Economie informelle

Formalisation de l’économie informelle au Burkina Faso : un colloque national jette les bases avec l’appui technique du BIT

Ouagadougou (Nouvelles de l’OIT) – Le Burkina Faso poursuit ses efforts pour faciliter la formalisation de l’emploi et des unités économiques. Le pays a en effet organisé du 2 au 3 novembre 2021 à Ouagadougou dans ce sens, un colloque national de l’économie informelle, à l’initiative du Ministère de la Jeunesse, de la Promotion de l’Entrepreneuriat et de l’Emploi.

22 novembre 2021

« La formalisation des emplois et des unités économiques informels dans un contexte de fragilité », c’est le thème central de ce colloque national qui visait à réunir des compétences et des personnes ressources de l’économie informelle sur les mesures spécifiques, innovantes et pertinentes à prendre pour accompagner la formalisation des emplois et des unités économiques informelles dans un contexte de fragilité de l’économie burkinabè.

Des expériences réussies du BIT dans l’accompagnement de l’économie informelle partagées

En sa qualité de leader dans la capitalisation des expériences réussies dans l’accompagnement de l’économie informelle, le Bureau international du Travail (BIT) a été invité à ce colloque à travers son Directeur du Bureau de pays pour la Côte d’Ivoire, le Benin, le Burkina Fasso, le Mali, le Niger et le Togo pour partager ses expériences.

Frédéric Lapeyre a fait une communication sur les « enjeux et priorités de la transition de l’économie informelle vers l’économie formelle pour la cohésion sociale et le développement durable ».
Monsieur Lapeyre a déroulé son intervention autour de de la stratégie de formalisation des emplois et des unités économiques informels en tenant compte de l’impact de la crise sanitaire et la nécessité de trouver des réponses pertinentes aux multiples conséquences qui ont résulté de cette crise.

« Il y a eu à travers le monde, une prise de conscience globale sur le fait que les enjeux de l’apparition de la COVID-19 ne sont pas seulement sanitaires mais également socio-économiques. Ainsi, dans l’économie informelle, il sied de trouver des réponses appropriées qui puissent soutenir de façon durable, ce secteur sévèrement touché par les mesures de confinement, la réduction de l’activité économique et l’absence de revenus de remplacement, d’épargne et d’accès à des programmes de protection sociale ou de soutien économique », a expliqué le directeur de pays du BIT.

Il a indiqué que les réflexions visant à atténuer l’impact de la crise sanitaire sur la transition vers le formel doivent identifier clairement les différentes composantes touchées et leurs caractéristiques. C’est ainsi qu’il a relevé les techniques de mesure de l’emploi informel dans une économie en fonction des groupes d’âge et du niveau d’éducation et mentionné que la formalisation concerne principalement des entreprises de moins de dix personnes y compris les emplois qui les constituent.

Les travailleurs indépendants durement éprouvés par la COVID-19

Les travailleurs indépendants ainsi que ceux du secteur formel sans protection sociale ont été durement éprouvés par la crise sanitaire a indiqué Frédéric Lapeyre soulignant que « la crise sanitaire a davantage exposé ces cibles aux risques liés à la maladie que sont entre autres le surcoût des activités, les tracasseries et harcèlement administratifs et à la perte des moyens de subsistance qui sont source de tensions sociales et de comportements à risque affectant négativement les politiques publiques de lutte contre la propagation du virus ».

Pour résoudre ces problèmes pressants, des solutions existent selon l’expert du BIT. « Il apparait donc nécessaire de considérer que l’entrée dans l’économie informelle n’est généralement pas un choix mais la conséquence d’absence d’opportunités d’emplois dans l’économie formelle et la formalisation ne doit pas compromettre les possibilités de subsistance et d’entrepreneuriat. Il est conseillé d’agir rapidement sur des leviers permettant d’apporter des réponses adéquates et immédiates pour atténuer les effets de la crise par des mesures » a-t-il conseillé.

Il propose notamment « la réduction de l’exposition des travailleurs et leurs familles au virus et aux risques de contamination, l’accès des malades aux soins de santé, l’apport d’aides monétaires et en nature au travailleurs touchés par la perte de leurs moyens d’existence, la réduction et la prévention des dégâts causés à l’activité économique et la protection de l’emploi ».

En termes de politique adaptée à la formalisation, le Directeur du Bureau de pays du BIT a indiqué que le gouvernement devra aller vers de nouveaux modèles qui combinent ‘’la voie d’incitation et celle de la répression’’ avant de conclure en ces termes ; «Les critères de réussite de la transition de l’informel vers le formel sont la réduction des obstacles à la formalisation, l’accroissement des bénéfices de la formalisation, l’effort de communication et l’accroissement du coût de rester dans l’économie informelle ».

La protection sociale va de pair avec la formalisation de l’économie informelle

L’autre expérience que le BIT a partagée au cours du colloque de l’économie informelle au Burkina Faso était « l’extension de la protection sociale à l’économie informelle ».
Olivier Louis dit Guerin, expert en protection sociale au BIT a insisté sur la problématique de l’extension de la protection sociale, les stratégies d’extension de la protection sociale et le rôle potentiel des acteurs de l’économie informelle.

En termes de stratégies d’extension de la protection sociale au Burkina Faso, M. Guerin a souligné « la nécessité de bâtir une stratégie cohérente, fondée sur des garanties de base et une approche droit, la nécessité de combiner les dispositifs et les programmes pour une couverture universelle, la nécessité de bâtir une approche intégrée et systémique, la nécessité aussi de bâtir un environnement favorable en prenant l’exemple sur l’expérience de quelques pays qui a consisté à mettre en place des mécanismes adaptés d’affiliation et de recouvrement et également à la mise en place de mécanismes de financement adaptés.

8 recommandations du colloque pour accélérer la transition de l’économie informelle vers le formel

Après avoir débattu en commission les questions liées à la fiscalité et à la formalisation des entreprises et des emplois, le colloque a fait 8 recommandations pour mettre en scelle la formalisation de l’emploi et des unités économiques au Burkina Faso. Il s’agit notamment de 1) Mettre en place un programme national de relance des activités de l’économie informelle en rapport avec la crise sanitaire et sécuritaire ; 2) Opérationnaliser la Stratégie Nationale Intégrée de Transition vers l’Economie Formelle (SNITEF) à travers des projets mise en œuvre par le Conseil National de l’Economie Informelle au Burkina Faso (CNEI-BF) en collaboration avec l’administration publique ; 3) Allouer un budget de fonctionnement annuel d’un montant de 100 millions de Fcfa au CNEI-BF ; 4) Étendre la mise en œuvre du projet Système de Collecte des taxes (SYCOTAX) dans la Commune de Ouagadougou à l’ensemble des communes urbaines du Burkina Faso à travers les démembrements du CNEI-BF ; 5) Prendre des mesures fiscales incitatives à la formalisation des unités économiques informelles ; 6) Prendre en compte les moyens de paiement électroniques pour les cotisations de l’assurance volontaire ; 7) Accélérer l’opérationnalisation de l’assurance maladie universelle ; 8) Développer la synergie d’actions entre la Caisse Nationale d’Assurance Maladie Universelle (CNAMU) et la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS).


Christophe Joseph Marie DABIRE, le Premier Ministre burkinabé s’est réjoui des résultats du colloque et félicité le BIT pour son appui technique « précieux ».
« Je réaffirme ma satisfaction du fait de l’organisation des travailleurs de l’économie informelle en faîtière dénommée CNEI-BF. Je salue la pertinence des recommandations formulées lors de ce colloque et assure que des dispositions seront prises pour leur mise en œuvre avec le concours des partenaires techniques et financiers engagés dans l’appui au processus de développement », a déclaré M. Dabiré.

Au cours de ce colloque, des prix ont été remis aux huit (08) lauréats du concours « Prix de l’excellence dans l’économie informelle » qui a récompensé les acteurs de l’économie informelle qui se sont illustrés par leurs efforts de formalisation et de modernisation de leurs unités économiques.

Soulignons qu’au Burkina Faso, « la proportion de l'emploi informel dans les secteurs non agricoles est de 89,3% et 52,2% des travailleurs de l’économie informelle sont des femmes tandis que près de six (06) personnes sur dix (10) travaillant dans le secteur informel sont des jeunes de moins de 35 ans » révèle l’économiste Nabé Ivo, Directeur des études et de la Planification de la CNAMU.