A Malian lady looks with a smile under a blue tent

Les coopératives, moteurs du changement financier et social au Mali

Les coopératives jouent un rôle clé dans l’organisation économique et sociale des travailleurs ruraux au Mali, en particulier dans les chaînes de valeur du coton et de l’orpaillage artisanal. Elles offrent déjà un accès au crédit collectif, des opportunités de formation à l’entrepreneuriat et facilitent l’approvisionnement en intrants. Cependant, un domaine reste encore peu exploré : la gestion financière et l’épargne collective, pourtant essentielles pour la résilience économique des producteurs et la réduction du travail des enfants.

7 février 2025

A Malian lady looks with a smile under a blue tent © ILO/Tall
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Sikasso, Mali (ILO News) - L’intervention menée à Sikasso, dans le cadre du projet ACCEL Africa, a introduit deux approches innovantes pour renforcer la stabilité financière des membres des coopératives et contribuer à l’élimination du travail des enfants :

  • Former et accompagner les membres à la gestion financière.
  • Encourager l’épargne collective et la mutualisation des risques.

Ces nouvelles pratiques pourraient transformer les coopératives en véritables leviers d’inclusion financière, de sécurisation des revenus des producteurs et de lutte contre le travail des enfants.

La formation et accompagnement à la gestion financière: un enjeu central pour la résilience des producteurs

L’une des limites majeures identifiées lors des consultations avec les membres des coopératives au lancement de la deuxième phase du projet est le manque de compétences en gestion financière, ce qui fragilise la planification des ressources et accroît la vulnérabilité des ménages.

La formation en éducation financière à Sikasso a mis en lumière plusieurs pratiques financières préoccupantes :

  • Les travailleurs ont de nombreux projets et ambitions, mais peinent à les formuler clairement et manquent d’outils pour passer de l’idée à la réalisation.
  • Peu de producteurs tiennent un budget écrit, préférant une gestion informelle et déstructurée de leurs finances.
  • Beaucoup ne différencient pas clairement les dépenses essentielles des envies, entraînant une mauvaise priorisation des ressources.
  • L’habitude d’enregistrer ses dépenses et de planifier ses revenus est quasi inexistante, empêchant toute projection à moyen et long terme.

Pourquoi est-ce un enjeu ?

Sans une maîtrise des compétences fondamentales en gestion financière, les producteurs restent piégés dans un cycle d’instabilité économique, où l’endettement et le recours au travail des enfants deviennent des stratégies d’adaptation en cas de difficultés financières.

L’initiative mise en place:

  • Développement d’une formation adaptée permettant aux participants d’apprendre à établir un budget, optimiser leurs dépenses et fixer des objectifs financiers réalistes.
  • Intégration de messages de sensibilisation sur les liens entre gestion financière inefficace et risque accru de recours au travail des enfants.
  • Création d’un réseau d’agents de changement au sein des coopératives pour accompagner les membres après la formation et assurer l’application des connaissances acquises.
  • Introduction d’outils pratiques : carnets de suivi des dépenses, fiches budgétaires simplifiées, et plans d’action pour structurer la gestion financière.

Impact attendu :

  • Des coopératives plus autonomes et capables de gérer leurs ressources collectives avec plus de rigueur.
  • Une meilleure anticipation des périodes de soudure financière grâce à une planification efficace.
  • Une réduction de la dépendance au crédit et du risque de surendettement en favorisant une gestion proactive des ressources.
  • Un recul du travail des enfants grâce à une meilleure gestion des revenus des ménages.

Encourager l’épargne collective et la mutualisation des risques: une nouvelle approche pour stabiliser les revenus des producteurs

Alors que les coopératives facilitent déjà l’accès au crédit, l’épargne collective reste peu développée dans les secteurs du coton et de l’orpaillage. Pourtant, la mise en place de mécanismes collectifs d’épargne et de gestion des risques pourrait renforcer la stabilité financière des membres.

Constats observés lors de la formation à Sikasso :

  • Les producteurs utilisent généralement leurs revenus de manière immédiate, sans constituer de fonds de réserve pour les imprévus.
  • L’épargne individuelle est peu pratiquée, souvent perçue comme inaccessible ou non prioritaire.
  • L’idée de fonds communautaires d’urgence est nouvelle, mais a suscité un fort intérêt parmi les participants.

Les initiatives en cours de réflexion:

  • Création de groupes d’épargne au sein des coopératives, sur le modèle des AVEC (Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit), permettant aux membres d’épargner en groupe et d’accéder à des prêts internes à faible coût.
  • Mise en place de fonds de secours coopératifs, alimentés par une cotisation des membres, afin de disposer d’une réserve financière en cas de coup dur (mauvaises récoltes, incidents de travail, réparations d’équipements).
  • Utilisation des institutions financières locales pour sécuriser les fonds d’épargne et structurer leur utilisation, garantissant ainsi leur accessibilité et leur protection contre les pertes.
  • Intégration d’un volet assurance : Les fonds épargnés pourraient servir au financement des primes d’assurance agricole, du matériel de production et du développement d’activités génératrices de revenus à l’échelle collective.

Impact attendu :

  • Une meilleure résilience face aux chocs économiques (fluctuations des prix du coton et de l’or, périodes de soudure).
  • Une réduction du recours au crédit coûteux, en favorisant l’autofinancement des besoins des producteurs.
  • Une amélioration de la confiance des membres dans la gestion collective des ressources et une plus grande transparence au sein des coopératives.
  • Une alternative au travail des enfants, en assurant une meilleure gestion des revenus familiaux et une planification des besoins éducatifs et sanitaires des enfants.

L’expérience menée à Sikasso montre que les coopératives agricoles et minières ont le potentiel de devenir de véritables outils d’inclusion financière et des acteurs clés de la lutte contre le travail des enfants. En structurant la gestion financière de leurs membres et en développant des mécanismes d’épargne collective, elles peuvent sécuriser les revenus des producteurs, réduire leur dépendance au crédit et offrir des alternatives viables au recours au travail des enfants.

Avec un accompagnement adapté et des outils pratiques, ces nouvelles pratiques pourraient être progressivement intégrées à l’ensemble des coopératives agricoles et minières du pays, contribuant ainsi à une inclusion financière plus large et plus durable.

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