marketing – comment trouver une clientèle – et je l’ai bien réussi.»
Pendant la formation, une «nuit afghane» a été organisée pour le public et les 30 participants ont été mis à l’épreuve.
Les autres femmes avaient apporté des produits artisanaux d’Afghanistan pour les vendre. Tout ce que Mme Yaqobi avait, c’était un rouleau de henné – un colorant rouge traditionnel.
«J’ai loué deux chaises et, quand le programme a commencé, les invités sont venus vers moi et m’ont demandé ‘qu’est-ce que c’est?’. Je leur ai expliqué et leur ai montré comment utiliser le henné sur mes mains. Puis tout le monde est venu faire du henné, y compris les journalistes.»
Mme Yaqobi a été très motivée par ce qu’elle avait appris au CIF. Elle a décidé de devenir chef d’entreprise, bien que beaucoup pensaient que c’était impossible pour une femme en Afghanistan.
Un énorme potentiel inexploité
De retour dans son pays, elle a fondé les Services à la création d’entreprise de Balkh qui portaient principalement sur l’élaboration de plans d’activité et de budgets, l’anglais commercial et les technologies de l’information. Elle dirige une équipe de 26 employés et affirme que son entreprise est capable de gérer des projets de plusieurs millions de dollars.Quelque 500 femmes ont été formées par son organisation, dont 200 ont créé leur propre entreprise.
«En devenant chef d’entreprise, nous ne créons pas seulement des emplois pour d’autres femmes mais nous abandonnons nos coutumes traditionnelles pour le 21e siècle», explique-t-elle.
Selon Hervé Berger, représentant de l’OIT en Afghanistan, l’exemple de Mme Yaqobi montre «ce qu’une courte formation de qualité, associée à une forte détermination, peut faire pour améliorer son sort».
«Les femmes afghanes représentent la moitié du potentiel inexploité d’Afghanistan. Si ne serait-ce qu’une fraction de ce potentiel était libérée, imaginez combien cela pourrait améliorer la compétitivité de l’Afghanistan vis-à-vis de ses concurrents! L’avenir de l’Afghanistan sera bien plus prometteur si l’on donne aux femmes l’occasion d’entrer sur le marché du travail en tant que travailleuses qualifiées.»
Mme Yaqobi pense elle-même que des milliers de femmes afghanes pourraient tirer profit d’une formation à l’entrepreneuriat, et elle espère que l’OIT pourra aider davantage de jeunes femmes à travers le pays.
Cette formation à l’entrepreneuriat «permettra aux femmes d’avoir confiance dans leur capacité à construire pour elles et leurs enfants une vie décente, comme moi-même et bien d’autres femmes l’avons fait», conclut-elle.
Par Nangyalai Attal, OIT Kaboul.