Des champs à la salle de classe : le parcours d'Abdou vers l'éducation dans le village de Foh
27 février 2024
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Je m’appelle Abdou, j’ai 13 ans. Je viens du village de Foh. Je vis avec mon père, ma mère et mes sept frères et sœurs. En plus de ma mère, mon père a trois autres femmes. Au total, j’ai dix-sept frères et sœurs. Nous vivons principalement d’agriculture.
Mon père possède un grand champ à quelques kilomètres du village. Nous y cultivons du coton, du maïs et des tubercules. Avec mes frères, nous travaillions tous les jours. Mon travail consistait à désherber des parties du champ, à semer ; et une fois la récolte arrivée, je participe à la recueillir le maïs et le coton. Je mettais également des engrais sur les plantes.
C’était un travail épuisant au quotidien. Nous commencions au lever du soleil et nous finissions à la nuit tombée au crépuscule pour retourner au village. C’était tous les jours excepté les lundis, nous avions également un potager pour les légumes. Même actuellement, mes frères y sont et continuent de travailler.
Ce qui me fatiguait le plus en plus des horaires du travail c’étaient des herbes épineuses comme nous y travaillons souvent les pieds et mains nus sans équipements. Au champ, il y a également des bestioles. J’ai commencé à y travailler quand j’avais sept ans. Au début, j’étais excité d’accompagner les grands pour y travailler, mais au fil des années j’ai perdu cet enthousiasme.
Il y a beaucoup d’enfants non scolarisés et déscolarisés du fait du travail agricole. Les parents préfèrent faire travailler les enfants dans les champs de coton que de les envoyer à l’école. Notre rôle consiste à les sensibiliser. Grâce à notre plaidoyer, l’année dernière, nous avons pu envoyer 600 enfants dans les classes passerelles qui sont des écoles accélérées pour mettre à niveau des enfants de 10 à 14 ans qui n’ont jamais eu la chance d’aller à l’école’’ Moussa Dembélé, travailleur d’une ONG partenaire de ACCEL AfricaAu village, seul un de mes camarades fréquentait l’école, les autres enfants de mon âge partaient tous, comme moi, aux champs. Je voulais aussi aller à l’école mais je n’avais pas le choix ni mon mot à dire, donc je partais travailler. C’est à 11 ans que mon père a accepté de me laisser partir à l’école suite à l’intervention des gens du projet. J’ai passé neuf mois dans les écoles passerelles et ensuite j’ai rejoint le primaire avec les autres élèves.
Je suis très heureux d’avoir eu accès à l’école. J’ai commencé à lire et à écrire, je sais aussi compter. Quand je ne vais pas à l’école, je fais des petits travaux légers. C’est vraiment différent de ma vie d’avant. Quand je serais grand, j’aimerais être instituteur. Grâce aux cours que je prends ici, je suis la bonne voie. L’année prochaine je serais en 6ème. J’aimerais aller au lycée puis à l’université.
‘’Il va falloir sensibiliser les parents. Une démarche de sensibilisation pour mieux leur expliquer les impacts néfastes du travail des enfants. Ce phénomène empêche même le développement intellectuel et psychologique des enfants. Autrefois on utilisait ces enfants dans les travaux champêtres uniquement pendant les vacances, mais au regard de certains contextes ces enfants continuent à effectuer ces travaux même pendant les mois d’octobre, novembre et décembre. De ce fait, les enfants ne pourront pas suivre correctement les cours et finalement ils abandonnent les classes au profit des travaux champêtres familiaux’’ Ousmane MARIKO, Directeur de l’école ‘’Noumpounio Diarra’’ de Fôh
Je pense que tous les parents doivent laisser leurs enfants partir à l’école. L’école c’est la vie, c’est important d’être instruit. Aujourd’hui, nous sommes sept sur dix-sept enfants à fréquenter.