Les leçons du dialogue social en période de crise

Les accords entre travailleurs, employeurs et gouvernements peuvent être d'une grande utilité pour accélérer le processus de redressement après une crise. Alors que divers pays européens se sont engagés dans la mission, toujours complexe, de réformer le marché du travail, passer en revue les expériences de dialogue social peut faire émerger des idées.

9 juillet 2012

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GENÈVE (OIT Info) – En période de crise, même les systèmes de relations professionnelles bien établis sont mis à rude épreuve.

Les expériences du passé démontrent que les gouvernements à eux seuls ne peuvent ni s'attaquer aux causes et aux conséquences de la crise, ni garantir la stabilité sociale et la reprise.

D'un autre côté, quand les syndicats et les organisations patronales sont associés à la discussion, ces défis deviennent bien plus abordables.

Voici quelques expériences de dialogue social menées avec succès au niveau national qui témoignent de la valeur des systèmes de relations professionnelles solides en période de turbulences.


Réponse précoce à la crise
Aux Pays-Bas, une tradition de dialogue social national établie de longue date a permis aux partenaires tripartites – gouvernement, syndicats et organisations d'employeurs – de répondre à la crise actuelle dès ses prémices.

Quand la crise s'est déployée en 2009, le gouvernement a spécialement réuni une équipe de crise tripartite. L'équipe a planché sur des questions urgentes comme la prévention de licenciements massifs et le maintien du pouvoir d'achat de la population active, ainsi qu'en offrant des possibilités de formation aux travailleurs qui avaient perdu leur emploi.

Cela a aussi abouti à un accord tripartite sur la promotion de l'emploi grâce à la formation, à la flexicurité (qui consiste à trouver un équilibre entre flexibilité et sécurité en matière d'emploi, de revenu et de protection sociale) et à la limitation des charges qui pèsent sur les entreprises.

Cet accord n'a été possible qu'après que les syndicats eurent promis de limiter leurs revendications salariales au taux de l'inflation et que les employeurs eurent accepté de ne pas reculer l'âge de la retraite de 65 à 67 ans.


Engagement en faveur du travail décent
Au Chili, les partenaires sociaux ont conclu un accord tripartite national sur le travail décent en mai 2009. Promulgué sous forme de loi trois semaines plus tard, il contient des dispositions en matière d'emploi, de formation et de protection sociale.

Valable pour une période de 12 mois, cet accord a pour but de faciliter la rétention des employés au sein des entreprises, en améliorant les qualifications des travailleurs, en protégeant les personnes sans emploi et en les aidant à trouver un nouvel emploi sur le marché du travail, en stimulant les dépenses publiques dans les infrastructures et en soutenant les entreprises par des mesures d'allègements fiscaux et d'accès aux crédits et aux garanties.

La loi intègre également un programme de bourses pour les femmes. La vitesse à laquelle toutes ces mesures ont été adoptées et ont commencé à être mises en œuvre peut être attribuée au rapide consensus obtenu entre le gouvernement chilien, les travailleurs et les employeurs.

Un cadre pour agir
En décembre 2008, les partenaires tripartites d'Afrique du Sud se sont réunis pour discuter des problèmes qu'engendrait la crise économique mondiale.

Le processus de consultation a débouché sur la présentation d'un «Cadre pour la réponse de l'Afrique du Sud à la crise économique internationale» en février 2009. L'accord-cadre a identifié six domaines clés pour agir contre la crise: investissements dans les infrastructures publiques, politique macroéconomique, politique industrielle et commerciale, mesures sociales et d'emploi, coordination globale et partenariat social.

L'un des principes qui sous-tend le Cadre est l'engagement à créer des emplois décents, puisque les parties signataires se sont mises d'accord pour «garantir le plein respect et l'observation de normes du travail équitables et de la législation nationale, en réponse à la crise».

Les accords similaires ont été conclus en Arménie, en République dominicaine et en République de Corée.

Sommets tripartites
En Allemagne, le gouvernement a convoqué un sommet tripartite en décembre 2008, en vue de discuter de l'impact de la crise sur l'économie nationale et de préparer l'ébauche du second plan de relance du gouvernement fédéral.

Le sommet a donné aux partenaires sociaux l'occasion d'examiner les propositions du gouvernement et de faire des contre-propositions. Les résultats de cet échange de vues ont été pris en compte dans le train de mesures mis en œuvre en janvier 2009.

Une approche similaire a été adoptée par le Brésil, la République tchèque, l'Inde, le Nigéria et la Turquie. Ces exemples illustrent comment un accord entre partenaires sociaux peut donner le coup d'envoi d'une reprise du marché du travail et de l'emploi.

Comme l'a déclaré le Directeur général de l’OIT, Juan Somavia, le mois dernier à la Conférence internationale du Travail: «C'est précisément grâce au dialogue social que nous pourrons sortir de la crise, grâce à des investissements productifs dans des entreprises durables qui pourront augmenter leurs effectifs, la consommation et les recettes fiscales».