Membres d'une coopérative de femmes posant ensemble, vêtues de tenues de travail bleues, symbolisant leur engagement dans une activité collective et solidaire.

Éducation, Emplois et Inégalité de Rémunération entre les Sexes en Afrique de l'Ouest

Plongez dans les liens entre éducation, segmentation du marché du travail et inégalités de rémunération en Afrique de l’Ouest, et découvrez les solutions pour surmonter ces obstacles et bâtir une égalité salariale durable.

16 décembre 2024

Membres d'une coopérative de femmes posant ensemble, vêtues de tenues de travail bleues, symbolisant leur engagement dans une activité collective et solidaire. © OIT

L'un des facteurs clés expliquant les écarts de rémunération entre hommes et femmes en Afrique de l'Ouest réside dans la division sexuée des apprentissages, des métiers et des emplois. Bien que les progrès en matière d'éducation aient permis des avancées pour les filles et les garçons, des inégalités persistent, notamment en ce qui concerne l'accès à certains types de formations et la répartition des femmes et des hommes dans différents secteurs économiques.

La Segmentation du Marché du Travail et l’Inégalité Salariale

En Afrique de l’Ouest, les femmes sont souvent concentrées dans des secteurs d’activités relativement peu rémunérés et dans les échelons hiérarchiques inférieurs. En effet, plus de 80% des femmes occupent des emplois, souvent informels, dans quatre secteurs : l’agriculture, le commerce, les activités de transformation de produits et les services aux ménages. À l'inverse, des secteurs comme le bâtiment, les transports, la pêche et l’administration publique sont majoritairement dominés par les hommes.

Cette ségrégation horizontale entre les secteurs masculins et féminins est accompagnée d'une ségrégation verticale. Les femmes sont largement absentes des postes de responsabilité et concentrées dans des emplois dits féminins de catégorie intermédiaire. Moins de 15% d'entre elles occupent des postes de direction ou de décision. Ce phénomène est souvent décrit comme le plafond de verre, un obstacle invisible mais bien réel à l’atteinte de l’égalité de rémunération et aux opportunités de carrière pour les femmes.

L’Éducation : Un Facteur Déterminant des Inégalités

Les disparités dans la répartition des femmes et des hommes entre différents secteurs et fonctions trouvent une explication en grande partie dans l'éducation. Bien que les taux de scolarisation aient augmenté pour les deux sexes, des écarts persistent dans le choix des filières scolaires et universitaires. Les filles sont encore moins nombreuses que les garçons à s'orienter vers les filières scientifiques et les études menant à des professions plus rentables. En conséquence, les femmes se retrouvent souvent dans des métiers moins rémunérés et moins visibles.

La Formation Professionnelle et l'Apprentissage : Une Disparité de Genre

La formation professionnelle, censée permettre aux travailleurs d'acquérir des qualifications pour accéder à des emplois de qualité, est également marquée par une inégalité de genre. Les filles ne représentent que le tiers des apprenants dans l'enseignement technique. De plus, elles sont concentrées dans des filières moins rémunératrices comme le commerce, où elles représentent près de 75% des effectifs, tandis que les garçons dominent dans des filières plus qualifiantes et mieux rémunérées, telles que les secteurs agricoles et industriels.

L'apprentissage informel, qui constitue une source importante de formation pour les jeunes dans la région, renforce cette division. Les femmes sont davantage présentes dans des secteurs dits féminins (couture, coiffure, transformation alimentaire) où les revenus sont faibles et précaires, tandis que les hommes s'investissent dans des métiers plus qualifiés, comme la construction, les réparations et les industries.

Ce phénomène est accentué par une tendance au sexisme dans le recrutement, où les employeurs recrutent souvent des apprenants du même sexe. Ce désavantage structurel est également visible dans l’accès aux emplois dans le secteur domestique, où les femmes sont généralement sous-payées et sous-évaluées par rapport aux hommes.

Membres d'une coopérative de femmes entrepreneures posant fièrement dans leurs tenues de travail.
© OIT
© OIT
Membres d'une coopérative de femmes entrepreneures posant fièrement dans leurs tenues de travail.

L'Inégalité d’Éducation et ses Conséquences dans le Secteur Agricole

Dans le secteur agricole, qui reste essentiel pour de nombreuses femmes rurales, la faible qualification et l’analphabétisme des femmes constitue un obstacle majeur. Leur accès limité à la formation, notamment en matière de gestion agricole ou aux services de vulgarisation, entrave leur capacité à maximiser les rendements de leurs exploitations. Bien qu’elles dominent dans la production des cultures vivrières, elles bénéficient de moins de soutien et d’opportunités de formation que leurs homologues masculins.

Dans les chaînes de valeur agricoles modernes, les femmes sont souvent cantonnées à des tâches non qualifiées, comme travailleuses dans les industries agroalimentaires, ce qui limite leurs perspectives salariales. De plus, la nature précaire de leurs contrats de travail, souvent temporaires ou occasionnels, réduit leurs opportunités d'acquérir de nouvelles compétences et d'améliorer leur rémunération.

Vers un Changement Structurel

Les inégalités salariales entre les sexes en Afrique de l’Ouest sont liées à une combinaison complexe de division sexuée du travail, d’accès inégal à l’éducation et de discrimination persistante dans l'orientation professionnelle. L’élimination de ces écarts passe par un changement structurel dans les politiques éducatives, une meilleure inclusion des femmes dans les filières techniques et scientifiques, et une lutte contre les stéréotypes de genre qui influencent les choix de carrière et les opportunités économiques.

Pour parvenir à une véritable égalité salariale, il est crucial de promouvoir l’accès des femmes à des formations qualifiantes et d’encourager leur présence dans des secteurs économiques plus rémunérateurs. En agissant sur ces leviers, on pourra espérer réduire les inégalités économiques entre les sexes et garantir une rémunération équitable pour un travail de valeur égale.

Cet article est issu d’une note de synthèse rédigée par Fatime Christiane Ndiaye, Spécialiste principale pour le Genre au bureau de Dakar de l’OIT. Il constitue la troisième publication d’une série de 4 articles tirées de la note.