Questions et réponses
Des papiers aux personnes: comment les politiques de l'emploi influencent les vies et les emplois
Dans cette séance de questions-réponses, Dorothea Schmidt, Cheffe de la branche Service de l'emploi, du marché du travail et des jeunes (EMPLAB) de l’OIT, explique comment des politiques de l’emploi bien conçues transforment la promesse du travail décent en réalité vécue. Elle revient sur le rôle du dialogue social, l’importance de sa mise en œuvre, et la manière dont les pays peuvent s’appuyer sur les politiques de l’emploi pour faire face aux mutations technologiques, aux crises et aux transformations structurelles de long terme des marchés du travail.
21 janvier 2026
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Dorothea Schmidt-KlauCheffe de la branche Service de l'emploi, du marché du travail et des jeunes (EMPLAB) de l’OIT
Q1. En quoi de bonnes politiques de l’emploi font-elles une réelle différence dans la vie des personnes ?
De bonnes politiques de l’emploi traduisent la promesse abstraite du « travail décent » en réalité concrète. Elles façonnent les opportunités offertes aux personnes : qu’il s’agisse pour les jeunes d’accéder à un premier emploi formel, pour les femmes de bénéficier d’une rémunération égale pour un travail de valeur égale, ou pour les travailleurs de pouvoir passer d’un emploi à un autre sans basculer dans la pauvreté. Des politiques de l’emploi bien conçues élargissent l’accès à des emplois plus productifs, formels et durables et, ce faisant, améliorent la qualité globale de l’emploi. Elles garantissent également que les bénéfices de la croissance économique ne se reflètent pas uniquement dans les indicateurs macroéconomiques, mais aussi dans les communautés, les ménages et la vie des individus.
Fondamentalement, les politiques de l’emploi sont essentielles parce que les marchés du travail ne s’autorégulent pas de manière socialement optimale. En l’absence d’une action publique délibérée, la création d’emplois peut rester lente, inégalitaire ou concentrée dans des secteurs à faible productivité, malgré la croissance du PIB. Les politiques de l’emploi aident les gouvernements à aligner les politiques macroéconomiques, sectorielles, de compétences et du marché du travail autour d’un objectif commun : le plein emploi productif et librement choisi, tel qu’inscrit dans la convention (no 122) de l’OIT.
Fondamentalement, les politiques de l’emploi sont essentielles parce que les marchés du travail ne s’autorégulent pas de manière socialement optimale.
Q2. Comment les politiques de l’emploi aident-elles les pays à faire face à l’évolution du monde du travail ?
Le monde du travail évolue plus rapidement que jamais, sous l’effet de la numérisation, des mutations démographiques, du changement climatique et de la volatilité économique mondiale. Les politiques de l’emploi offrent aux pays une boussole stratégique dans ce contexte d’incertitude. Plutôt que de réagir de manière fragmentée aux perturbations, elles permettent aux gouvernements d’anticiper le changement, d’orienter les transitions sur le marché du travail et d’investir de manière proactive dans les compétences, les institutions et les secteurs productifs. Les analyses de l’OIT montrent que les pays disposant de cadres solides de politique de l’emploi étaient mieux armés pour répondre à des chocs tels que la pandémie de COVID-19, car ils ont pu combiner de manière coordonnée le maintien de l’emploi, les politiques actives du marché du travail et la protection sociale. [1]
Il est important de souligner que les politiques de l’emploi ne sont pas des plans figés. Ce sont des instruments vivants, appelés à évoluer au rythme des changements économiques et sociaux. Cette capacité d’adaptation constitue l’un de leurs principaux atouts.
Q3. Quel rôle jouent le tripartisme et le dialogue social dans l’élaboration de politiques de l’emploi efficaces, et comment les faire fonctionner dans la pratique ?
Le tripartisme et le dialogue social sont au cœur de politiques de l’emploi efficaces, car les résultats en matière d’emploi concernent – et dépendent de – les travailleurs, les employeurs et les gouvernements. Les politiques issues du dialogue sont plus légitimes, plus réalistes et plus durables. L’expérience de l’OIT montre que lorsque les politiques de l’emploi reposent sur un consensus, elles ont de fortes chances de résister aux cycles politiques et aux chocs économiques.
Faire fonctionner le dialogue social dans la pratique suppose davantage qu’une simple consultation : cela exige des capacités, de la confiance et un engagement réel. Les gouvernements doivent créer des espaces dans lesquels les partenaires sociaux peuvent contribuer à définir les priorités, et non se limiter à commenter des projets finalisés. De leur côté, les organisations d’employeurs et de travailleurs doivent disposer des capacités nécessaires pour participer au dialogue sur un pied d’égalité et avoir accès aux données, aux analyses et aux options de politique publique afin de s’engager efficacement. Lorsque ces conditions sont réunies, les politiques de l’emploi deviennent de véritables plateformes de résolution collective des problèmes.
Q4. Comment l’OIT soutient-elle les pays dans l’élaboration et la mise en œuvre de ces politiques ?
L’OIT accompagne les pays au moyen d’une approche structurée mais flexible, fondée sur les normes internationales du travail et les réalités propres à chaque pays. La première étape consiste à appuyer la conception d’un cadre global de politique de l’emploi, sous différentes formes : politique nationale de l’emploi, stratégie de l’emploi intégrée dans plusieurs secteurs et ministères, « stratégie de développement axée sur l’emploi » ou ensemble cohérent de politiques alignées. Le choix dépend du contexte institutionnel et des préférences nationales. Quelle que soit l’option retenue, le dialogue social permet d’identifier les priorités les plus urgentes et d’intégrer les objectifs d’emploi dans les politiques macroéconomiques, sectorielles, de compétences et du marché du travail.
Une bonne conception est essentielle, mais elle ne suffit pas. La deuxième étape est celle de la mise en œuvre, là où de nombreuses politiques échouent. L’OIT fournit un appui opérationnel pour traduire les cadres stratégiques en actions concrètes : élaboration de plans de mise en œuvre, renforcement des politiques actives du marché du travail, développement des capacités institutionnelles et mise en place de systèmes de suivi et d’évaluation. À travers des initiatives telles que la Employment Policy Action Facility, l’OIT accompagne les pays dans la durée, en les aidant à apprendre, à s’adapter et à pérenniser les réformes.
Q5. Quels enseignements ressortent des travaux récents menés dans différentes régions ?
Un enseignement ressort clairement : la conception a son importance. Les politiques de l’emploi fondées sur des données probantes, alignées sur les stratégies nationales de développement et élaborées par le biais du dialogue social ont davantage de chances de réussir. Les pays qui définissent clairement leurs défis en matière d’emploi – qu’il s’agisse du chômage des jeunes, du travail informel ou de la faible productivité – sont mieux à même d’établir des priorités et de séquencer les réformes. L’expérience régionale de l’OIT montre également que les politiques sont plus efficaces lorsqu’elles sont adaptées aux capacités institutionnelles et aux réalités des marchés du travail.
Les pays qui définissent clairement leurs défis en matière d’emploi – qu’il s’agisse du chômage des jeunes, du travail informel ou de la faible productivité – sont mieux à même d’établir des priorités et de séquencer les réformes.
Enfin, il existe une interaction évidente entre l’efficacité des politiques de l’emploi et l’état des droits, notamment le respect des normes internationales du travail. Plus les droits sont respectés, plus les politiques de l’emploi sont efficaces. L’inverse est également vrai : des politiques de l’emploi solides reposent sur les droits et contribuent à leur mise en œuvre. Lorsque ces deux dimensions se renforcent mutuellement, elles ont un impact positif sur le développement et la croissance des sociétés.
Les pays qui réussissent investissent tôt dans les mécanismes de coordination, le financement, le suivi-évaluation et les systèmes de données, et considèrent la mise en œuvre comme un processus d’apprentissage plutôt que comme un événement ponctuel.
Q6. S’il ne fallait retenir qu’un message clé sur les politiques de l’emploi, lequel serait-ce ?
Les politiques de l’emploi sont essentielles : sans elles, un changement porteur de sens est peu probable. Les marchés du travail ne produisent pas automatiquement des emplois décents pour tous, même dans des économies en croissance. Une politique de l’emploi clairement affirmée permet de fixer des priorités et de renforcer la responsabilité publique. Elle envoie le signal que la création d’emplois, la qualité de l’emploi et l’inclusion sur le marché du travail ne sont pas des retombées secondaires de la croissance, mais des objectifs centraux de l’action publique. Enfin, elle trace une voie commune vers un avenir durable et socialement juste.
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- Pour des exemples au niveau national, voir : COVID 19: Réponses politiques nationales | International Labour Organization
Pour une analyse, voir : https://www.ilo.org/topics-and-sectors/covid-19-and-world-work et le dernier rapport de l'OIT sur l'impact du Covid : https://www.ilo.org/fr/resource/brief/observatoire-de-l%E2%80%99oit-sur-le-monde-du-travail-10e-%C3%A9dition
* Les vues et opinions exprimées dans cet article sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique ou la position officielle de l'BIT.
À propos de l'auteur
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Dorothea Schmidt-KlauCheffe de la branche Service de l'emploi, du marché du travail et des jeunes (EMPLAB) de l’OIT
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